lundi 7 septembre

18:49

Saxe-Anhalt : la victoire des néonazis de l’AfD récolte ce que le néolibéralisme a semé, des liens avec le RN confirmés

Dimanche 6 septembre, l’extrême droite allemande a remporté 43,9 % des voix en Saxe-Anhalt. Jamais depuis 1945 un parti d’extrême droite n’avait atteint un tel niveau dans un scrutin allemand. La victoire de l’AfD n’est pas un accident culturel. C’est le produit d’une mécanique que le capitalisme connaît depuis un siècle. Quand le marché détruit […]

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Dimanche 6 septembre, l’extrême droite allemande a remporté 43,9 % des voix en Saxe-Anhalt. Jamais depuis 1945 un parti d’extrême droite n’avait atteint un tel niveau dans un scrutin allemand. La victoire de l’AfD n’est pas un accident culturel. C’est le produit d’une mécanique que le capitalisme connaît depuis un siècle. Quand le marché détruit une société, celle-ci se défend. Quand la gauche de rupture ne lui offre pas de porte de sortie, elle en prend une autre poussée par les grands capitalistes.

En France, le Rassemblement national s’efforce désormais de tenir l’AfD à distance. Mais cette rupture est récente et remise en question, comme pour J. P. Tanguy qui, ce 7 septembre sur France Info, appelle à ne pas diaboliser l’AfD.

Pendant cinq ans, de 2019 à 2024, les deux formations ont siégé côte à côte au Parlement européen au sein du groupe Identité et démocratie. Deux ans plus tard, les passerelles avec l’extrême droite française n’ont pourtant pas disparu. Notre article.

Un score sans précédent depuis la fin du nazisme

Les chiffres donnent le vertige. L’AfD obtient 43,9 % et 39 sièges sur 83 au Landtag de Magdebourg. La CDU du chancelier Friedrich Merz s’effondre à 17,2 %, perdant près de vingt points et vingt-cinq sièges. Le SPD termine à 9,3 %, les Verts à 8,9 %, Die Linke à 8,6 %, le BSW de Sahra Wagenknecht à 5,3 %.

L’extrême droite a raflé toutes les circonscriptions du Land sauf trois. Il lui a manqué trois sièges pour gouverner seule.

Le détail le plus inquiétant est ailleurs. La participation a bondi à 77,8 %. L’AfD n’a pas seulement siphonné la droite. Elle est allée chercher des électeurs qui ne votaient plus. Elle a converti l’abstention, c’est-à-dire le dégoût, en bulletins.

Rappelons ce qu’est ce parti. La fédération AfD de Saxe-Anhalt est classée depuis novembre 2023 comme organisation d’extrême droite avérée par les services de renseignement intérieur allemands, sur la base de positions racistes, antimusulmanes et antisémites.

Sur sa composition, un chiffre suffit à dire le projet de société : seulement 2 femmes élues.

Ce que la Treuhand a détruit ne s’est jamais reconstruit

Pour comprendre le vote, il faut regarder ce qui a été fait à ce territoire.

La Saxe-Anhalt est un Land de l’ex-RDA. Au tournant des années 1990, la Treuhandanstalt (l’institution de droit public ouest-allemand chargée de la privatisation des biens de l’ex-RDA) a privatisé ou liquidé en quatre ans la quasi-totalité de l’économie est-allemande. La chimie et la métallurgie ont été démantelées. Le chômage a dépassé 20 % de la population active. Aucune société européenne n’a subi, en temps de paix, une expérience de marché aussi brutale et aussi rapide.

C’est très exactement ce que Karl Polanyi décrivait en 1944 dans La Grande Transformation. Quand on prétend organiser une société entière selon les règles du marché autorégulateur, cette société finit par se protéger. Polanyi appelait cela le double mouvement. Et il ajoutait l’essentiel : la protection peut prendre la forme du New Deal ou de la social-démocratie, elle peut aussi prendre la forme du fascisme. Rien ne garantit lequel des deux.

En Saxe-Anhalt, la première moitié du mouvement a été exécutée jusqu’au bout. La seconde n’a jamais eu lieu.

Trente-cinq ans plus tard, le chômage y reste à 8,2 %, contre 6,5 % au niveau fédéral. Les salaires demeurent nettement en dessous de ceux de l’Ouest. Près de 28 % des habitants ont plus de 65 ans, un record national. Les jeunes sont partis. Les médecins, les commerces et les lignes de train aussi.

La chercheuse Jeanette Süß, citée par France Info, apporte une nuance utile. Il existe dans le Land une extrapolation du déclin qui ne correspond pas exactement à la réalité de 2026, bien moins sombre qu’il y a vingt ans. Ce n’est pas la misère absolue qui produit l’extrême droite. C’est la mémoire d’avoir été livré au marché, puis abandonné, et la certitude que personne ne viendra. Cette mémoire ne se corrige pas avec un point de PIB.

Merz, ou la démocratie sous condition

Depuis mai 2025, l’Allemagne est gouvernée par une grande coalition CDU-CSU-SPD dirigée par Friedrich Merz, ancien dirigeant de BlackRock Allemagne. Réarmement massif, économies budgétaires, démantèlement de l’allocation Bürgergeld remplacée par une « nouvelle sécurité de base » plus punitive, qui ramène le pays vers le régime Hartz IV. Merz aime rappeler qu’il y a 5,6 millions d’allocataires du Bürgergeld. Il ne le dit jamais pour s’inquiéter de la pauvreté allemande. Il le dit pour désigner un coût. La différence entre les deux phrases contient tout le reste : dans un cas on cherche à réduire le nombre de pauvres, dans l’autre à réduire le nombre d’aidés.

Cette logique a été théorisée il y a plus de quatre-vingts ans, et par un économiste. En 1943, Michal Kalecki publie un texte sur les aspects politiques du plein emploi. Sa thèse est simple et redoutable : les milieux d’affaires ne s’opposent pas au plein emploi pour des raisons économiques, mais parce qu’il détruit la discipline dans l’atelier. Un travailleur qui ne craint plus le licenciement cesse d’obéir. Kalecki en tirait une conclusion que l’on relit aujourd’hui avec un frisson : le patronat préférera toujours une politique qui maintient un volant de chômage et de précarité, et il acceptera pour cela des régimes qui garantissent l’ordre.

C’est la clé du Bürgergeld. Réduire l’allocation n’a jamais eu pour but de faire des économies. Wolfgang Streeck a montré comment l’État fiscal d’après-guerre s’est mué en État de consolidation, dont le créancier est devenu le premier électeur. Un budget qui trouve des milliards pour les chars et pas pour les chômeurs n’est pas un budget contraint. C’est un budget qui a des priorités.

Ulrich Siegmund a désigné lui-même son meilleur atout de campagne : Friedrich Merz. Il n’a pas tort. En janvier 2025, Merz avait fait adopter un texte migratoire au Bundestag grâce aux voix de l’AfD, brisant pour la première fois le pare-feu, la Brandmauer, que les partis allemands opposaient à l’extrême droite depuis des décennies.

Ce pare-feu n’a d’ailleurs jamais été qu’une posture morale sans contenu social. En juin 2026, le chef du groupe CDU au Landtag de Saxe-Anhalt, Guido Heuer, s’affichait publiquement aux côtés de Siegmund et déclarait n’avoir jamais aimé le mot Brandmauer. Selon Focus online, six à douze députés CDU du Land menaçaient de quitter leur groupe si leur parti devait se maintenir au pouvoir grâce à une tolérance de Die Linke. La direction régionale a parlé de pure spéculation.

Quand plus rien d’essentiel ne se décide par le vote

Il manque encore un maillon. Une politique impopulaire, dans une démocratie, se sanctionne dans les urnes et change. Or celle-ci ne change jamais. Pourquoi ?

Parce qu’elle a été soustraite au vote.

Les traités européens ont constitutionnalisé un cadre macroéconomique. Les 3 %, le pacte budgétaire, l’indépendance de la banque centrale, la libre circulation des capitaux. Ces règles ne relèvent d’aucune majorité parlementaire, et l’on ne peut ni les amender ni les abroger par un scrutin national. Le 5 août 2011, Jean-Claude Trichet et Mario Draghi adressent au gouvernement italien une lettre confidentielle, révélée depuis, énumérant les réformes du marché du travail et des retraites à conduire. Trois mois plus tard, Silvio Berlusconi cède la place à Mario Monti, que personne n’a élu. En juillet 2015, les Grecs rejettent le mémorandum d’austérité par 61 % des voix. Le mémorandum est signé quinze jours plus tard.

À chaque fois, la leçon adressée aux peuples est la même. Vous pouvez voter. Cela ne changera rien.

Une démocratie où les décisions économiques sont hors d’atteinte du bulletin ne devient pas apathique. Elle déplace le conflit. Puisqu’il est interdit de se disputer sur la répartition des richesses, on se dispute sur l’appartenance. Le clivage cesse d’opposer ceux qui possèdent à ceux qui produisent, et se met à opposer ceux d’ici à ceux d’ailleurs. Ce déplacement n’est pas une dérive du système. C’en est le produit.

Nancy Fraser a nommé le mécanisme qui a rendu la chose possible à gauche : le néolibéralisme progressiste. Une alliance entre les courants dominants des mouvements d’émancipation et le capital financiarisé, qui a permis aux partis sociaux-démocrates d’appliquer les politiques de la droite tout en conservant un vocabulaire de gauche. Le SPD de l’Agenda 2010, le PS de la loi Travail et du CICE. À la fin, l’électorat populaire n’entend plus qu’une chose : ceux-là aussi.

La grande coalition, machine à produire de l’extrême droite

Allemagne. L’AfD naît en 2013, sous la grande coalition d’Angela Merkel. Elle obtient 4,7 % cette année-là. 12,6 % en 2017. 10,3 % en 2021. 20,8 % en Saxe-Anhalt la même année. 43,9 % dimanche. La courbe épouse la durée du gouvernement commun de la droite et des sociaux-démocrates. Le SPD a payé sa cogestion : 9,3 % dimanche.

Portugal. En mai 2025, après une décennie où la gauche radicale a soutenu puis accompagné les gouvernements socialistes sans imposer de rupture, le Bloco de Esquerda s’effondre à 2 % et un siège. Chega passe de 18,1 % à 22,8 % et devient premier parti d’opposition. Quand la gauche de rupture s’efface, la colère ne s’efface pas avec elle. Elle change d’adresse.

France. Depuis 2024, le pays est gouverné par un attelage sans majorité, maintenu en vie par la non-censure socialiste. Le budget 2026 a été adopté début février au 49.3, après trois recours à cet article et six motions de censure. Celles de la gauche hors PS ont recueilli 269 puis 260 voix, sous le seuil, faute des socialistes. Une politique de saignées budgétaires que personne n’a votée, appliquée par un gouvernement que personne n’a choisi.

Le mécanisme est toujours le même. La grande coalition supprime l’alternance. Quand la droite et la gauche de gouvernement mènent la même politique, il ne reste au mécontentement qu’une seule sortie électorale, et c’est l’extrême droite qui en tient la clé.

L’objection culturaliste, et pourquoi elle ne suffit pas

Une objection sérieuse existe, il faut la prendre de face. Pippa Norris et Ronald Inglehart ont soutenu que la poussée des droites radicales relève d’un contrecoup culturel et non économique. Les électeurs de l’AfD ne sont pas les plus pauvres. Le vote se corrèle mieux à l’hostilité à l’immigration qu’au revenu. Tout cela est exact et se vérifie en Saxe-Anhalt.

Mais l’opposition entre économie et culture est un faux partage. Les travaux de Noam Gidron et Peter Hall l’ont montré : ce qui prédit le vote d’extrême droite n’est pas le niveau de revenu, c’est le sentiment de déclassement, la perte de statut social subjectif, surtout chez les hommes peu diplômés des régions désindustrialisées. Or ce sentiment a une cause matérielle parfaitement identifiable. On ne perd pas son statut dans l’abstrait. On le perd quand l’usine ferme, quand le fils part à Munich, quand la maternité du chef-lieu est supprimée.

L’humiliation est une expérience économique avant d’être un ressentiment culturel. Le racisme n’en est pas la cause. Il en est le langage disponible, celui que trente ans de dépolitisation ont laissé sur la table.

L’AfD ne menace pas le capital, elle lui propose un contrat

L’économiste Stefan Bach, du DIW Berlin, a chiffré le paquet fiscal de l’AfD à environ 182 milliards d’euros d’allègements annuels, soit plus de 4 % de la richesse produite en Allemagne. Suppression de l’impôt sur les successions, suppression de la taxe foncière et des droits de mutation, suppression de la contribution de solidarité, baisse de l’impôt sur les sociétés. Selon ses calculs, 19 % du total, soit 34 milliards, iraient au seul centile le plus riche. En novembre 2025, Alice Weidel réclamait au Bundestag un programme de libération des forces du marché.

Voilà ce qu’est réellement l’extrême droite européenne aujourd’hui. Pas une révolte contre le capitalisme. Une offre de recomposition de la domination, où la brutalité sociale est maintenue et où la colère qu’elle produit est réorientée vers l’étranger, le musulman, l’assisté.

C’est pour cette raison, et non par lâcheté, que les milieux d’affaires ne redoutent pas sérieusement son arrivée au pouvoir. Elle ne touchera pas à la propriété. Elle promet même de la desserrer davantage.

Le 20 février 1933, le patronat allemand a choisi

Il existe un précédent, et il est allemand lui aussi.

Le 20 février 1933, à 18 heures, une vingtaine de patrons entrent dans la résidence officielle du président du Reichstag, Hermann Göring, à Berlin. Krupp est là. IG Farben, Siemens, Opel, Allianz, la Deutsche Bank, les magnats Günther Quandt et Friedrich Flick aussi. Hitler leur parle. Göring leur explique ensuite que le scrutin du 5 mars sera sans doute le dernier avant dix ans, ce qui devrait alléger le sacrifice financier qu’on leur demande. Hjalmar Schacht réclame trois millions de reichsmarks. Selon les pièces versées au procès d’IG Farben, 2 071 000 seront effectivement payés, dont 400 000 par IG Farben seul. Un peu plus de cinq semaines plus tard, la loi des pleins pouvoirs liquide la République de Weimar.

Ces hommes n’étaient pas des militants. C’étaient des gestionnaires. On leur a présenté une facture, ils l’ont réglée.

L’objection historiographique est connue. Dans German Big Business and the Rise of Hitler, Henry A. Turner a montré que le grand patronat allemand avait d’abord financé les partis conservateurs et non les nazis, et qu’il s’était rallié tardivement. C’est exact, et cela ne change rien. Le patronat ne fabrique pas le fascisme, il l’arbitre. Il finance l’ordre établi tant que l’ordre établi tient, et il bascule quand ce dernier ne tient plus. Le jour où il a fallu choisir entre perdre ses profits et perdre la démocratie, il a choisi.

Gramsci a décrit cette configuration depuis sa prison, et l’on cite souvent sa phrase de travers. Il n’a pas écrit que des monstres surgissaient. Il a écrit quelque chose de plus précis et de plus utile : la crise consiste en ce que l’ancien meurt sans que le nouveau puisse naître, et dans cet interrègne apparaissent les phénomènes morbides les plus variés. Le fascisme n’est pas l’irruption d’un mal venu d’ailleurs. C’est ce qui pousse dans un ordre social qui n’arrive plus à se reproduire et qui refuse de céder la place.

Cet arbitrage n’appartient pas au passé, et il ne se cache même plus. En décembre 2024, l’homme le plus riche du monde écrivait que seule l’AfD pouvait sauver l’Allemagne. Le 9 janvier 2025, Elon Musk offrait à Alice Weidel plus d’une heure d’antenne sur son propre réseau social. Le 25 janvier, il apparaissait en visioconférence au meeting de lancement de campagne de l’AfD, à Halle, la plus grande ville de Saxe-Anhalt. En février, à Munich, le vice-président des États-Unis expliquait qu’il ne devrait exister aucun pare-feu dans une démocratie.

Dix-neuf mois plus tard, l’AfD fait 43,9 % dans ce même Land.

En France, le patronat en est encore au stade de l’audition des candidats. Le débat organisé par le MEDEF fin août a montré ce qu’il attend : la même baisse du coût du travail, la même compression de la dépense publique, la même sortie du droit social. C’est le programme qui a produit l’AfD. Ceux qui le portent le savent, et le préfèrent quand même à une rupture.

Des frontières moins étanches qu’il n’y paraît

En France, le Rassemblement national s’efforce désormais de tenir l’AfD à distance. Mais cette rupture est récente et remise en question, comme pour J. P. Tanguy qui, ce 7 septembre sur France Info, appelle à ne pas diaboliser l’AfD.

Pendant cinq ans, de 2019 à 2024, les deux formations ont siégé côte à côte au Parlement européen au sein du groupe Identité et démocratie. Le RN n’a rompu qu’en mai 2024, après les déclarations de Maximilian Krah, alors tête de liste de l’AfD, affirmant que tous les membres de la SS ne pouvaient être considérés comme des criminels.

Deux ans plus tard, les passerelles avec l’extrême droite française n’ont pourtant pas disparu. Sarah Knafo, eurodéputée Reconquête, est aujourd’hui vice-présidente du groupe Europe des nations souveraines, constitué autour de l’AfD, et Éric Zemmour, comme elle, ont salué ce dimanche sa victoire en Saxe-Anhalt comme une « victoire historique ». Dans le même temps, Marion Maréchal, élue en 2024 comme tête de liste de Reconquête avant de rompre avec Éric Zemmour, s’est rapprochée du RN avec son mouvement Identité-Libertés : ses trois députés siègent comme apparentés au groupe RN et le parti revendique lui-même travailler « aux côtés du Rassemblement national ». Selon Libération, Marine Le Pen envisagerait même de remettre davantage sa nièce en avant, notamment en l’invitant à prendre la parole lors des journées parlementaires du RN.

Un partenaire dont la radicalisation ne relève pourtant plus seulement de déclarations isolées : une partie de l’AfD défend désormais ouvertement la « remigration », tandis que plusieurs de ses responsables ont participé à la réunion de Potsdam où était envisagé un dispositif visant également des citoyens allemands issus de l’immigration. La justice allemande a jugé qu’un projet fondé sur une conception ethnoculturelle du peuple remettant en cause l’égalité entre citoyens était contraire à la Constitution et à la dignité humaine.

Berlin, dans quinze jours, la démonstration inverse

Il faudrait s’arrêter là si l’histoire était écrite. Elle ne l’est pas. Et la preuve est allemande.

Le 20 septembre, Berlin vote. Dans la capitale, c’est Die Linke qui est en tête. Le sondage Forsa réalisé pour t-online et publié le 22 août plaçait le parti de la candidate Elif Eralp à 22 %, devant la CDU et l’AfD à égalité. La moyenne pondérée de PolitPro au 6 septembre confirme la hiérarchie : Die Linke à 20 %, CDU à 19,5 %, AfD à 17,9 %.

Même pays. Même semaine. Même crise du logement, même inflation, même gouvernement Merz détesté. Mais une offre politique différente. Blocage des loyers, expropriation des grands bailleurs, refus de la militarisation, ligne claire contre l’extrême droite sans compromission avec la droite.

Autrement dit, la seconde moitié du double mouvement. Là où la protection sociale est proposée par la gauche, elle n’est pas allée chercher son nom à l’extrême droite.

Cette dynamique n’est pas née à Berlin. Elle date de janvier 2025, quand la présidente du groupe Die Linke au Bundestag, Heidi Reichinnek, a répondu à Merz depuis la tribune après son vote commun avec l’AfD. Le discours a été vu plus de trente millions de fois. Le parti, donné à 4 % un mois plus tôt, a fait 8,8 % en février 2025 et envoyé 64 députés au Bundestag. Un quart des moins de 25 ans ont voté pour lui, meilleur score de tous les partis dans cette tranche d’âge. Die Linke compte aujourd’hui plus de 123 000 adhérents.

Ce n’est pas la modération qui a produit ce résultat. C’est la confrontation.

L’objection est réelle : Die Linke recule à l’Est

Soyons honnêtes, parce que l’argument mérite mieux qu’un slogan. Dimanche, Die Linke a perdu 2,4 points et quatre sièges en Saxe-Anhalt, tombant à 8,6 %. Sur le même scrutin, le BSW de Sahra Wagenknecht entre au Landtag avec 5,3 %.

Cela n’invalide pas la démonstration. Cela la précise.

Là où Die Linke est perçue comme une force de gestion, héritière du PDS et intégrée depuis vingt ans à l’appareil institutionnel des Länder de l’Est, elle décroche. Là où elle est redevenue une force de conflit, à Berlin, chez les jeunes, dans les grandes villes de l’Ouest, elle bat ses records. Ce n’est pas l’étiquette de gauche qui protège de l’extrême droite. C’est la rupture. Une gauche qui cogère perd. Une gauche qui affronte gagne.

La scission Wagenknecht ajoute un second enseignement. Quand une partie de la « gauche » reprend les thèmes de l’adversaire sur l’immigration, elle ne récupère pas ses électeurs. Elle les valide. Le BSW est à 5,3 % là où l’AfD est à 43,9 %.

En France, 2027 se joue maintenant

Jean-Luc Mélenchon a réagi dimanche soir en pointant la responsabilité des politiques centristes européennes, puis lundi matin dans un message qui a dépassé les 130 000 vues.

Le candidat de La France insoumise à la présidentielle y désigne la matrice. Une Allemagne érigée en modèle et imposée à toutes les nations d’Europe. Des sociétés détruites de l’intérieur. Et une seule issue, la rupture avec ce modèle et avec ces coalitions.

Et la France dispose d’un avantage que l’Allemagne n’a pas eu. Une gauche de rupture y existe déjà, forte, à l’échelle nationale. En juillet 2024, c’est le Nouveau Front populaire, construit en quelques jours sur un programme de rupture, qui a stoppé le RN aux portes de Matignon. Pas le centre. Pas le front républicain invoqué par ceux qui appliquent le programme économique nourrissant l’extrême droite.

Ce que la Saxe-Anhalt nous dit, c’est ce qui arrive quand cette gauche renonce, se dilue dans une coalition de gestion, ou accepte de tenir le budget d’un pouvoir minoritaire en échange de trois amendements. Le prix ne se paie pas en sièges. Il se paie en Landtag conquis par des gens qui font élire trente-sept hommes sur trente-neuf.

En 1936, la France n’a pas répondu au 6 février par la modération. Elle a répondu par l’Unité populaire, un programme de rupture et près de deux millions de grévistes. C’est la seule chose qui ait jamais fait reculer le fascisme dans ce pays.

Aujourd’hui, une seule candidature porte cette rupture à l’échelle nationale. Une seule refuse à la fois le RN et la destruction méthodique de l’État social au profit des grandes fortunes. Une seule n’a jamais voté un budget d’austérité ni négocié sa survie parlementaire. Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise ne sont pas une option parmi d’autres dans la recomposition en cours. Ils sont l’alternative, et il n’y en a pas de seconde.

En 2027, la question ne sera pas de savoir qui fait barrage. Elle sera de savoir qui propose autre chose. Les électeurs de Saxe-Anhalt viennent de rappeler ce qu’il en coûte quand la réponse est personne.

Par Léolo Kayser

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