Zemmour : le délinquant multirécidiviste allié de Macron

Eric Zemmour a encore frappé. C’était ce mercredi 30 septembre sur CNews dans l’émission « Face à l’info ». La présentatrice Christine Kelly lui pose une question sur les mineurs isolés, le polémiste répond : « ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c’est tout ce qu’ils sont. Il faut les renvoyer. Et même si pour cela, il faut sortir de la Cour européenne des droits de l’homme et de la convention des droits de l’enfant. » Des propos qui, pour une fois, ont suscité une vive indignation. Mais derrière une prétendue opposition de Zemmour à une politique du gouvernement qui serait jugée trop « laxiste », le polémiste d’extrême droite sert en réalité les intérêts de Macron. Explications.

Zemmour, un délinquant multirécidiviste

Si les propos d’Éric Zemmour choquent, ils ne sont qu’une énième récidive. Ce vendredi 25 septembre 2020, le polémiste avait été condamné pour la troisième fois pour le même délit : provocation à la haine. La première condamnation du polémiste date de 2011. Il avait alors défendu sur France Ô la discrimination à l’embauche. Le délinquant avait aussi récidivé en 2017. Cette fois-ci, pour provocation à la haine religieuse. Zemmour considérant sur le plateau de C à vous qu’il fallait : « donner aux musulmans le choix entre l’islam et la France ». Condamnation confirmée en appel et en cassation. Éric Zemmour est donc devenu un délinquant multirécidiviste ce 25 septembre.

Le Tribunal de Paris statuait sur son discours d’ouverture de la « Convention de la droite ». Le polémiste s’y était livré à une charge particulièrement violente contre les musulmans. Alliance de « la kalach et de la djellaba », « colonisateurs », « continuité entre les vols, viols, trafics et les attentats de 2015 », « le voile uniforme de l’armée d’occupation », les jeunes Français appelés « à se battre pour leur libération »… Le polémiste déversant, en direct sur LCI à une heure de grande écoute, sa haine des musulmans, sa théorie du grand remplacement et des chocs des civilisations. En toile de fond : la menace d’une guerre civile. Indignation générale.

La réaction avait alors été vigoureuse. La société des journalistes de LCI critiquent leur direction. RTL met fin à sa collaboration avec le polémiste quelques jours plus tard. Pourtant, « l’éditorialiste » avait tout de même conservé ses chroniques au Figaro. Et même pire : c’est après cet épisode que CNews avait choisi de l’embaucher comme animateur star de son émission Face à l’info. C’est à cette tribune qu’Eric Zemmour a pu une nouvelle fois frapper hier soir. « Ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c’est tout ce qu’ils sont. Il faut les renvoyer. » Le polémiste parlant… des mineurs isolés. Des enfants protégés par la convention internationale des droits de l’enfant.

Zemmour et Macron : alliés pour faire diversion

Si Zemmour le multirécidiviste est encore invité, c’est qu’il joue un rôle bien précis. Celui de polémiste fascistoïde ayant pour but de diviser les Français entre eux. Mais un rôle lui est vraiment taillé sur mesure en à un an et demi de la prochaine présidentielle. La diversion. La stratégie n’est pas nouvelle. À chaque mouvement social d’ampleur, une polémique sur le voile. 2016, mouvement social contre la loi travail (la loi « El Khomri ») : polémique du voile à l’université et du burkini. 2018, mouvement contre la privatisation de la SNCF : polémique sur le voile de Maryam Pougetoux (représente de l’UNEF). 2018 encore, mouvement des gilets jaunes : l’immigration dans le Grand Débat (absente des revendications de gilets jaunes centrées sur la justice sociale). 2019, réforme des retraites : discours d’Emmanuel Macron sur le séparatisme à Mulhouse. 2020, crise économique et plans sociaux : polémique sur le voile de Maryam Pougetoux (encore).

La stratégie n’est pas nouvelle. Pierre Bourdieu dénonçait déjà en 1996, dans son ouvrage Sur la Télévision, les « pompiers pyromanes ». Jeter de l’huile sur le feu, se présenter comme le pompier de la situation, puis tirer les marrons du feu. Faire monter l’extrême droite à travers le pays à grand coup de polémiques sur le voile et les musulmans, en boucle sur les plateaux télés, puis se poser en « vote utile », « barrage », contre le chiffon rouge du Front National. La stratégie a marché à de multiples reprises lors des dernières présidentielles. Le cas de la présidentielle de 2002, avec l’omniprésence de la question sécuritaire montée en sauce par les médias, est un parfait exemple. Mais il est arrivé dans l’Histoire européenne que la bête échappe à ses créateurs. C’est d’ailleurs ce que relate l’ouvrage de Daniel Schneidermann sur la montée en puissance des nazis en Allemagne : Berlin, 1933 : la presse internationale face à Hitler.

La stratégie de diversion ne marchera pas éternellement. L’hôpital public, qui fait face à la plus grave crise sanitaire du siècle, est toujours désarmé. La pauvreté fracasse le pays. Un Français sur trois a perdu des revenus depuis le début de la crise sanitaire. Un Français sur quatre galère à manger. La moitié des 1 270 000 personnes ayant sollicité l’aide alimentaire du Secours populaire durant les deux mois de confinement sont des nouveaux venus. Les licenciements pleuvent à travers le pays et on attend déjà plus de 900 000 chômeurs pour l’année 2020. Un récent rapport d’Oxfam révèle que les inégalités ont explosé dans le pays et démasquent les profiteurs de crise. S’il y a un « ensauvagement », il est à chercher du côté des puissants et du capital. 36 milliards d’euros de dividendes ont été versés… en pleine crise sanitaire. Alors que les soignants manquaient de tout. Mais les médias préfèrent parler « ensauvagement », voile, et tenue républicaine.

Ce vendredi 2 octobre, Emmanuel Macron fera un discours sur le séparatisme, pour continuer dans cette logique de la diversion permanente que sert si bien Zemmour. L’idée est vieille comme l’extrême droite : diviser pour mieux régner. Le « séparatisme », c’est eux.

Par Pierre Joigneaux.

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