Portrait – Jean-Philippe Tanguy, le député RN qui hurle sur la NUPES dans l’hémicycle

Jean-Philippe Tanguy a 36 ans. Il est depuis peu député du Rassemblement National (RN) de la 4ème circonscription de la Somme. Candidat malheureux à la présidence de la commission des finances de l’Assemblée nationale, il est désormais le président délégué du groupe parlementaire du RN. Beaucoup ont découvert son visage le jour où il a sommé les députés de gauche de se taire : « Silence pour la France ! », avait-il hurlé à la tribune de l’Assemblée nationale.

Jean-Philippe Tanguy fustige « l’homo-érotisme » d’un certain… Emmanuel Macron lorsqu’il travaillait à la banque Rothschild. Enfin, le jeune député RN se définit comme « gaulliste » alors que son mouvement politique, L’Avenir Français, est rattaché au RN. Une position similaire à celui de son premier mentor politique : Nicolas Dupont-Aignan. L’insoumission vous dresse son portrait.

Au second tour des élections législatives, le RN a percé le plafond de verre du Palais Bourbon. Le chef de l’État porte une très lourde responsabilité dans la crise qui s’ouvre : pendant 5 ans, la stratégie politique macroniste a consisté à faire monter l’extrême-droite. Macron a joué avec le feu, il s’est brûlé. Aujourd’hui le parti présidentiel tend la main à l’extrême-droite pour gouverner. Les 5 années qui s’ouvrent s’avèrent décisives si l’on veut empêcher l’extrême-droite de fracasser un autre plafond de verre en 2027.

Le RN a aujourd’hui près de 90 députés, il est temps de les démasquer. Huitième épisode de notre série sur les 89 députés du RN. Portait de Jean-Philippe Tanguy.

D’un malentendu à un autre

Jean-Philippe Tanguy est un technocrate accompli, diplômé de l’ESSEC et de Sciences-Po Paris. Il a obtenu de ces écoles le goût du bombage de torse et du gonflement de CV. Demandez-lui de vous parler de sa carrière pré-politique, il vous répondra qu’il a « travaillé pour Hitachi sur des projets de charbon propre. » Sans aucun problème sur l’exactitude de son intitulé de projet, le jeune député RN omet ici de préciser qu’il n’y a effectué qu’un stage de huit mois.

Il aimera aussi vous parler de son expérience « pendant trois ans pour General Electric [qu’il a] quitté car [il était] en désaccord avec le projet de rachat d’Alstom. ». L’intéressé dit avoir « intégré le cabinet de la présidente » de GE France. Jean-Philippe Tanguy omet de signaler qu’il effectuait chez GE uniquement un apprentissage « au sein de la cellule de communication durant moins de deux ans », comme le souligne l’ancienne présidente de GE France Clara Gaymard. (Challenges)

Toujours selon Challenges, « il n’était donc ni le chef de cabinet de la présidente, ni un spécialiste de l’énergie. » « Il sortait à peine de l’école et tout le monde le surnommait « chaton », complète un ex-cadre du groupe. Alors quand il s’est ensuite présenté comme un lanceur d’alerte qui avait prédit le rachat d’Alstom, on a trouvé qu’il réécrivait totalement l’histoire. »

De plus, les raisons de sa séparation avec GE ont a priori moins à voir avec le rachat d’Alstom comme le souverainiste aime à prétendre, mais plutôt avec un épisode étrange de clé USB volée par Jean-Philippe Tanguy. Des faits qu’il peine toujours à expliquer clairement dix ans après.

Tanguy, la verdure de l’herbe d’ailleurs l’attire

Le fruit pourri ne tombant jamais loin de l’arbre du même acabit, Jean-Philippe Tanguy a commencé sa carrière politique aux côtés de Nicolas Dupont-Aignan. Pour rappel, « NDA » a été trois fois candidat aux élections présidentielles de 2012, 2017 et 2022. En 2017, il s’est allié avec Marine Le Pen au 2ème tour du scrutin. Il se réclame encore… du « gaullisme ». Cherchez l’erreur.

En 2012, Jean-Philippe Tanguy avait 26 ans. Il était alors l’étoile montante de Debout La France (DLF), le parti de « NDA » où il a officié en tant qu’assistant parlementaire de ce dernier. Celui-ci a enchaîné les différents jobs aux côtés de « NDA ». Jean-Philippe Tanguy a tenté de présenter une liste aux élections régionales de 2015 (2,89 %) puis aux élections européennes de 2019 (4,51 %). Il a claqué la porte de DLF en novembre 2020. À ce moment, l’ex-disciple de « NDA » a entrainé avec lui une soixantaine de cadres du parti vers le RN.

En 2016, Jean-Philippe Tanguy déclarait qu’il « n’ira jamais au FN (…) persuadé que les quelques cadres de DLF partis pour le FN vont le regretter ». La chute abyssale de DLF et le succès de la dédiabolisation du RN auront fini de le convaincre que l’herbe était définitivement plus bleue chez Le Pen.

Il créa donc en 2019 son propre mouvement nommé L’Avenir Français, « trait d’union » selon lui entre gaullistes et sympathisants du parti d’extrême-droite. Cet oxymore politique permet à Tanguy et ses amis ex-DLF de s’imposer aux premiers rangs du parti lepéniste notamment lors des dernières élections législatives. Le jeune député s’est vu propulsé candidat malheureux à la présidence de la commission des finances puis président délégué du groupe RN à L’Assemblée Nationale.

Hurlements sur les députés de la NUPES, « homo-érotisme » de Macron : Jean-Philippe Tanguy rediabolise le RN dès le début de son mandat

En quelques semaines à peine de mandature, le néo-député a déjà fait parler de lui à deux reprises. Le 22 juillet dernier, Jean-Philippe Tanguy a tenté de se faire passer pour un tribun qu’il n’est visiblement pas. C’était lors d’une intervention ridicule à l’Assemblée Nationale, lors des débats sur le « paquet pouvoir d’achat », voté main dans la main par le RN et la macronie contre les travailleurs. « Silence ! Silence pour la France ! », a-t-il éructé en s’adressant aux députés de la NUPES, déclenchant la colère de ces derniers.

Surtout, le jeune député RN s’est fait connaître à cause de ses propos sur l’« homo-érotisme »… d’Emmanuel Macron. « Monsieur Rothschild a dit lui-même dans plusieurs témoignages qu’il a pris Macron parce qu’il était sympa et qu’il savait solliciter les aspirations homo-érotiques d’un certain nombre de cadres », avait déclaré Jean-Philippe Tanguy à la presse.

« L’extrême-droite dans ses obsessions homophobes », s’était indignée Clémentine Autain, députée LFI. Même son de cloche du côté de Manuel Bompard : « Derrière les belles cravates, les idées rances : chassez le naturel, il revient au galop ! ». L’ancien disciple de Dupont-Aignan était revenu sur ses propos dans la journée. Mais il n’enlève rien à leur gravité. Il en faut peu aux députés RN pour se rediaboliser tous seuls, derrière leurs airs d’opposants respectables.

Cette courte carrière, politique comme privée, dresse finalement un portrait assez cohérent et régulier de Jean-Philippe Tanguy. Il est une « grande gueule » prêt à se mettre en avant à n’importe quelle occasion, suivant le cours du vent. « N’importe quelle publicité est une bonne publicité. ». Tanguy semble avoir fait sienne la citation de Warhol, au détriment d’une crédibilité politique et d’un sens moral, mais sans doute pas d’une longue carrière fructueuse au sein de la lie politicienne française. Qui se ressemble…

Par Wilfried Nass