Un groupuscule néonazi a organisé un festival international de Black Metal National Socialiste (NSBM) en Lorraine le week-end dernier. En d’autres termes, de la musique nazie. Malgré quelques annonces d’interdiction, les autorités se montrent peu bavardes quant à l’interdiction de cet événement, déjà prononcée dans plusieurs départements du Grand Est et de Bourgogne Franche-Comté.
Le festival n’a en fin de compte pas eu lieu. On attend encore aujourd’hui une réaction du ministre de l’Intérieur. Notre article.
Northeast France : un mystérieux flyer annonce un rassemblement néonazi
L’information a été révélée par la diffusion d’un flyer en anglais qui circule dans les cercles néonazis. Ce flyer composé de lettres gothiques blanches sur fond noir avec l’inscription « northeast france », laisse bien à penser que les néonazis feront escale dans l’est de la France. Ce mystérieux événement serait la deuxième édition d’un festival néonazi « Black Metal Blitzkrieg V2 ».
Alerte maximale des autorités
L’information a été donnée par Mediapart et Libération aux autorités locales. Ce festival va se dérouler, ce samedi 20 septembre. Il réunit 6 groupes européens qui se revendiquent suprémacistes, antisémites, aryens, païens et antichrétiens. Les autorités pensent qu’il se déroulera dans le nord de la Meuse ou de la Meurthe-et-Moselle, à proximité des frontières belges et luxembourgeoises.
Six groupes néonazis européens attendus
Médiapart a mené l’enquête : ce ne sont pas moins de six groupes néonazis européens de Black Métal qui se seraient produits.
Le groupe allemand, Nordglanz qui se lamente dans ses chansons de la défaite du III Reich qui aurait engendré la « mort de leur peuple » tout en qualifiant de « honte » les résistants antinazis de la Rose Blanche. Comme Hitler avant eux, ils font plusieurs fois référence à la mythologie germanique, notamment au wotanisme, une croyance au cœur de l’idéologie nazie. Le Dieu Wotan fera naître un jour une « race aryenne pure ». Ils sont attentivement surveillés par les autorités allemandes après s’être produits pour le NPD, parti néonazi allemand.
Le groupe finlandais Goatmoon sera présent, son leader Jaakko Lahde est sympathisant du Mouvement de résistance nordique, une organisation néonazie scandiave. En 2014, lors d’un concert en Finlande, le groupe avait fièrement brandi des drapeaux nazis et entonnait « Sieg, Heil » avec le public.
Ce groupe néonazi s’est déjà produit deux fois en France et déclare ouvertement dans ces chansons :
- « Alors que je tranche la gorge des traîtres à ma race, l’honneur grandit en moi. Je suis celui qui amène l’Holocauste total. Bientôt, ce monde sera pur », morceau Pure Blood.
- « À l’ombre de la croix gammée, avec fierté, nous détruirons tout ce qui est étranger à ce pays. Avec la puissance de nos mains blanches et la gloire hyperboréenne, nous tuerons les parasites un par un », morceau Death Before Dishonour.
- « Je ris dans la cour de la synagogue en flammes. Je sens l’odeur des juifs, la puanteur de la chair brûlée », morceau Aryan Evil
- « Le temps des sympathies envers les nègres est révolu, notre légion marche avec force », morceau Finnish Steel Storm.
- « Églises incendiées, prêtres pendus. Ici, on guérit la maladie appelée christianisme », morceau Disease
Le groupe italien Frangar sera aussi de la partie avec ses morceaux à la gloire de Mussolini.
Le groupe polonais Sunswheel qui théorise l’embrigadement militant et membre du front païen pourrait aussi être présent. Il avait produit un manifeste de 12 commandements comprenant notamment « Fiers nationaux-socialistes », « Contre toute influence judéo-chrétienne » ou « Tolérance zéro pour les ennemis de notre race ». Ce groupe est signé sur le label Militant Zone créé par le soldat Alexei Levkine, enrôlé dans l’unité des corps volontaires russes qui luttent contre l’invasion russe de l’Ukraine. Il est aussi membre des Wotan Jugend, organisation similaire aux jeunesses hitlériennes.
Le duo suisse Eidkameraden, ayant pour symbole l’edelweiss, représentant la pureté blanche, sera aussi présent. Anthony Mignoni, leader du groupe, a été condamné à de multiples reprises. En 1997 pour avoir profané et exhumé une sépulture à Toulon. En 2004 pour menaces de morts et provocation à la haine raciale envers des personnalités juives comme la journaliste Anne Sinclair et l’ancienne ministre Simone Veil.
Le dernier groupe potentiellement présent est les Formoraich originaires de Bretagne. Son leader possède également un passif judiciaire chargé. En 2009, Benoît Hascoet a été condamné 4 ans de prison pour la dégradation et dégradation d’une dizaine d’édifices religieux en Bretagne dont une chapelle du XVIe siècle. Il signe ces actes avec un tag à la peinture noire où était inscrit « TABM » ou « True Armorik Black Metal ».

Combres-sous-les-Côtes, village lorrain au cœur de l’implantation néonazie
Un village de 108 habitants, Combres-sous-les-Côtes, retient particulièrement l’attention des enquêteurs. Selon les informations de Médiapart, le groupuscule néonazi, les « Hammerskins » aurait établi son quartier général dans un hangar agricole qu’ils appellent la « Taverne de Thor ».
Les enquêteurs scrutent cette commune puisqu’elle a été, en juin 2024, un lieu de rassemblement pour 300 néonazis venus de toute l’Europe. Ils étaient venus assister à un tournoi de MMA en exhibant fièrement leurs drapeaux et sigles nazis comme en témoigne une conseillère départementale. Le conseil départemental avait voté peu de temps après, une motion de dissolution du groupuscule néonazi, déjà interdit en Allemagne depuis 2023.
Vigilance renforcée face au risque néonazi
Le préfet de la Meuse, Xavier Delarue, a rapidement pris un arrêté interdisant la tenue de ce festival néonazi et appelle les maires locaux à la plus grande vigilance. L’arrêté d’interdiction a été étendu aux 18 départements des régions Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté, compte tenu de la possible mobilité de l’évènement. Le risque est d’autant plus grand puisque des événements néonazis similaires ont déjà eu lieu dans la région.
Finalement, le concert n’a pas eu lieu. À ce jour, il n’y a toujours aucune réaction du Ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau qui était trop occupé à organiser la répression sévère du mouvement social du 18 septembre.
Pour aller plus loin : 1 million de participants – Retour en images sur l’immense succès populaire du 18 septembre
Par Virginio Cestaro