À Saint-Denis, une démonstration de force populaire pour le lancement de campagne de Jean-Luc Mélenchon

Mélenchon. Ce dimanche 7 juin, la place Victor-Hugo de Saint-Denis s’est transformée en démonstration de force populaire. Plus de 26 000 personnes se sont réunies pour le meeting de lancement de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon. Le candidat insoumis, Bally Bagayoko, Annie Ernaux et Éric Vuillard ont esquissé une alternative au « suprémacisme » […]

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Mélenchon. Ce dimanche 7 juin, la place Victor-Hugo de Saint-Denis s’est transformée en démonstration de force populaire. Plus de 26 000 personnes se sont réunies pour le meeting de lancement de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon. Le candidat insoumis, Bally Bagayoko, Annie Ernaux et Éric Vuillard ont esquissé une alternative au « suprémacisme » et au « néolibéralisme », celle de la Nouvelle France et de la VIᵉ République. Le leader insoumis a aussi dessiné les contours de l’autre monde possible : SMIC à 1700 euros net, retraite à 60 ans, sécurité sociale intégrale, restructuration des régions autour des grands bassins versants des fleuves et bien d’autres propositions.

Un mois seulement après l’annonce de sa candidature, le 3 mai dernier, le fondateur de La France insoumise a rassemblé bien au-delà des attentes, faisant trembler ses adversaires. Plus de 300 000 personnes le soutiennent déjà. Et vous ? Rendez-vous sur melenchon2027.fr pour signer et faire signer ! Notre article. 

26 000 personnes, Annie Ernaux et Éric Vuillard pour lancer la campagne

Drapeaux, pancartes, costumes, slogans et créations militantes ont envahi la place dans une ambiance qui rappelait davantage une fin de campagne qu’un lancement. Parmi la foule, on apercevait notamment un maillot de l’équipe de France floqué « Mélenchon 2027 », à quelques jours du début de la Coupe du monde.

Pour aller plus loin : 2 jours avant son meeting à Saint-Denis, Mélenchon reçoit le soutien de plus de 300 000 personnes

Avant l’intervention du candidat, plusieurs personnalités sont montées à la tribune. La prix Nobel de littérature Annie Ernaux et le prix Goncourt Éric Vuillard ont livré des discours mêlant mémoire populaire et espérance politique. Dans le public se trouvaient également l’actrice Liliane Rovère et la chanteuse Zaho de Sagazan.

Saint-Denis, entre mémoire et avenir

Le maire de Saint-Denis-Pierrefitte, Bally Bagayoko, a ouvert la soirée en rappelant la portée symbolique du lieu : « la ville des rois morts et du peuple vivant ». Une formule qui a donné le ton du meeting. Tout au long de la soirée, les intervenants ont établi un lien entre les combats historiques du peuple français contre le fascisme, le racisme ou la domination sociale et le projet porté par les Insoumis.

Un pont entre les « mémoires de ceux qui ont combattu le racisme, le fascisme, l’occupation et la barbarie ! » et du projet politique. Car, selon Annie Ernaux, cette phrase « unit le passé et le présent, mais le « et » oppose aussi ! ». La nouvelle France demande l’abolition des privilèges, ceux des dirigeants sur le peuple, des riches sur les pauvres, des hommes sur les femmes.

« Après la Révolution française, la Commune de Paris, le Front populaire, aujourd’hui le quartier qui fait l’Histoire, c’est ici », a lancé Éric Vuillard sous les acclamations d’une foule répondant : « Résistance ! »

Rassemblement National, « secteurs patronaux irresponsables » et « élites médiatiques » : le suprémacisme et ses avatars comme adversaire politique

Et l’Histoire semble précisément s’accélérer. « Dans le chaos naissant, un nouveau projet politique germe : le suprémacisme », alerte Jean-Luc Mélenchon. Il décrit celui-ci comme une « volonté de hiérarchisation humaine visant à dominer les peuples en les divisant selon leurs ethnies et leurs religions ».

Se posant en adversaire résolu de ce projet, le candidat insoumis entend battre le Rassemblement national, qu’il accuse de porter cette vision du monde et de rallier à lui « d’amples secteurs patronaux irresponsables et une large partie des élites médiatiques, regroupées par l’islamophobie ».

La rupture sociale et écologique face au « champ de ruines sociales » du macronisme

Face à cette menace, le néolibéralisme et les différentes tentatives d’accommodement avec lui ne constituent, selon lui, aucune réponse crédible. « La France est un champ de ruines sociales depuis Macron », affirme-t-il, avant de poursuivre : « Le macronisme restera celui de la régression sociale et de la misère pour le plus grand nombre, au profit de l’accumulation des richesses ».

L’homme qui a réalisé 22% des suffrages en 2022 – à un point du second tour – a dévoilé plusieurs mesures phares de son programme : le SMIC à 1 700 euros net, le retour de la retraite à 60 ans, une loi contre les monopoles médiatiques, une loi globale contre la pédocriminalité ou encore la création d’une sécurité sociale intégrale, étendue à « d’autres domaines de l’existence ».

Il a également développé sa vision de la planification écologique et de la régionalisation comme réponse à ce qu’il nomme « l’ère des maladies écologiques ». « Les régions seront entièrement restructurées autour des grands bassins versants des fleuves. Elles seront dédiées à la bifurcation écologique et constitueront la première ligne d’alerte et de mise en œuvre de la planification écologique », a-t-il expliqué.

Face à l’augmentation du diabète, des cancers, de l’obésité ou encore de l’infertilité, il estime que « la sauvegarde et donc la continuité de l’espèce humaine passe désormais par sa santé, devenue une nouvelle frontière de l’humanité ».

De la « Nouvelle France » à la VIe République : une société en mutation, un projet de refondation démocratique et sociale

« On est chez nous ! » scande alors une foule enthousiaste. Jean-Luc Mélenchon a tenu à répondre aux caricatures visant le concept de Nouvelle France. S’appuyant sur les transformations de la société française depuis 1958, développées dans son ouvrage Nouveau peuple, nouvelle gauche, il décrit une France plus éduquée, plus urbanisée, plus connectée, plus créolisée, mais aussi plus âgée, plus féminisée, davantage tertiarisée et ubérisée.

Ce peuple en mouvement revendique de nouveaux droits : ceux des femmes, des personnes LGBT+, des enfants, des adolescents ou encore des habitants des quartiers populaires. Il ne se satisfait plus de la monarchie présidentielle de la Ve République et aspire à une nouvelle Constitution : celle d’une « VIe République sociale et écologique ».

Jean-Luc Mélenchon a également annoncé vouloir avancer vers une « autonomie étendue » de la Corse et vers l’indépendance de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie. « Notre présidence gouvernera avec un principe commun, celui du respect des populations et de la volonté de les aider à se libérer de toutes les dépendances et dominations ! » a t-il déclaré, en donnant une perspective, celle du « droit complet à l’autonomie quand et seulement quand les populations concernées la souhaitent et au rythme qu’elles auront choisi. »

Le projet de la Nouvelle France est aussi celui des prouesses technologiques. Sans céder à une confiance aveugle dans la technique, Jean-Luc Mélenchon défend des innovations capables de soulager les travailleurs, de renforcer la souveraineté numérique du pays et de répondre aux grands défis de notre temps. Parmi les objectifs qu’il fixe à la France figure notamment la maîtrise de l’ordinateur quantique.

« C’est nous qui avons gagné l’honneur de marcher en première ligne  »

Dans la dernière partie de son discours, le fondateur de La France insoumise s’est félicité du « dévouement », de « l’acharnement dans la lutte » et du « sérieux dans le travail » des députés et eurodéputés insoumis. Nationalisation d’ArcelorMittal, loi interdisant les produits pollués, pétition européenne contre l’accord d’association avec Israël, constitutionnalisation du droit à l’IVG ou encore reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’Humanité : autant de combats qui constituent déjà le bilan de l’équipe candidate.

Il a également salué « la capacité à agir » des militants et sympathisants qui ont contribué à renforcer le mouvement. À chaque échéance électorale, a-t-il rappelé, les scores de La France insoumise ont progressé : à la présidentielle, aux législatives, aux européennes comme aux municipales.

« Pour une fois, les étoiles sont alignées. Sans contestation possible, la première force politique de la gauche et du changement, la voici ! », a-t-il lancé. Il a alors appelé à la responsabilité des électeurs, des élus et des organisations politiques. Alors que « la primaire est finie », tous ceux qui souhaitent participer à la bataille pour la VIe République sociale et écologique sont les bienvenus, a-t-il répété, rappelant qu’une proposition de Nouvelle Alliance populaire avait déjà été adressée aux autres forces de gauche.

« Ce type de train de l’Histoire ne passe pas deux fois », a conclu Jean-Luc Mélenchon sous les applaudissements de la foule.

Saint-Denis, acte I de la campagne

Vers 18 heures, les dizaines de milliers de personnes présentes place Victor-Hugo ont quitté les lieux avec le sentiment d’avoir assisté à l’ouverture d’une nouvelle séquence politique pour le pays. Un mois après l’annonce de sa candidature, le candidat insoumis a transformé son premier grand rendez-vous de campagne en démonstration de force populaire.

Par Lilian Davy

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