Les riches détruisent la planète : les chiffres chocs… pour une écologie populaire !

Écologie populaire. L’ONG Oxfam vient de sortir un rapport sobrement intitulé : « Combattre les inégalités des émissions de CO2 ». Des émissions bien inégales selon qu’on appartienne aux 10 % les plus riches de la population mondiale ou à la moitié la plus pauvre de l’humanité. Les chiffres donnent le tournis. Ils démontrent l’ampleur abyssale des inégalités en matière d’émissions de CO2. Oui ce sont les riches qui détruisent la planète. Et pas qu’un peu. La sortie du rapport Oxfam est l’occasion de jeter un pavé dans les eaux stagnantes du consensus écologique. Face à l’écologie libérale, incarnée aujourd’hui par un Yannick Jadot favorable à « la libre entreprise » et « l’économie de marché », oui une autre écologie est possible. Ne pointant pas du doigt les gilets jaunes obligés de prendre leur voiture, ne pointant pas le tour de France et les sapins de Noël, en se concentrant, non pas sur les responsabilités individuelles des petits gestes, mais bien sur les causes structurelles du réchauffement climatique. Certains crient depuis des années les noms des responsables du réchauffement climatique, mais l’écho leur revient dans un désert médiatique et politique pourtant saturé de greenwashing. Hervé Kempf et son ouvrage « Comment les riches détruisent la planète » a été parmi les premiers à lier le vert et le rouge, le combat écologique et le combat social. Dans son sillage, Manon Dervin a formulé une première définition salvatrice de « L’écologie populaire ». PIB, croissance, métro, boulot, conso ? Leur disque est rayé. Ralentissons et planifions.

Les 1 % les plus riches responsables de deux fois plus d’émissions de CO2 que la moitié la plus pauvre de l’humanité

Vous avez étrangement chaud en ce mois de septembre ? Bien bien chaud même ? Le mercure a grimpé à plus de 35° dans de nombreuses villes du pays ces derniers jours. Le mois de septembre dernier avait déjà été le plus chaud de notre histoire. Pluie, quand reviendras-tu ? Les incendies en Californie, les 50,8° dans le nord de l’Inde, la fonte du permafrost, la banquise arctique qui atteint sa deuxième superficie la plus basse jamais enregistrée… Oui le réchauffement climatique est là, devant nos yeux. Et ses responsables sont bien identifiables. Une semaine après avoir sorti un rapport sur les profiteurs de crise, Oxfam sort un nouveau rapport choc sur les inégalités extrêmes en matière d’émissions de CO2

Vous êtes prêt ? L’ONG nous apprend que les 10 % les plus riches de la population mondiale (environ 630 millions de personnes) sont responsables de 52 % des émissions de CO2 cumulées. Soit près d’un tiers du budget carbone mondial au cours de ces seules 25 années. Et parmi ces 10%, les 1 % les plus riches sont responsables à eux tous seuls de 15 % des émissions cumulées. Inversement, les 50 % les plus pauvres sont responsables de seulement 7 % des émissions de CO2 cumulées. Soit 4 % du budget carbone disponible. On vous avez prévenu : les chiffres donnent le tournis. Vous en reprendrez encore ? La croissance totale des émissions des 1 % les plus riches est 3 fois plus élevée que celle des 50 % les plus pauvres. Entre 1990 et 2015, les 10 % les plus riches ont été responsables de plus de la moitié des émissions de CO2 cumulées. Ils ont ainsi consommé près d’un tiers du budget carbone mondial encore disponible pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C. Faire pipi sous la douche c’est bien, cibler les responsables c’est mieux. Ils ont un nom, ils ont une adresse. Et peu sont ceux qui les dénoncent.

Oxfam, ces amish et ayatollah de l’écologie, dénonçait déjà la semaine dernière l’explosion des inégalités depuis le début de la crise du Covid-19. La fortune des 25 personnes les plus riches a ainsi augmenté de 255 milliards de dollars entre mars et mai, en pleine crise sanitaire mondiale. Les profiteurs de crises. Là encore, ils ont un nom, ils ont une adresse. Avec ses gains depuis le début de la crise sanitaire, le patron d’Amazon Jeff Bezos aurait pu distribuer plus de 100 000 $ à chacun de ses 876 000 employés sans perdre un centime. Jeff Bezos a empoché la bagatelle de 87 milliards de dollars depuis le début de la plus grave crise sanitaire du siècle. Mais on vous parle ensauvagement et séparatisme en boucle sur les chaînes d’info en continu. Et on ressort le voile du placard pour faire diversion sur la question sociale. Ne surtout pas parler des milliers d’emplois supprimés à travers le pays et de ses responsables. De l’ensauvagement du capital. Du séparatisme des Bernard Arnaut et Jeff Bezos.

Les riches détruisent la planète ? Pour une écologie populaire !

Les 32 plus grosses multinationales ont ainsi vu augmenter leurs bénéfices de 109 milliards sur la période. Ces mêmes 32 multinationales sont à l’origine de 70 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales. Les profiteurs de crises et les responsables du désastre climatique sont un seul et même groupe d’une poignée de milliardaires et de multinationales. Hiérarchiser les combats sociaux et climatiques n’a donc strictement aucun sens. Le social et l’écologie sont inséparables. Mêmes responsables, même adversaires. Ceux qui détruisent la planète sont les mêmes qui confisquent les richesses. Certains l’ont compris depuis longtemps. Dès 2007, Hervé Kempf, publiait un ouvrage essentiel, Comment les riches détruisent la planète, et lançait le site Reporterre. Dans sa lignée, Manon Dervin a publié en début d’année un ouvrage salvateur, posant une première définition de L’écologie populaire.

PIB, croissance, métro, boulot, conso ? Leur disque est rayé. Il ne fait plus rêver personne. L’individualisme narcissique exacerbé par les réseaux sociaux non plus. Consommer pour être heureux ? Ou bien consommer pour noyer ses angoisses, sa solitude, oublier son bullshit job et sa recherche quotidienne de sens ? Avoir pour être ? Développer des besoins artificiels ? Une consommation infinie sur une planète aux ressources finies ? La fin des énergies fossiles et le pic pétrolier ? Que nenni ! Continuons nos courses folles jusqu’à nous fracasser dans le mur de la réalité. L’urgence est d’appuyer à fond sur le frein. Ralentir. Pour prendre le temps de construire une route bifurquant juste avant le précipice : la planification écologique. Pour redonner sa place au temps long. Plutôt que de continuer à déverser des milliards d’euros en CICE ou en « plan de relance » sans aucune contrepartie : ni en normes environnementales, ni en création ou maintien de l’emploi. Des milliards volés par ces entreprises qui continuent à briser des milliers de vie tout en empochant notre argent. Elles nous serrent la main, acceptent notre invitation, notre générosité, puis nous plantent sauvagement.

Le camp de l’écologie libérale croit encore au capitalisme vert et à l’économie de marché. Croyance dogmatique en une main invisible faisant passer par magie l’intérêt général humain avant la soif insatiable de profits des actionnaires. La dictature du temps court des actionnaires s’effaçant comme la mer rouge pour préserver la planète ? La seule chance de redonner sa place au temps long, c’est de planifier. Et ça tombe bien, un plan de bifurcation écologique est prêt à l’emploi : l’Avenir en commun, le programme des insoumis. Il prévoit la création de centaines de milliers d’emplois en France, et non délocalisables par dessus le marché. 400 000 emplois dans la bifurcation des énergies fossiles vers les énergies renouvelables, 400 000 emplois dans la bifurcation de l’agriculture industrielle vers l’agriculture paysanne, 200 000 emplois dans un grand plan mer, 100 000 emplois dans la rénovation thermique des bâtiments, 100 000 emplois dans la bifurcation de nos transports… Des créations de centaines de milliers d’emplois, de surcroît avec du sens. À l’opposée des bullshits jobs nocifs : des emplois pour relever le défi du siècle. Urgence de ralentir également dans tous nos emplois existants, avec la réduction du temps de travail. Dans la semaine, avec la semaine de 4 jours et les 32 heures, et dans l’année, avec la 6e semaine de congés payés. Pour ralentir toutes et tous, et bifurquer, enfin, vers les jours heureux.

Par Pierre Joigneaux.

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