nouvelle-calédonie calédonie mélenchon

« En Calédonie, la paix maintenant ! » – L’appel de Jean-Luc Mélenchon pour une solution politique pacifique

Paix en Nouvelle-Calédonie-Kanaky. Alors que la Nouvelle-Calédonie s’embrase depuis une semaine par des révoltes du peuple kanak réclamant sa souveraineté, Jean-Luc Mélenchon s’est exprimé le 20 mai 2024 pour dénoncer l’usage de la force par le gouvernement et esquisser une solution politique pour la paix. Jean-Luc Mélenchon rappelle l’histoire coloniale de la Nouvelle-Calédonie, et, ce faisant, l’histoire des luttes décoloniales qui ont rythmé l’île dès le XIXe siècle. Dénonçant la stratégie répressive du gouvernement, il rappelle que seule une solution politique permettra le retour à une paix respectueuse de toutes et tous, et notamment des aspirations des Kanaks.

Il appelle au rétablissement du dialogue, qui doit passer par le retrait de la loi de dégel du corps électoral ayant mis le feu au poudres, et la mise en place d’une mission de dialogue. La proposition des élus d’Outre-Mer est en ce sens une immense avancée, à laquelle Jean-Luc Mélenchon apporte tout son soutien. Notre article.

La Nouvelle-Calédonie, histoire d’une colonie en lutte pour sa souveraineté

Jean-Luc Mélenchon nous rappelle l’importance de comprendre le contexte colonial dans lequel s’inscrit la crise calédonienne actuelle. Colonisée dès 1853, et marquée par l’implantation forcée des colons mais aussi de bagnards, la Nouvelle-Calédonie porte encore aujourd’hui dans sa chair la plaie coloniale et l’humiliation du peuple kanak autochtone rappelle le leader insoumis. Il souligne que dès la fin du XIXe siècle, les Kanaks se révoltent pour leurs droits et sont, en réponse, brutalement réprimés par le pouvoir colonial.

En 1878, dans le sillon des révoltes populaires dans le monde – la Commune de Paris notamment, la grande révolte kanak fût vaincue par l’armée française qui coupa les mains et la tête du grand chef de guerre Ataï avant de les conserver au musée de l’Homme en France. En 1986, c’est Jean-Luc Mélenchon, alors sénateur, qui réclamera en premier au Sénat la restitution immédiate des restes d’Ataï au peuple Kanak, qui n’aboutira que le 1er septembre 2021.

L’histoire du peuple kanak en Nouvelle-Calédonie est donc celle de la colonisation, de la répression des révoltes, et des humiliations récurrentes, explique Jean-Luc Mélenchon. « Si bien qu’en 1953, le dictionnaire Larousse définissait même le peuple Kanak comme une ethnie en voie de disparition » ajoute-t-il.

C’est à la fin des années 1980 que s’est reconstituée une résistance organisée à la colonisation, explique Jean-Luc Mélenchon, en constituant un Front national de libération. Parallèlement, du coté des européens s’est constitué un front d’opposition à cette décolonisation et à l’aspiration des Kanaks à leur pleine souveraineté. C’est après 1988 et la seconde victoire de Mitterrand à l’élection présidentielle que les discussions vont pouvoir recommencer, notamment sous l’impulsion de Jean-Marie Tjibaou, président du Front de libération nationale kanak et socialiste.

Ce dernier, porté par l’exigence de trouver un accord collectif, avait ainsi courageusement relancé les discussions pour trouver un terrain d’entente sur l’avenir du territoire avec les autres populations qui, depuis la conquête coloniale de force, s’y sont installées et estiment à raison y avoir des droits. Mais « les droits du peuple premier sont les premiers des droits » rappelle brillamment Jean-Luc Mélenchon. Et le sort des Kanaks ne saurait être mis sous le tapis par un gouvernement sourd et irresponsable qui tente aujourd’hui de remettre en cause unilatéralement les accords de paix de Nouméa et de Matignon.

Pour aller plus loin : La Nouvelle-Calédonie-Kanaky mérite notre solidarité, note de blog de Jean-Luc Mélenchon

Pour une cohabitation pacifique : respecter les accords passés, renouer avec le dialogue

Hier comme aujourd’hui, « il est vain de penser une fois de plus que qui que ce soit puisse régler les problèmes par la force. 170 ans d’occupation n’ont diminué en rien la volonté des Kanaks de dominer leur propres destin alors même qu’ils sont passé à la limite de la disparition sur leur propre terre » déclare Jean-Luc Mélenchon. De la même manière, il appelle les autres communautés présentes sur l’île – les européens et les wallisiens de Wallis et Futuna notamment – à comprendre qu’il n’y aura pas d’issue de force à la crise en cours.

« Les wallisiens ont constitué leurs organisations politiques qui ont su travailler en étroite collaboration et en bonne intelligence avec les indépendantistes Kanaks. La population européenne doit elle aussi le comprendre et avancer dans ce sens », insiste J.L. Mélenchon.

Il rappelle qu’il n’y a pas d’avenir sans l’institution d’une « citoyenneté commune respectueuse des décisions prises pour rendre possible la paix ». Seul le respect de la parole donnée pourra construire une paix durable. Autrement dit, il appelle au respect de ce qui a été dessiné dans les accords de Matignon-Oudinot (1988) puis de Nouméa (1998). Ces accords ont su mener la Calédonie pacifiquement pendant près de 40 ans, en prévoyant l’organisation de trois référendums au sujet de la question de l’indépendance. L’objectif d’un tel dispositif, rappelle Jean-Luc Mélenchon : « Dégager une issue commune, que le vote soit Oui à l’indépendance, ou Non à l’indépendance. Il faut, quoi qu’il arrive, déterminer collectivement les conditions de l’avenir en commun de ces peuples. »

Le non-respect de cette parole par Emmanuel Macron, qui a organisé le référendum de 2022 alors même que le peuple Kanak appelait à son report en raison de leur période de deuil coutumier lié au Covid, mène la Nouvelle-Calédonie dans une impasse. Jean-Luc Mélenchon et les insoumis alertaient dès 2022 (et même avant) : l’organisation de ce référendum est une impasse. Aucun passage en force ne sera profitable à la Nouvelle-Calédonie.

Intervention de Jean-Luc Mélenchon à l’Assemblée nationale le jeudi 6 janvier 2022 dans le cadre d’un débat sur la Nouvelle-Calédonie

Après un tel référendum boycotté par les principaux concernés, la décision de revenir unilatéralement sur le corps électoral calédonien est une grave erreur, estime Jean-Luc Mélenchon. Souhaiter élargir le corps électoral et par cela diminuer le poids des Kanaks – désormais minoritaires en Nouvelle-Calédonie – dans les décisions de leur propre territoire ne peut se faire sans l’avis du peuple autochtone Kanak.

Même la loi et la Constitution française ont inscrit dans leurs lignes la particularité de la Nouvelle-Calédonie. Autrement dit, elles reconnaissent que la colonisation du territoire a fait émerger des peuples différents : on ne peut ainsi traiter la question de la citoyenneté et du corps électoral comme partout ailleurs. Cette question éminemment politique est le fruit d’une histoire coloniale complexe pour un peuple qui réclame aujourd’hui comme depuis des décennies sa souveraineté.

Stop à l’escalade militaire et au mépris macroniste

Jean-Luc Mélenchon a lancé un appel clair : « Toute violence est condamnée à n’engendrer que de nouvelles violences. Ne croyez pas qu’en réprimant, on fera cesser quoi que ce soit. Le peuple Kanak réclame la dignité. Il n’y a aucune raison de continuer dans cette ligne d’action » Cette ligne d’action, c’est celle d’un gouvernement qui n’a eu jusqu’à présent que la répression comme mode d’action pour rétablir l’ordre public sur l’île. État d’urgence, déploiement des militaires, CRS, GIGN, RAID, interdiction de la plateforme TikTok : le Gouvernement met le feu aux poudres, sur des braises qu’il a lui même allumé.

Pour aller plus loin : Naufrage colonialiste – Macron met le feu aux poudres

Dès le moment où la loi en question est arrivée à l’Assemblée Nationale, les insoumis s’y sont opposé. On nous a rit au nez, explique Jean-Luc Mélenchon. « Mais l’insurrection a eu lieu et la guerre civile ne mène nul part ». Face aux révoltes parfois violentes, la répression des forces armées ne pourra aboutir à une sortie de crise constructive. À cet égard, J. L. Mélenchon dénonce aussi les milices composées par des européens qui se mettent violemment en mouvement par les armes contre les barrages des Kanaks. « Tout cela est absurde. 40 000 armes circulent sur le territoire calédonien » ajoute-t-il. Il faut désamorcer et dialoguer.

« Il faut retirer le texte. Il faut mettre en place une commission du dialogue comme nous avons proposé de le faire dès les discussions en commission parlementaire. »

Depuis, le président Macron s’est rallié à la demande des insoumis et a affirmé qu’il était d’accord avec un tel dialogue. Mais les deux personnes s’étant proposées pour mener la mission de dialogue ne sont autre que Gérard Larcher et Yaël Braun-Pivet, respectivement président du Sénat et présidente de l’Assemblée nationale. Les deux assemblées qui ont voté en faveur du texte qui a embrasé la Nouvelle-Calédonie, donc. Elles ne symbolisent pas la volonté de retirer le texte et de recourir au dialogue plutôt qu’à la force, note Mélenchon. Pour régler le problème, il faut une volonté politique claire en faveur d’un dialogue authentique et non faussé.

Pour une mission de dialogue : les élus d’Outre-Mer se mobilisent en première ligne

Qui de mieux placés que des élus ultramarins motivés et responsables pour mener cette mission de dialogue à bien et trouver une sortie politique par le haut ? – demande Jean-Luc Mélenchon. Ce dimanche 19 mai, plus d’une vingtaine d’élus et présidents de territoires d’Outre-Mer ont signé une tribune réclamant « le retrait immédiat du projet de loi de réforme constitutionnelle » et « la reprise d’un dialogue apaisé avec l’ensemble des parties prenantes en renouant avec l’esprit des accords de Nouméa pour la construction d’un avenir commun ».

Parmi eux, la présidente de la région Réunion Huguette Bello, le président du conseil départemental de la Guadeloupe Guy Losbar, le président de la Martinique ou encore de la Guadeloupe. Nombres d’élus aussi, tels que Younous Omarjee député européen LFI originaire de La Réunion ou bien Tematai Le Gayic, député de la Polynésie Française.

Dans leur appel relayé et soutenu par Jean-Luc Mélenchon, ces élus rappellent que le projet de réforme du gouvernement est une « modification sans consensus de tous les partenaires, [qui] constitue une trahison de l’esprit et de la lettre des accords de Matignon et Nouméa ». Dénonçant la réponse sécuritaire du Gouvernement, ils expliquent eux aussi : « Seule la réponse politique mettra fin à la montée des violences et empêchera la guerre civile ».

Pour Jean-Luc Mélenchon, ce texte donne la garantie aux peuples de Nouvelle-Calédonie que la loi sera retirée, seule condition permettant l’ouverture d’un dialogue apaisé sur le futur de l’île. Une proposition bien éloignée de l’ultimatum initialement proposé par E. Macron, qui proposait un dialogue en visioconférence aux indépendantistes, tout en affirmant maintenir la réforme quelle que soit l’issue des discussions.

« Les présidents des régions ultramarines sont les mieux placés pour faire des propositions pour ramener à la paix » assure J.L Mélenchon. Il ajoute que la date du prochain référendum ou de tout autre manière d’avancer collectivement doit être déterminée par les parties prenantes de la Nouvelle-Calédonie. Comme dans tout processus démocratique, « la volonté des uns et des autres doit être canalisée dans le dialogue ».

Jean-Luc Mélenchon a aussi dénoncé la convocation d’un Conseil de défense par le Président de la République pour gérer la situation calédonienne. Une méthode absurde, comme elle l’avait été pendant la crise du Covid. Et une manière de prendre des décisions feutrées à l’abri de la contestation populaire démocratique.

Jean-Luc Mélenchon conclut son intervention en rappelant que : « personne en Nouvelle-Calédonie n’est l’ennemi d’un Français. Aucun Kanak, aucun Wallisien, aucun Européen. Il faut des solutions civiles et pacifiques. Nul ne mérite de mourir parce que des dirigeants ont été incapables de comprendre une situation, de la maitriser et de proposer des solutions ».

Bref, « il faut que la paix soit rétablie en Nouvelle-Calédonie par des accords politiques et pas par des coups de matraques ni par des tirs » résume Jean-Luc Mélenchon, portant la voix de tous les insoumis de France et d’ailleurs.

Par Zoé Pébay

Partager

Vous avez aimé cet article ?

Recevez chaque semaine une sélection de nos meilleurs articles en vous abonnant.

Les + vus

Soutenez les médias insoumis !

Abonnez-vous à l’ensemble des médias insoumis et recevez à votre domicile l’hebdo et le magazine de l’insoumission.