Mini-jupe, tétons apparents : le sondage de Marianne qui insulte les femmes

Un sondage Ifop pour le journal Marianne intitulé « Pour les Français, qu’est-ce qu’une « tenue correcte » pour une fille au lycée ? » remet une pièce dans l’insupportable machine des injonctions vestimentaires faites aux femmes. Machine qui s’emballe depuis plusieurs jours suite aux déclarations sexistes du Ministre de l’éducation nationale sur les « tenues républicaines » des filles à l’école ou d’Alain Finkielfraut « déconcentré » par les nombrils des femmes. Interdiction des décolletés, des « crops tops », des « No bra », des minishorts… Les questions posées par ce sondage commandé par Marianne sont insupportables. Elles mettent une nouvelle fois en lumière la volonté intolérable de régenter le corps des femmes. Volonté partagée aussi bien par les fondamentalistes religieux que par les moralisateurs puritains. Le journal Marianne condamne les premiers mais soutient les seconds. Rappelons lui un principe simple : les corps des femmes n’appartiennent qu’à elles.

D’insupportables injonctions vestimentaires faites aux femmes

Trop c’est trop. Dans son édito de la semaine dernière pour l’insoumission, l’oratrice insoumise Julie Garnier dénonçait déjà le ras le bol des injonctions vestimentaires faites toujours aux femmes. « Trop court », « trop décolleté », « on voit tes tétons », « tes bourrelets »… Les remarques sexistes et les injonctions vestimentaires sont quotidiennes, mais elles ont atteint un nouveau cran dans l’insupportable ces derniers jours.

Tout est parti d’un lycée de l’Essonne, le 11 septembre dernier. Ce jour de très forte chaleur, une lycéenne de 17 ans, vêtue d’un crop top, est visée par une assistante d’éducation lui signifiant l’existence de tee-shirts « à (sa) taille en magasin ». Le lendemain, la lycéenne poste une photo avec son crop top sur Twitter, accompagné de la mention #balancetonbahut. Les témoignages se multiplient et Jean-Michel Blanquer est appelé à réagir. « Il suffit de s’habiller normalement… Je crois que ça relève d’un certain bon sens. On vient à l’école habillé d’une façon républicaine«  lâche le ministre de l’éducation nationale.

Les nombrils « déconcentrent » Alain Finkielkraut

Les bandeaux « tenue républicaine » fleurissent dans les médias, et les éditorialistes hommes réagissent. La timbale allant sans doutes à notre cher Alain Finkielkraut. L’auteur d’essais sur « l’amour » et « la modernité », s’est déclaré « déconcentré » par la vue de nombrils féminins. Déclaration perverse qui, une fois n’est pas coutume, n’a pas été condamné dans un champ médiatique majoritairement masculin. Comme si ça ne suffisait pas, le journal Marianne est donc venu en rejouter une couche dans l’insupportable en publiant le sondage ci-dessous.

Sondage Marianne 1

« Ça va Marianne, on ne vous dérange pas ? Ce lamentable sondage prête le flanc aux pires opinions réactionnaires, bien inspirées par le sexisme de notre Ministre de l’éducation. Nos corps nous appartiennent, laissez-nous tranquille. » a réagit Mathilde Panot, la Vice-présidente des insoumis à l’Assemblée nationale. « C’est quoi la prochaine étape ? On va interroger l’opinion pour savoir si les femmes ont le droit de mettre des tampons quand elles ont leurs règles ? Maintenant ça suffit : laissez-nous et notre corps tranquilles ! » a de son côté assené Manon Aubry, la Co-présidente du groupe de la Gauche Unitaire Européenne (GUE-NGL). Jean-Luc Mélenchon a lui aussi réagit sur Twitter, soulignant la contradiction de l’hebdomadaire : «Marianne », le journal anti-dictature vestimentaire des islamistes, se lance dans les sondages propagande pour la dictature des puritains. Effet miroir contre la liberté des femmes. Sectarismes jumeaux.

Rappel : les femmes ont le droit de s’habiller comme elles le veulent, ce n’est pas un débat. Utiliser leurs vêtements pour justifier des agressions qu’elles subiraient contribue à la culture du viol. Il est temps que ce genre de débat soit laissé dans la boue qu’il mérite. Et qu’on s’intéresse à de vrais problème : la lutte contre les violences faites aux femmes, la précarité menstruelle, les inégalités salariales… Mais il semblerait que Marianne, comme tant d’autres médias, soient plus occupés à jouer à la course à l’échalotte réactionnaire.

Par Pierre Joigneaux.

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