Pédocriminalité. Au lancement de sa campagne municipale pour Paris, Sophia Chikirou avait annoncé faire de l’éducation communale et du périscolaire sa priorité politique et budgétaire. Un plan très précis avait été élaboré en lien avec les syndicats de professionnels de l’animation et avec les parents. Aujourd’hui, Emmanuel Grégoire est incapable de prendre des mesures qui s’imposent pour préparer la rentrée de septembre. Face à son inertie et sa procrastination, Sophia Chikirou et Emile Meunier, co-présidents du Groupe NPP (LFI et Verts Populaires) ont adressé un signalement au Procureur de Paris ce jeudi 11 juin. Le but ? Qu’une enquête puisse déterminer si la Ville de Paris a une responsabilité pénale dans la pédocriminalité dans le périscolaire parisien mais aussi dans les crèches. Notre article.
A Paris, le scandale du périscolaire
Après Bétharram, après le meurtre de la petite Lyhanna et après les révélations successives qui ont mis en lumière les défaillances de nombreuses institutions chargées de protéger les enfants, une chose a changé : l’opinion publique n’accepte plus l’inertie. Face aux violences commises contre des mineurs, les silences, les retards, les classements hâtifs et les réponses dilatoires ne sont plus tolérés.
À Paris, l’ampleur des faits révélés ces derniers mois dans le périscolaire et dans des crèches, impose de regarder la réalité en face. Depuis le début de l’année 2026, 132 agents du périscolaire ont été suspendus, dont 52 pour suspicion de violences sexuelles ou sexistes. Derrière ces chiffres, il y a des enfants victimes dont la parole a été ignorée, des familles meurtries, d’autres inquiètes et en colère, et des équipes éducatives démunies.
La réponse d’Emmanuel Grégoire interrogée
Face à ce scandale, la réponse de la Ville de Paris interroge. Depuis des mois, la majorité municipale semble davantage préoccupée par la maîtrise de sa communication que par la mise en œuvre immédiate de mesures effectives. La suspension automatique des animateurs en cas de doute est nécessaire mais elle ne peut tenir lieu de réponse durable à une crise aussi profonde et structurelle.
Convention citoyenne annoncée alors que les familles attendent d’abord des réponses opérationnelles immédiates ; mission d’information et d’évaluation aux contours encore flous et décidée à la demande des oppositions ; audit indépendant annoncé dans l’urgence, dont les modalités concrètes, le calendrier et les moyens ne sont toujours pas connus : les dispositifs s’empilent mais rien n’avance.
Dans le même temps, Emmanuel Grégoire annonce depuis des mois 20 millions d’euros pour le périscolaire sans rien préciser, ni quand ni comment ils seront effectivement mobilisés. À quelques semaines de l’été puis de la rentrée scolaire 2026, aucune réponse claire n’a été apportée sur les recrutements nécessaires, l’organisation des temps scolaires et périscolaires, la formation des personnels ou les procédures renforcées de protection des enfants.
Les solutions sont connues depuis longtemps, et une question se pose à Paris : Emmanuel Grégoire cherche-t-il à gagner du temps et à éviter de mettre les moyens budgétaires nécessaires ?
La Ville de Paris ne découvre pas l’existence des risques qui pèsent sur la sécurité des enfants. Dès 2015, un rapport de son Inspection générale alertait sur la gestion « le plus souvent empirique » des signalements de violences sexuelles sur mineurs et formulait des recommandations précises pour mieux protéger les enfants. La même année, alors que Emmanuel Grégoire était le 1er adjoint de la Maire Hidalgo, la municipalité annonçait un plan d’action présenté comme inédit pour prévenir ces violences.
Le Nouveau Paris Populaire saisit le procureur de la République
Pourtant, 11 ans plus tard, rien n’a été fait : des signalements tardifs, des agents mis en cause mais maintenus au contact des enfants et déplacés d’un établissement à l’autre, et même des suspicions de pression visant à empêcher certains agents de témoigner.
Face à cette situation, le groupe Nouveau Paris Populaire a décidé de saisir la procureure de la République en application de l’article 40 du Code de procédure pénale. Cette démarche vise à établir les infractions pénales commises par la Ville de Paris en tant que personnalité morale, mais aussi à identifier les responsables dans la chaîne hiérarchique de la Ville jusqu’aux élus.
Qui savait ? Quand ? Quelles décisions ont été prises ? Quels moyens matériels et humains ont été déployés ? Des signalements ont-ils été retardés ? Des agents ont-ils été maintenus au contact d’enfants alors que des alertes existaient ? Des responsables administratifs ou politiques ont-ils manqué à leurs obligations ?
L’objet de cette saisine est de déterminer si des négligences dans l’organisation du service, dans le traitement des alertes ou dans l’application des obligations légales sont susceptibles d’engager des responsabilités pénales.
Pour le Nouveau Paris Populaire, « les victimes et leurs familles ne doivent plus payer le prix de l’irresponsabilité politique. » et il faut « refuser l’impunité car c’est elle qui rend possible les violences. Depuis plusieurs mois, la majorité municipale parisienne donne le sentiment de chercher d’abord à se protéger elle-même, plutôt qu’à protéger les enfants. »
A noter que l’ouverture d’une enquête par le Parquet portera sur les infractions pénales ; cette enquête ne se substituera donc pas à la future enquête parlementaire sur le périscolaire qui portera sur le système national qu’entendent porter les insoumis.