La planification écologique, une idée révolutionnaire

Inlassablement défendue par Jean-Luc Mélenchon depuis l’époque du Front de Gauche, la
planification écologique est aujourd’hui une idée en vogue… au point de se retrouver dans les discours du président Macron. À l’édition 2022 des universités d’été de la France insoumise, les « AMFIS », le professeur d’économie Cédric Durand a mené un atelier de formation à ce sujet. À mille lieux du « green-washing » proposé par le président condamné par deux fois pour inaction climatique, la planification écologique est une idée très ambitieuse. Elle nous engage nécessairement sur la voie d’une rupture avec le capitalisme. En somme, la planification écologique est une idée révolutionnaire, à l’heure où la planète brule. Notre article.

Le bien-être pour tous

Commençons d’abord par un constat rassurant. Il est possible d’offrir à tous les êtres humains sur Terre le confort de la vie moderne. À condition de se limiter à un ordinateur par famille et un smartphone tous les dix ans. En produisant et en consommant moins, il peut être assuré à chacun une vie confortable, tout en préservant la planète Terre.

Alors pourquoi tant de pauvreté et de destruction écologique ? Pour Cédric Durand, professeur d’économie à l’Université Paris 13 et membre du groupe des économistes soutenant l’Union Populaire (UP-ECO), la réponse est simple. Le libre marché est parfaitement incapable de satisfaire nos besoins ou de régler la crise écologique.

La planification écologique, c’est quoi ?

La solution tient en deux mots. Planification. Écologique.

Planifier signifie organiser l’économie. Ce, pour éviter que le chaos du libre-marché ne mène l’Humanité droit dans le mur. En URSS comme dans la France des Trente Glorieuses, la planification était menée par l’État pour augmenter la production.

Mais la planification écologique diffère de la planification classique. Étant écologique, elle est par définition anti-productiviste. Elle ne vise pas à produire le plus possible, n’importe où, n’importe quand, n’important comment, sans se soucier des conséquences sociales et écologiques. Son objectif est de satisfaire les besoins de tous en rendant notre système économique compatible avec la préservation de l’écosystème.

La planification à grande échelle existe déjà

La planification, impossible à mettre en pratique ? Bien au contraire. Comme l’a souligné Cédric Durand, la planification à très grande échelle existe déjà. Le géant Amazon, dont le chiffre d’affaires a atteint 469 milliards de dollars en 2021, organise de gigantesques flux de transport de marchandises à l’échelle mondiale chaque jour. Si Amazon peut planifier pour le profit, notamment grâce aux nouvelles technologies de communication, pourquoi ne serait-il pas possible de planifier pour l’intérêt général ?

La planification écologique sera démocratique ou elle ne sera pas

Mais le temps long de la planification ne s’oppose-t-il pas au temps court de la vie électorale ? Comment planifier l’économie à vingt ans, si une élection perdue peut à tout moment interrompre ses progrès ?

Toujours selon Cédric Durand, la planification écologique n’est possible que si elle se fonde sur un consensus démocratique aussi large que durable. Par conséquent, elle ne peut être imposée brutalement par une bureaucratie lointaine. Elle doit se fonder sur la concertation à tous les niveaux, débouchant sur l’adoption commune d’un « scénario » contraignant. Impossible, donc, de faire de la planification écologique sans démocratie.

La planification écologique est une idée révolutionnaire

La planification écologique, enfin, est plus révolutionnaire qu’on ne le croit. Appliquée sérieusement, elle suppose de débarasser des pans entiers de l’économie d’une quelconque logique du profit. Celle-ci suppose d’affirmer clairement la supériorité d’une mode de gestion collectif et démocratique de l’économie, sur un mode de gestion privé fondé sur la recherche des bénéfices infinis. La planification écologique conteste donc le fondement même du capitalisme : l’accumulation sans fin des richesses.

Face à l’urgence climatique, sociale, et la démocratique, le capitalisme n’a rien à proposer à part une fuite en avant. La planification écologique, elle, ouvre une autre voie : celle d’une économie démocratisée, ayant pour but non pas le profit d’une infime minorité, mais l’harmonie des êtres humains entre eux et avec la nature.