Affection Longue Durée. « En s’en prenant à l’ALD, le gouvernement s’en prend à tout ce qui fait la force du modèle social français : la solidarité, la mutualisation, l’idée que la santé n’est pas une marchandise. Ce qu’ils appellent “réformes”, nous, malades chroniques, nous l’appelons mise en danger », écrit Charlène, atteinte d’une maladie chronique des poumons, dans les colonnes de L’insoumission. Hier, Sébastien Lecornu a prononcé son discours de politique générale. Considérant avoir obtenu gain de cause sur la réforme des retraites, malgré un enfumage complet, le Parti Socialiste a annoncé qu’il ne censurerait pas le nouveau Gouvernement et donc son budget déjà dans les tuyaux de la machine parlementaire.
Les socialistes prennent ainsi le risque de voir passer une baisse des franchises médicales, une austérité accrue dans les services publics, mais aussi une attaque sur le pouvoir d’achat des personnes atteintes de maladies chroniques. Une personne gagnant 2000 euros ayant un cancer, devant s’arrêter pour sa maladie et ayant son salaire maintenu par son entreprise perdrait 850 euros par an. Charlène est atteinte d’une maladie des poumons. Elle a pris la plume. L’insoumission publie son témoignage dans son intégralité.
« Sans l’ALD, beaucoup d’entre nous n’auraient tout simplement plus les moyens de vivre dignement. Mais aujourd’hui, cette solidarité est menacée. »
Je vis avec une maladie des poumons. Une de celles qu’on ne guérit pas, qu’on apprend à apprivoiser, à supporter, à vivre malgré tout. Une de celles qui font de chaque respiration un petit combat, parfois invisible pour les autres, mais permanent pour nous.
Heureusement, en France, il existe encore quelque chose qui s’appelle l’ALD — Affection de Longue Durée. Ce dispositif, c’est bien plus qu’une ligne administrative : c’est une bouée. Il permet aux malades chroniques d’être soignés sans s’endetter, d’accéder aux traitements, aux consultations, aux suivis indispensables pour rester debout. Sans l’ALD, beaucoup d’entre nous n’auraient tout simplement plus les moyens de vivre dignement.
Mais aujourd’hui, cette solidarité est menacée.
Le budget présenté par le ministre Lecornu s’attaque une fois de plus à la Sécurité sociale, à l’assurance maladie, à tout ce qui protège les plus fragiles. Derrière les chiffres froids et les discours technocratiques, il y a une réalité brutale : on prépare la fin de la gratuité des soins pour les malades chroniques, on culpabilise les patients, on fragilise les plus pauvres, on transforme la maladie en fardeau individuel.
Pour aller plus loin : « Il faut censurer le Gouvernement Lecornu 2 ! » – 13 millions de malades chroniques vent debout après les annonces du budget
Quand j’entends certains ministres parler de « rationalisation » ou d’« efficacité budgétaire », j’ai envie de leur dire : venez respirer avec mes poumons. Venez vivre une journée avec une perfusion, des rendez-vous médicaux, des traitements lourds, des effets secondaires, de la fatigue qui ne s’en va jamais. Venez voir ce que c’est, la « rationalisation » quand on doit choisir entre un plein d’essence et un rendez-vous médical.
Ce n’est pas une question de gestion.
C’est une question de dignité humaine.
En s’en prenant à l’ALD, le Gouvernement Lecornu s’en prend à tout ce qui fait la force du modèle social français : la solidarité, la mutualisation, l’idée que la santé n’est pas une marchandise. Ce qu’ils appellent « réformes », nous, malades chroniques, nous l’appelons mise en danger.
Je ne veux pas qu’on se taise pendant qu’ils détruisent, morceau par morceau, ce qui permet à des millions de personnes de respirer — parfois littéralement.
Je ne veux pas qu’on reste spectateurs pendant qu’ils marchandisent la santé.
J’appelle les parlementaires à censurer ce gouvernement, à refuser ce budget d’injustice et de mépris, à défendre les malades plutôt que les profits.
Parce que défendre l’ALD, c’est défendre la vie.
Parce que sans solidarité, il ne reste plus qu’un souffle — et il s’éteint vite.
Par Charlène
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