mardi 8 septembre

10:47

Explosion du prix du gaz, le blocage des prix proposé par Mélenchon convainc de plus en plus

Gaz. Combat de longue date de La France insoumise, le blocage des prix permettrait de soulager immédiatement les foyers les plus modestes tout en instaurant un rapport de force avec les multinationales qui transforment chaque crise en nouvelle source de profits. Jean-Luc Mélenchon a de nouveau défendu cette mesure samedi dernier à la Braderie de […]

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Gaz. Combat de longue date de La France insoumise, le blocage des prix permettrait de soulager immédiatement les foyers les plus modestes tout en instaurant un rapport de force avec les multinationales qui transforment chaque crise en nouvelle source de profits. Jean-Luc Mélenchon a de nouveau défendu cette mesure samedi dernier à la Braderie de Lille en l’inscrivant dans la possibilité de « décréter l’urgence sociale ». Dès 2027, ce blocage des prix pourrait ainsi s’appliquer aux produits de première nécessité pour l’alimentation, à l’énergie, et aux loyers. Une réponse d’urgence qui ouvre aussi la voie à une reprise en main collective de notre politique énergétique. Notre article.

Décréter l’urgence sociale, une proposition insoumise qui change tout

Depuis le printemps 2026, la guerre déclenchée et menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran provoque un nouveau choc énergétique mondial. Le blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transitent près d’un quart du commerce mondial de pétrole et un cinquième du gaz naturel liquéfié, a profondément perturbé les approvisionnements. L’Agence internationale de l’énergie évoquait dès le début du conflit « la plus importante perturbation » de l’approvisionnement pétrolier de l’histoire. En quelques jours, les cours internationaux du gaz avaient bondi de 50 %, ceux du pétrole de 70 %.

Quelques mois plus tard, la crise arrive directement dans les factures. Au 1er septembre, le prix repère du gaz a encore augmenté de 5,6 %, atteignant 172 euros le mégawattheure, son plus haut niveau depuis la création de cet indicateur en 2023. Six millions de foyers disposent d’une offre indexée sur ce prix de référence et, pour un ménage se chauffant au gaz, la hausse peut représenter une centaine d’euros supplémentaires sur l’année. À la pompe aussi, le choc est brutal : depuis le début de la guerre, essence et gazole ont fortement augmenté, ce dernier ayant dépassé les deux euros le litre en moyenne.

Derrière ces chiffres, ce sont d’abord les classes populaires qui paient la crise. Pour les millions de personnes sans alternative à la voiture, la hausse du carburant signifie rogner encore sur le reste pour aller travailler ou emmener les enfants à l’école. Pour celles qui se chauffent au gaz, elle annonce un nouvel hiver à arbitrer entre les dépenses essentielles. Et le choc pourrait dépasser largement les seules factures énergétiques : transport, agriculture et industrie dépendent massivement des hydrocarbures. Une nouvelle poussée inflationniste qui rend d’autant plus urgente la question de savoir qui doit payer la crise.

La crise et ses bénéficiaires 

Mais les crises ne frappent pas tout le monde de la même manière. Dans l’énergie, elles sont même devenues de formidables accélérateurs de profits. TotalEnergies en fournit l’exemple le plus outrageux : après la crise sanitaire, puis la guerre en Ukraine, le groupe a enregistré des bénéfices historiques, dépassant les 20 milliards de dollars plusieurs années de suite. Une envolée qui ne s’explique pas seulement par la hausse des coûts. Entre 2017 et 2024, dans la branche « énergie, eau et déchets », les profits auraient ainsi contribué à près de la moitié de l’augmentation des prix de production.

La crise actuelle reproduit cette mécanique. Le carburant vendu dans les stations au lendemain des premiers bombardements avait été extrait, acheté et raffiné avant l’envolée des cours. Pourtant, les prix à la pompe ont immédiatement augmenté : raffineurs et distributeurs anticipent les cours futurs et les répercutent sur leurs tarifs actuels. Autrement dit, la crise permet d’appliquer aujourd’hui les prix de demain et de dégager au passage des marges supplémentaires.

Pour aller plus loin : Pourquoi il faut bloquer les prix – Fondation insoumise

C’est là que se trouve le cœur du problème : les prix ne sont pas le résultat parfaitement neutre de l’offre et de la demande. Dans des secteurs concentrés comme l’énergie, quelques multinationales disposent d’un pouvoir considérable sur leur formation et sur leurs marges. Dès lors, empêcher qu’une guerre se transforme en nouvelle machine à surprofits suppose de s’attaquer directement à cette formation des prix. C’est précisément ce que les réponses gouvernementales se refusent jusqu’ici à faire.

Des mesures cosmétiques et inefficaces 

Face à cette flambée des prix, le gouvernement multiplie pourtant les mesures qui contournent soigneusement le cœur du problème. Contrôles dans les stations-service, éventuel encadrement des marges des distributeurs ou libération de 14 millions de barils issus des stocks stratégiques français : autant de réponses qui ne résolvent rien et qui laissent intactes la spéculation et les marges réalisées en amont par les raffineurs.

Même logique avec les chèques énergie : plutôt que d’empêcher les prix de s’envoler, l’État compense après coup une partie de la facture. Et ainsi, les multinationales encaissent et ce sont les finances publiques qui trinquent, alors même que le gouvernement se refuse toujours à augmenter les recettes par l’impôt progressif et la mise à contribution des superprofits. 

Le Rassemblement national ne rompt pas davantage avec cette logique en proposant d’abaisser la TVA sur les carburants et l’énergie de 20 % à 5,5 %. Rien ne garantit en effet qu’une baisse de taxe soit intégralement répercutée sur le prix payé par les consommateurs : sans encadrement des prix et des marges, elle peut être en partie absorbée par les entreprises. Surtout, elle ferait perdre plusieurs milliards d’euros de recettes à l’État sans toucher aux mécanismes qui permettent aux grands groupes de profiter de la crise.

La libération des stocks stratégiques, les chèques énergie, les contrôles dans les stations-service ou encore la baisse de la TVA proposée par le RN sont autant de mesures cosmétiques qui en disent long sur le logiciel politique de ces formations : ne jamais s’attaquer aux racines capitalistes du problème, car cela impliquerait d’entrer en rapport de force avec les multinationales, leurs alliés et les principaux bénéficiaires de la crise. On contrôle, on indemnise ou on baisse les taxes, mais on laisse aux acteurs privés la maîtrise de la formation des prix : c’est précisément à l’encontre de cette logique que la proposition de blocage des prix entend déplacer le débat.

Le blocage des prix : une mesure efficace largement éprouvée 

Contrairement au récit médiatique dominant et aux cris d’orfraie d’une partie de la classe politique, le blocage des prix n’a pourtant rien d’une mesure extravagante. Le droit français permet déjà de réglementer les prix en cas de circonstances exceptionnelles et l’État y a eu recours à plusieurs reprises : lors de la guerre du Golfe en 1990, après le cyclone Hugo en Guadeloupe ou, plus récemment, pendant la crise du Covid-19 pour les masques et le gel hydroalcoolique. Dans les Outre-mer, l’intervention publique est même permanente sur certains produits essentiels : à La Réunion, le prix des carburants est fixé chaque mois par la puissance publique.

Ailleurs en Europe, plusieurs gouvernements ont également encadré directement les prix ou les marges face aux poussées inflationnistes. La Croatie plafonne ainsi les prix des carburants depuis 2021, tandis que la Grèce a choisi d’encadrer les marges des entreprises afin d’empêcher qu’elles ne profitent de l’inflation pour augmenter leurs bénéfices. Des expériences qui battent en brèche l’idée selon laquelle toute intervention publique sur les prix conduirait mécaniquement à la pénurie.

Reste alors la question du rapport de force. Si les grands groupes pétroliers décidaient de contourner durablement un blocage en vendant ailleurs leur production, l’État dispose d’autres leviers : réglementation, réquisition des stocks et, à terme, maîtrise publique du secteur. La question du blocage dépasse donc celle d’une simple mesure d’urgence : elle pose celle de savoir qui, du marché ou de la puissance publique, doit décider de l’accès à un bien aussi essentiel que l’énergie.

Mesures d’urgence et vision long-termiste : le blocage et plus encore

Comme le rappelait Manuel Bompard il y a quelques mois sur le plateau de BFMTV, qui semblait avoir à cœur de défendre le bilan social et international du gouvernement sur la question énergétique, le blocage des prix reste une mesure de court terme. Elle tranche pourtant radicalement avec les réponses du gouvernement et de l’extrême droite qui, par refus d’entrer en conflit avec les grands capitalistes et les profiteurs de crise, se refusent à prendre le problème des gens ordinaires et des foyers modestes à bras-le-corps.

Mais au-delà de l’urgence, La France insoumise se distingue aussi de ses adversaires par une appréhension plus globale du problème énergétique : le blocage des prix n’est pas une fin en soi, mais la première étape d’une politique qui doit aussi s’attaquer aux causes structurelles de ces crises.

Mais bloquer les prix ne suffira pas à empêcher la prochaine crise. Guerres, tensions géopolitiques, spéculation et dépendance aux hydrocarbures rendent ces chocs de moins en moins exceptionnels. La France importe aujourd’hui la quasi-totalité du pétrole qu’elle consomme : retrouver une maîtrise collective de l’énergie suppose donc de réduire cette dépendance par la bifurcation écologique, le développement des transports publics, la rénovation thermique et la planification énergétique. À cette souveraineté énergétique doit aussi répondre une politique internationale tournée vers la paix : le cessez-le-feu et le non-alignement sont aussi des réponses à une crise dont les conséquences économiques sont payées par les populations.

À plus long terme se pose enfin la question de la propriété des grands groupes énergétiques eux-mêmes. Car si TotalEnergies peut décider de ses investissements, de l’utilisation de ses profits ou de la destination des carburants raffinés en France, la puissance publique reste dépendante des choix d’un groupe guidé par les intérêts de ses actionnaires.

Sa nationalisation permettrait au contraire de reprendre la maîtrise d’une partie de la chaîne énergétique et d’orienter ses milliards de profits vers l’investissement, la bifurcation et les besoins de la population. Une perspective qui n’a d’ailleurs rien d’étrangère à l’histoire de l’entreprise : l’ancêtre de TotalEnergies, la Compagnie française des pétroles, avait été créé en 1924 à l’initiative de l’État précisément pour garantir l’indépendance énergétique française.

Bloquer les prix aujourd’hui, sortir de la dépendance aux hydrocarbures demain et reprendre collectivement la maîtrise de l’énergie : l’urgence sociale ouvre ainsi sur une question plus profonde, celle de savoir qui doit décider de nos besoins essentiels : les marchés et leurs actionnaires, ou la puissance publique et la population.

Par Victor G.

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