« Un lieu d’élaboration de la pensée politique et un outil d’éducation populaire » : Clémence Guetté présente l’Institut La Boétie, nouveau think tank insoumis

L’Institut La Boétie, nouveau think tank insoumis a été présenté le 10 décembre 2022 lors de l’Assemblée représentative de LFI. Il « sera à la fois un lieu d’élaboration de la pensée politique et un outil d’éducation populaire » selon Clémence Guetté, députée de la 2ème circonscription du Val-de-Marne et co-coordinatrice du programme de LFI, l’Avenir en commun. Elle co-préside l’Institut La Boétie avec un certain Jean-Luc Mélenchon. Comment fonctionne cet institut ? Quels sont ses objectifs ? Quel est son rôle dans la bataille idéologique à mener pour les insoumis ? À qui s’adresse-t-il ? Elle a répondu à toutes les questions de l’Insoumission. Entretien.

Nadim Février : Lors de l’Assemblée représentative de LFI, tu as annoncé le lancement de l’institut La Boétie, fondation insoumise, « à la fois un lieu de formation et un espace d’élaboration de la pensée ». Peux-tu expliciter ces deux aspects de l’institut, et comment ils s’articulent l’un avec l’autre ?

Clémence Guetté : L’Institut La Boétie sera à la fois un lieu d’élaboration de la pensée politique et un outil d’éducation populaire. Dans notre esprit, il n’y a pas d’un côté la théorie pure, réservée à une petite élite à même de la comprendre, et de l’autre la pratique politique, qui se limiterait à distribuer des tracts. L’idée n’est rien si elle n’est pas comprise et ne convainc pas, et la pratique n’est efficace que si elle est faite avec l’esprit clair sur les objectifs.

La fondation sera un lieu de dialogue, d’échange, de production, une interface permanente entre des universitaires, des professeurs, des écrivains, des artistes… et des militants politiques. D’ailleurs, beaucoup sont les deux, à leur façon ! 

Ce dialogue va produire des notes, des colloques, des revues, mais aussi des cours, des contenus de formation. Les « intellectuels » eux-mêmes sont très en recherche de la formation, parce qu’elle nourrit aussi la pensée. Ça marche dans les deux sens.

Nadim : Tu es co-présidente de l’institut la Boétie avec Jean-Luc Mélenchon. Quelle est l’organisation de l’institut ? Comment fonctionne-t-il ?

Clémence : Depuis quelques mois, nous sommes en train d’y réfléchir, en multipliant les discussions pour trouver la bonne forme. On tâtonne et tout ça évoluera sans doute encore beaucoup. On va commencer par se doter de départements, par discipline : il y en aura un de sociologie, d’économie, d’histoire, de géographie, de philosophie, de planification écologique ou encore sur la jeunesse. 

Chacun sera co-animé par un ou une intellectuelle plutôt venu du champ académique, et une autre qui exerce aujourd’hui des responsabilités politiques : une façon d’incarner ce pont entre les deux mondes. On veut que se crée un lien de confiance. La condition de ça, c’est la liberté totale de recherche aux intellectuels qui s’y investiront, à l’intérieur d’un cadre idéologique commun : humanisme global, planification écologique, critique radicale du capitalisme. À l’intérieur de ce cadre, on trouve des personnes issues de traditions différentes, et on a bien sûr beaucoup de débats. L’Institut les fera vivre pour qu’ils soient constructifs.

Avec les laboratoires dont ils se doteront sur des thèmes de recherche précis, les équipes des départements organiseront séminaires, colloques, conférences, cours… et produiront des notes, des rapports, des livres. Tout ça contribuera à diffuser et faire vivre les idées et les réflexions de notre famille intellectuelle pour nourrir la bataille idéologique.

Il y aura beaucoup d’autres choses encore… Mais on ne peut pas tout dire : rendez-vous le dimanche 5 février pour ça !

Nadim : Une crise sociale qui ne désemplit pas, une minorité présidentielle qui gouverne à coups de 49.3, une crise climatique qui fonce sur nous, la montée de la violence de l’extrême droite dans notre pays : dans ce contexte bien particulier, quels objectifs se donne l’Institut La Boétie ? À qui souhaite-t-il s’adresser ?

Clémence : Aux chercheurs, aux professeurs, aux intellectuels de toute forme qui ont envie de rendre encore plus utile leur réflexion et leur pratique au combat politique dont ils et elles partagent les objectifs.

Aux militants qui ressentent le besoin d’être mieux armés sur le plan idéologique, de confronter leurs réflexions et d’alimenter eux-même le travail théorique.

Aux artistes, aux écrivains, aux cinéastes… qui ont envie de faire vivre l’esprit de l’insoumission et de la France populaire dans le monde de la culture.

À toutes et tous nous disons la même chose : si vous partagez l’ambition de tisser des liens avec pour seul objectif de faire rayonner nos idées dans la société toute entière, soyez les bienvenus !

Nadim : Au delà de la note de présentation de l’Institut La Boétie, déjà 5 notes ont été publiées sur le site internet. Quelle sera la fréquence de publication, et peut-on savoir quels seront les thèmes des prochaines publications ?

Clémence : Top secret ! (rires

Il y a déjà 4 ou 5 notes en préparation pour janvier. Et la lecture des premières notes en a déjà inspiré d’autres qui vont naître. Sans dévoiler leurs thèmes précis, il y en aura pour tous les goûts : on parlera bien sûr des sujets chauds de l’actualité, comme les retraites, mais aussi de la Révolution, de l’espace, de football… et de La Boétie lui-même. Après viendront les actes et les livres… et on l’espère, bientôt, une revue intellectuelle.

Nadim : L’institut La Boétie prévoit-il également des conférences/évènements ouverts au public ?

Clémence : Nous en aurons de toutes sortes. Par exemple, chaque département va confier à un ou une intellectuelle reconnu dans sa discipline une « chaire », c’est à dire qu’il donnera 3 ou 4 cours magistraux dans l’année pour présenter ses domaines de recherche. Il y aura aussi des cycles de rencontres sur un thème précis, des séminaires de réflexion, des colloques sur un ou deux jours… Tous seront ouverts et, chaque fois que c’est possible, filmés et retransmis sur nos réseaux et notre site. 

En janvier-février, avant même le grand événement de lancement, nous en prévoyons déjà en géographie, en économie ou sur la planification écologique. Abonnez vous bien à nos réseaux sociaux pour suivre tout ça !

Nadim : Quelles sont les prochaines grandes étapes dans le développement de l’Institut La Boétie ?

Clémence : La prochaine grande étape pour l’Institut La Boétie, c’est le dimanche 5 février. Dans un lieu magique chargé d’histoire – le réfectoire des Cordeliers, où se réunissait le club révolutionnaire du même nom –, nous y présenterons les équipes de l’Institut, nos projets et notre organisation.

Puis tout ça va se mettre en place, petit à petit : on est là pour le temps long ! Nous espérons pouvoir être reconnus comme fondation d’utilité publique rapidement, ce qui nous permettra de développer encore notre activité. Revue intellectuelle, salons, bourses de recherche, prix de thèse, formation en ligne… On ne manque pas de projets et on en reçoit de nouveaux chaque jour. Une chose est sûre : tout ça va être passionnant !