« On n’est pas autiste ». À peine nommé ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou s’illustre déjà par des propos validistes d’une violence inouïe. En déclarant sur le plateau du JT de 20 heures de France 2 : « On n’est pas sourds, on n’est pas autistes, on voit bien qu’elle passe mal, cette réforme [des retraites] ! », le nouveau ministre a utilisé le handicap comme une insulte, comme un synonyme d’incompétence ou de déconnexion de la réalité. Notre brève.
Un ministre des « Solidarités » qui méprise les personnes handicapées
L’ironie est cruelle : celui qui est censé incarner les solidarités nationales commence son mandat en stigmatisant les personnes autistes et sourdes. Utiliser l’autisme ou la surdité comme des métaphores ou des insultes est un validisme primaire qui n’a pas sa place dans le débat public, encore moins dans la bouche d’un ministre de la République. Ces propos révèlent une vision profondément discriminatoire du handicap, où être autiste ou sourd serait synonyme d’être coupé du monde, incapable de perception, de compréhension ou d’analyse. C’est faux, c’est insultant, et c’est indigne d’un représentant de l’État. C’est indigne d’un ministre des Solidarités.
Pour aller plus loin : Suspension de la réforme des retraites : décryptage d’une escroquerie, avalisée par le Parti Socialiste
Le validisme, une discrimination banalisée
Le validisme est tellement ancré dans notre société qu’un ministre peut en faire preuve, en direct à la télévision, sans être repris par la journaliste.
Comme si associer le handicap à un défaut de compréhension était une évidence acceptable.
Ce n’est plus une fenêtre, mais une baie vitrée d’overton.
Un Gouvernement qui attaque les plus fragiles
Cette attitude validiste s’inscrit dans la droite ligne d’un gouvernement Lecornu 2 qui s’acharne, comme les précédents, contre les plus vulnérables : remise en cause des ALD, année blanche, doublement des franchises médicales… Pendant que les dividendes explosent et que les milliardaires s’enrichissent, ce gouvernement fait les poches des malades et des personnes en situation de handicap.
Pour aller plus loin : « Défendre le dispositif Affection Longue Durée (ALD), c’est défendre la vie » – Le témoignage poignant de cette malade chronique, dont les indemnités sont menacées par le budget Lecornu
Bayrou, son budget et son vocabulaire méprisant : rien n’a changé
Le mépris envers les personnes handicapées n’est pas nouveau dans ce camp politique de la honte. En juillet 2025, François Bayrou déclarait vouloir « réutiliser » le matériel « pour les personnes infirmes gravement malades, en fin de vie, les cannes anglaises » après que « la personne a disparu ». Utiliser le terme « infirmes », parler de récupérer les béquilles et les fauteuils roulants des personnes décédées comme d’une économie budgétaire… Les personnes handicapées, variables d’ajustement. Pour le respect, vous repasserez.
Le budget n’a pas changé : on tape sur les malades et les personnes handicapées. Le vocabulaire méprisant non plus : « infirmes », « autistes et sourds »… De Bayrou à Farandou, c’est la même vision validiste qui transpire, celle d’un gouvernement qui considère les personnes handicapées comme un poids budgétaire et une catégorie méprisable.
Le Parti Socialiste complice
Voilà donc ce que produit la complaisance du Parti Socialiste.
En choisissant la négociation plutôt que la rupture, le PS permet le maintien de ce gouvernement Lecornu II et de ses ministres validistes. Pendant que Boris Vallaud fait des paris sur la non-censure, les personnes handicapées, les malades chroniques, les retraités, les opprimés… paient le prix fort.
La responsabilité du PS dans la poursuite de la politique antisociale de Macron est entière.
Combien de dérapages validistes, combien d’attaques contre les plus précaires, les opprimés, les handicapés, les malades, les femmes, les étudiants, les enfants, les étrangers, les personnes âgées, la culture, l’éducation, le logement, l’hôpital, l’école, l’environnement… faudra-t-il encore avant qu’ils réagissent ?
Jean-Pierre Farandou doit présenter des excuses publiques
Des excuses immédiates aux personnes sourdes et autistes. Mais des excuses ne suffiront pas : ce gouvernement qui méprise et appauvrit les personnes en situation de handicap, les malades, les précaires et les opprimés doit être censuré.
Ensuite, Macron devra partir.
Les personnes autistes ne sont pas une métaphore de l’indifférence. Les personnes sourdes ne sont pas un symbole de l’incompréhension.
Autistes et sourds sont des citoyennes et citoyens à part entière qui méritent le respect, d’autant plus de la part de ceux qui prétendent incarner les « Solidarités ».
France Télévisions : le silence coupable de Léa Salamé et une publication changeante
Et que fait Léa Salamé face à ce dérapage validiste en direct sur le service public ?
Rien. Absolument rien.
Pas une reprise, pas une remarque, pas même un sourcil levé. Le ministre peut tranquillement se vautrer dans le validisme le plus crasse sur le plateau du 20h, la journaliste laisse passer sans broncher.
Ce silence est une complicité. France Télévisions, service public audiovisuel, a le devoir de défendre les valeurs républicaines dont l’égalité et le respect de toutes et tous. En laissant passer de tels propos sans réaction, la chaîne publique normalise le validisme et envoie un message désastreux.
Où est le rôle d’interpellation que devrait avoir le service public ?
Où est la déontologie journalistique ?
Léa Salamé et France Télévisions doivent, eux aussi, s’expliquer sur ce silence assourdissant. Mais ce n’est pas tout. Le post avec la déclaration du ministre a été mis en ligne sur Twitter à 20h55. On y lit une partie des propos du ministre : “on n’est pas autiste, on voit bien qu’elle ne passe pas, cette réforme”.

France Télévisions a, dans un premier temps, supprimé son post au cours de la soirée. Trop de commentaires négatifs ? Trop de personnes demandant des comptes au ministre ou à Léa Salamé ?
Une nouvelle version de la publication est présentée en ligne, à 22h35. Sans la mention « on n’est pas autistes »… Tiens tiens….

Quelqu’un à France Télévisions s’est-il rendu compte de la gravité des propos ? Qui a demandé ce changement ? Quelqu’un essaie-t-il de protéger maladroitement le ministre ?
Où est la déontologie journalistique ?
Les concernés, les associations, les parents, les alliés et tant d’autres demandent des comptes à France Télévisions et au ministre des Solidarités.
Comment se mobiliser ?
Saisissez le médiateur de France Télévisions et l’Arcom pour dénoncer ces manquements déontologiques graves.
Le service public ne peut pas être le relais complaisant de propos validistes.
C’est en agissant collectivement que nous pouvons exiger des comptes et faire cesser cette banalisation du mépris envers les personnes handicapées.
Par Tiracoon