Retraites : devant la jeunesse, Mélenchon défend le droit de ralentir

Retraites. Devant 150 000 personnes rassemblées à Paris à l’appel des organisations de jeunesse, Jean-Luc Mélenchon a livré ce samedi un plaidoyer pour le temps libre. Alors que le débat autour de la retraite à 64 ans porte beaucoup sur son financement, le leader insoumis a ramené le débat sur le terrain philosophique. Celui du sens de la vie. Sommes nous nés pour passer nos vies à les gagner ?

Dans un discours liant le social et l’écologie, dénonçant l’aberration écologique de travailler toujours plus, pour produire toujours plus, pour consommer et jeter toujours plus, Jean-Luc Mélenchon a insisté sur le droit à un temps non-contraint, libéré du travail, libéré du capitalisme, un temps vraiment libre, où l’on peut choisir ce que l’on veut faire, où on a le temps d’aimer, de s’occuper des autres, de lire de la poésie, de chanter, ou de ne rien faire.

Un vrai débat de société est posé. Avec d’un côté les capitalistes : travailler toujours plus, pour vivre toujours moins. Et de l’autre, une vision du monde allant totalement dans le sens inverse, prônant au contraire la réduction du temps de travail, pour avoir plus de temps pour vivre. D’un côté, la soif infinie d’accélération du profit. De l’autre, la soif de ralentir, pour réfléchir au sens, pour mieux protéger la planète, pour mieux produire, pour mieux travailler, pour mieux partager le travail, pour mieux s’aimer, pour mieux vivre. Notre article.

Deux visions du monde s’entrechoquent : travailler toujours plus, ralentir

« Quelque chose est en train de se passer, il y a quelque chose qui ressemble aux mobilisations passées où on gagne ». Le soleil vient de percer le ciel parisien. Olivier Besancenot a le sourire. Deux jours avant, plus de 2 millions de personnes sont descendues dans les rues du pays. Plus de 2 millions de personnes ont relevé la tête. Après 2 ans de confinements reconfinés, la guerre en Ukraine, la réélection d’Emmanuel Macron par seulement 21% des inscrits, le mouvement social était morose. La braise s’est rallumée, et elle est prête à enflammée la plaine.

L’oligarchie médiatique a été obligée de le reconnaitre : la démonstration de force des syndicats de jeudi a été historique. Comme un air de 1995. Comme un air de quand le travail gagne et fait reculer le capital. Du baume au cœur à tous les insoumis du pays après des derniers mois pour le moins compliqués. Alors qu’Olivier Besancenot appelle à bloquer la société et à paralyser l’économie pour accentuer le rapport de force, un personnage s’avance. Il débute son discours par ces mots : « la vérité, c’est qu’ils n’ont pas compris pourquoi nous sommes là ! ».

Deux visions du monde irréconciliables s’entrechoquent. D’un côté ceux qui n’ont de « libéral » que le nom, et qui défendent en réalité toujours moins de liberté pour toujours plus de temps de travail. Et de l’autre, une vision du monde strictement opposée qui défend la réduction du temps de travail. Pour avoir le temps de vivre. C’était le message de celui qui a rassemblé 22% à la dernière élection présidentielle : le droit au temps libre.

« Travailler plus, mais pour quoi faire ? », Jean-Luc Mélenchon

« Le temps de la vie, celui qui compte, n’est pas uniquement le temps contraint, celui du travail, c’est aussi le temps libre, celui où on peut vivre, aimer, s’occuper des autres, lire de la poésie, ne rien faire, avoir la possibilité d’être totalement humain ». Le débat est placé sur le terrain philosophique. Celui du sens de la vie. Travailler plus, mais « pour quoi faire ? ».

Travailler toujours plus, pour produire toujours plus, pour consommer toujours plus, pour jeter toujours plus ? La retraite à 64 ans, en plus d’être un non sens social et financier, est un non sens écologique. « La clé du futur écologique, c’est qu’il faut travailler mieux, donc travailler moins ». Pour travailler tous. Pour rappel, aujourd’hui ce sont déjà 40% des actifs qui ne sont plus en emploi au moment de partir à la retraite. Mieux travailler, c’est aussi partager le travail, pour tous, collectivement, en tant que société, ralentir.

Nous vivons une accélération constante, terriblement dangereuse, du temps. Il suffit de voir notre rapport à nos téléphones et aux réseaux sociaux. Réagir, tout de suite. Il suffit de voir la pierre cardinale sur laquelle repose tout notre modèle économique : le rendement immédiat pour l’actionnaire. La dictature du temps court, dictée par le capital sur le travail : accélérez pour toujours plus de dividendes. Et toujours plus de misère à l’autre bout de la chaîne. Telle est le terrible enfer du capitalisme. Toujours de milliards accumulés en haut, toujours plus de couvertures sur les quais de métro.

« Pourquoi faudrait-il travailler davantage ? Pourquoi faudrait-il produire davantage ? La clé de l’avenir et du futur, ce n’est pas de produire davantage parce que ça, c’est la mort assurée de la planète. Pourquoi ? Quand la tendance générale du siècle passé a été de diviser le temps de travail par deux et que la richesse produite a été multipliée par 50 ?». Emmanuel Macron, à contre sens de l’histoire. Défenseur arc-bouté d’une idéologie arriérée. Une idéologie devenue ultra minoritaire dans la société, quand seulement 7% des actifs soutiennent la contre-réforme du gouvernement.

Depuis Marseille jeudi, Jean-Luc Mélenchon l’avait souligné : le gouvernement a perdu la première bataille, celle des idées. Une victoire incontestable du mouvement ouvrier : 80% des Français et 93% des actifs sont contre la réforme des retraites. Marine Le Pen est au Sénégal, pour fuir les cortèges. Le bras de fer entre le monde du travail et l’oligarchie est engagé. Le rapport de force devrait se durcir dans les jours qui arrivent, avec des blocages déjà annoncés, notamment dans le secteur de l’énergie.

Le sens de l’histoire est de réduire le temps de travail. Et de faire reculer le gouvernement. Face à l’urgence sociale, écologique et démocratique, l’urgence est de s’arrêter et de réfléchir sur le sens de ce qu’on veut laisser à notre jeunesse. L’urgence est de ralentir.

Par Pierre Joigneaux.