Bolloré, Arnault, Drahi, Niel… Vers la fin des 9 oligarques détenant 90% des médias ? Le projet de LFI

Bolloré, Arnault, Drahi, Niel.. Vous connaissez sûrement ces noms. Avec six autres milliardaires, ils détiennent 90% des médias de notre pays. Pour quelles conséquences ? Émissions supprimées, couverture imposée, départs massifs de journalistes… Bref, l’assèchement du pluralisme et le recul sans précédent de l’indépendance des journalistes. Louis Boyard en a fait l’expérience jeudi 10 novembre 2022 sur le plateau de TPMP. Un état de fait qui n’a pas lieu d’être en démocratie, dont l’un des piliers est le droit à l’information.

Jeudi 24 novembre 2022, La France insoumise (LFI) va présenter 12 textes de loi dans le cadre de sa niche parlementaire. Parmi eux, une proposition de loi visant à mettre fin à la concentration dans les médias et l‘industrie culturelle. Celle-ci est portée par la députée Clémentine Autain. Sa collègue Sarah Legrain a interrogé le gouvernement à ce sujet ce mardi 15 novembre 2022. Notre article.

Bolloré, Arnault, Drahi, Niel… Que détiennent les oligarques médiatiques ?

Que détiennent les oligarques médiatiques ? Bernard Arnault (Les Echos, Le Parisien, Challenges), Vincent Bolloré (Canal +, CNEWS, C8), Patrick Drahi (RMC-BFMTV, L’Express et en partie Libération), Xavier Niel (en partie Le Monde, l’Obs, Télérama, Courrier International,, Nice-matin), François Pinault (Le Point), la famille Dassault (Le Figaro), la famille Mohn (M6, RTL, Gala), Arnault Lagardère (Europe 1, Paris Match, Journal Du Dimanche) et Martin Bouygues (TF1, LCI, TMC).

CheckNews de Libération avait précisé l’affirmation selon laquelle 9 milliardaires possèdent 90% des médias : « pour résumer, huit milliardaires (Arnault, Dassault, Drahi, Kretinsky, Lagardère, Niel, Pinault et Safa) et deux millionnaires (Weill et Perdriel) possèdent une vingtaine de titres de presse française. Dans le détail, ils pèsent 81 % de la diffusion des quotidiens nationaux, 12 % de celle des quotidiens régionaux et 95 % de celle des hebdos nationaux généralistes ».

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« Médias français : qui possède quoi ? » Par le Monde Diplomatique et ACRIMED

La carte « Médias français : qui possède quoi ? » Par le Monde Diplomatique et ACRIMED ci-dessus permet de visualiser avec précision à qui appartient à tel média ou tel média, à quel point, par quels enchevêtrements. Pourquoi des milliardaires possèdent-ils des médias ? Certainement pas par oeuvre de charité. Vincent Bolloré avait résumé sa pensée à ce sujet : « je me sers de mes médias pour mener mon combat civilisationnel ». Glaçant.

9 milliardaires possèdent 90% de la presse : quels méfaits ?

Dans sa question au gouvernement, Sarah Legrain rappelle quelques méfaits commis par les oligarques médiatiques. Ce, pour démontrer à quel point cette hyper-concentration des médias n’est nullement souhaitable dans notre démocratie. « Émissions supprimées, couverture imposée, départs massifs de journalistes… Chez Bolloré, c’est un sacré manque d’auto-dérision qui conduit à censurer un livre pour une blague sur le patron, à licencier un humoriste pour une parodie d’émission […], on possède la régie publicitaire, donc on coupe les contrats d’un journal qui a publié une enquête sur les méfaits de Bolloré en Afrique, on offre au candidat Zemmour la moitié du temps de parole de TPMP en période électorale… ».

Chez Bolloré, c’est aussi des insultes proférées contre un député du peuple. Louis Boyard en a fait les frais jeudi 10 novembre face à Cyril Hanouna. « Mais n’oublions pas non plus les voisins de pallier de Bolloré. Car chez Bouygues, chez Niel, chez Drahi aussi, on utilise l’empire médiatique pour défendre des intérêts économiques et idéologiques. N’oublions surtout pas Bernard Arnault envoyant son homme de main Squarcini contre petit journal picard » rappelle la député LFI. En effet, Sarah Legrain fait référence à ce qu’avait vécu François Ruffin et son journal Fakir avait vécu face Bernard Arnault.

Patrick Drahi, super-censeur ? Nous vous en parlions déjà dans nos colonnes. Le site Reflets-info aurait révélé des documents gênants pour le milliardaire. Au nom du secret des affaires, Patrick Drahi a obtenu une décision de justice mettant en place une censure préalable contre ce média. L’hyper-concentration des médias entre les mains de quelques oligarques est sujette à de nombreuses dérives néfastes pour la démocratie.

Mettre fin à la « mainmise de quelques milliardaires sur nos imaginaires »

« Ce qui permet à ces quelques hommes de se sentir totalement chez eux au pays de l’information, c’est l’hyper-concentration. Ils sont neuf, seulement neuf, à détenir 90% de nos médias », assène Sarah Legrain dans l’hémicycle. La députée interpelle la Première ministre sur son devoir de « garantir le droit à l’information, l’un des piliers de la démocratie ». À ce titre, elle demande au gouvernement s’il soutiendra la proposition de loi insoumise visant à « mettre fin à la concentration des médias et la mainmise de quelques milliardaires sur nos imaginaires ». Très concrètement, le texte de loi prévoit de limiter à 20% par personne ou par entreprise la détention du capital d’un média.

Olivier Véran a répondu, porte-parole du gouvernement, s’est chargé de répondre à Sarah Legrain. Reconnaissant le problème de la concentration des médias, il a indiqué que le gouvernement ne votera pas ce texte. Mais pas de panique (!), le gouvernement prévoit des « États généraux de l’information », explique Olivier Véran. Un autre argument du porte parole du gouvernement : le texte de loi aboutirait à un « résultat contraire à son objectif ». Sur Twitter, Sarah Legrain dénonce « des arguments absurdes pour ne pas voter notre loi ». Pour rappel, 79% des Français sont favorables à la proposition de loi insoumise. Réponse définitive dans l’hémicycle le 24 novembre, lors de la niche parlementaire des insoumis.