États-Unis – Écraser Cuba, contrôler le golfe du Mexique et dominer l’Amérique

États-Unis. L’Insoumission et le média espagnol Diario Red (Canal Red) s’associent pour proposer à leurs lecteurs des contenus sur les résistances et les luttes en cours en France, en Espagne et en Amérique du Sud. À retrouver sur tous les réseaux de l’Insoumission et de Diario Red. La nouvelle offensive impulsée par Donald Trump contre […]

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États-Unis. L’Insoumission et le média espagnol Diario Red (Canal Red) s’associent pour proposer à leurs lecteurs des contenus sur les résistances et les luttes en cours en France, en Espagne et en Amérique du Sud. À retrouver sur tous les réseaux de l’Insoumission et de Diario Red.

La nouvelle offensive impulsée par Donald Trump contre Cuba répond, dans une large mesure, à des facteurs de politique intérieure. Cela est assez clair. L’influence de Marco Rubio et du lobby historique cubano-américain anticommuniste établi en Floride, conjuguée à la nécessité pour le mouvement MAGA de mettre en avant des succès militaires avant les prochaines élections législatives, joue un rôle prépondérant. Cependant, réduire une éventuelle agression à ces seules circonstances conjoncturelles reviendrait à ignorer des éléments structurels bien plus profonds.

Après le kidnapping de Maduro, et le blocus pétrolier décrété contre Cuba le 29 janvier 2026, le peuple cubain subit une catastrophe humanitaire. La France, première puissance caribéenne européenne, laisse faire en se pliant au trumpisme. Notre article.

Le détroit de Floride au cœur des préoccupations

Aujourd’hui, le détroit de Floride occupe une place de choix dans les calculs géopolitiques de Washington. Ce passage maritime constitue l’une des deux principales issues naturelles du golfe du Mexique, une étendue d’eau essentielle au fonctionnement de l’économie américaine, car elle donne accès au canal de Panama et à l’océan Atlantique pour de nombreux ports et villes d’importance économique et énergétique majeure.

Les côtes du golfe du Mexique concentrent environ la moitié de la capacité américaine de raffinage du pétrole et de traitement du gaz naturel. La région joue également un rôle crucial dans la production énergétique nationale et dans l’approvisionnement alimentaire du pays. Une part significative du poisson consommé par la population américaine provient de ces eaux, tandis que les plates-formes maritimes installées dans le golfe génèrent des centaines de millions de barils de pétrole chaque année. Garantir la « sécurité » — pour elle-même, bien entendu — des routes de navigation qui relient cette zone aux marchés internationaux constitue une priorité permanente pour Washington. En réalité… il en a toujours été ainsi.

À cette dimension économique s’ajoute un facteur énergétique supplémentaire. Les zones maritimes situées au large des côtes cubaines pourraient receler d’importantes ressources encore inexploitées. Diverses estimations font état de l’existence de milliards de barils de pétrole et de réserves considérables de gaz naturel dans ce que l’on appelle le bassin nord de Cuba.

Après le décret du blocus pétrolier du 26 janvier 2026, les États-Unis — et notamment les secteurs les plus fanatisés du trumpisme MAGA — menacent concrètement Cuba. Depuis plusieurs mois, Donald Trump multiplie les déclarations menaçantes envers Cuba, qu’il considère comme « une menace extraordinaire ». Et ce, même si Washington jouit déjà d’une pleine liberté de navigation dans la zone et maintient une position prédominante dans le golfe du Mexique. Dans une interview publiée début juin, le président cubain Miguel Diaz-Canel estime que les États-Unis envisagent trois scénarios contre Cuba : provoquer une explosion sociale par la pression économique, prendre le contrôle de l’économie ou recourir à une agression militaire.

La logique qui sous-tend la menace américaine répond aussi à des considérations à long terme. Du point de vue de nombreux stratèges américains, garantir la domination de la région, dans le cadre du repli hémisphérique, servirait à empêcher que de futurs acteurs « hostiles » puissent tirer parti de leur situation géographique pour défier la primauté des États-Unis dans l’hémisphère occidental.

Contrôler indirectement l’environnement géopolitique cubain équivaudrait à s’assurer qu’aucun concurrent stratégique (à savoir la Chine) ne puisse utiliser ce corridor maritime pour exercer une pression sur l’économie américaine. Il s’agit d’une logique préventive qui semble s’inspirer des expériences récentes dans le détroit d’Ormuz et à Bab el-Mandeb.

Un intérêt séculaire pour l’impérialisme des États-Unis

Dès le XIXe siècle, alors que les États-Unis commençaient leur expansion en tant que puissance impérialiste, la présence d’empires européens rivaux dans l’Atlantique occidental conditionnait profondément leurs préoccupations sécuritaires. Parmi tous les territoires caribéens, Cuba se distinguait par sa position exceptionnelle entre l’océan Atlantique et le golfe du Mexique, à faible distance des côtes floridiennes.

L’acquisition de la Louisiane en 1803 a donné aux États-Unis le contrôle d’un immense système fluvial articulé autour des fleuves Mississippi, Missouri et Ohio. Grâce à ce réseau de communications intérieures, le pays a réussi à intégrer économiquement de vastes territoires et à faire de La Nouvelle-Orléans un centre névralgique pour l’exportation agricole.

Cependant, le succès de ce modèle économique dépendait du maintien de routes maritimes ouvertes et sûres. Toute puissance capable d’influencer les accès au golfe du Mexique pouvait affecter directement le commerce américain. Le détroit de Floride, complété par le canal du Yucatán, constituait la principale sortie vers les marchés internationaux pour une grande partie de la production en provenance de l’intérieur des États-Unis. Cette réalité géographique a conféré à Cuba une importance stratégique extraordinaire.

Washington a toujours observé avec préoccupation la possibilité qu’une puissance européenne utilise le territoire cubain comme plateforme militaire. Bien que l’Empire espagnol connût un déclin progressif qui limitait sa condition de « menace », la crainte persistait parmi les intellectuels américains que la Grande-Bretagne ou l’Allemagne ne profitent de la position géographique de Cuba pour projeter une force navale sur la région ou bloquer le trafic maritime américain.

Selon cette approche impériale d’hégémonie continentale, Washington devait contrôler le canal du Yucatán, le détroit de Floride et le canal de Panama.

La guerre hispano-américaine a permis d’éliminer la dernière présence impériale européenne significative aux abords du golfe du Mexique et de consolider l’influence américaine sur les corridors maritimes régionaux. Depuis lors, et jusqu’à la révolution socialiste, la souveraineté cubaine est restée conditionnée par une relation profondément asymétrique avec son voisin du nord, obsédé par la maîtrise du passage vers le golfe du Mexique.

Bien que la fin de la Guerre froide, associée à la victoire américaine, ait réduit la perception de la menace liée à Cuba, l’inquiétude de certains secteurs politiques et militaires face à l’existence d’un État souverain, socialiste et anti-impérialiste, situé dans un enclos géographique aussi sensible pour la Maison-Blanche, n’a jamais complètement disparu. Au-delà des facteurs politiques et conjoncturels, la nouvelle campagne impérialiste contre Cuba exprime, au moins en partie, une continuité historique dans la politique étrangère américaine, marquée par le désir de préserver sa prédominance sur un espace maritime considéré comme essentiel pour ses intérêts stratégiques.

Par Eduardo Garcia Granado

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