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Nucléaire : quand Macron met en danger la France

Emmanuel Macron prononce un discours sur le nucléaire ce jeudi 10 février à 15h15 à Belfort. En 2017, il voulait diminuer progressivement sa part dans notre mix énergétique. En 5 ans, les choses ont beaucoup changé. Dans le cadre du plan « France 2030 », Macron a dit souhaiter construire au moins six nouveaux EPR. Inconscient des dangers du nucléaire et aveugle vis-à-vis des nombreux incidents, le coût faramineux de cette énergie ne semble pas lui poser de problèmes non plus. Jean-Luc Mélenchon souhaite, lui, définitivement en sortir et aller vers 100% d’énergies renouvelables. Notre article.

Nucléaire : 1000 incidents par an en France

1000 incidents par an sur les installations nucléaires, en France. Ce sont les chiffres de l’Agence de Sûreté Nucléaire, qui les répertorie. Son classement va d’un niveau 0 (incidents mineurs) à un niveau 7 (« accident majeur »), correspondant aux catastrophes de Fukushima et Tchernobyl.

Des incidents… parfois dissimulés ou minimisés. Ainsi, un cadre de la centrale nucléaire du Tricastin (Drôme) a déposé plainte contre EDF. Ses accusations sont graves. Il accuse sa direction de l’avoir écarté « pour avoir dénoncé la dissimulation d’incidents de sûreté« . Il dénonce plusieurs cas d’incidents dissimulés. Le plus flagrant a eu lieu en 2018, lorsqu’une inondation a eu lieu dans l’un des bâtiments électriques de la centrale. Ses supérieurs l’auraient dissuadé de prévenir l’Autorité de Sûreté Nucléaire. Un mois et demi plus tard sortait un rapport traitant de l’incident : celui-ci était largement minimisé.

Plus récemment, un départ de feu a été constaté dans une centrale en Ardèche dimanche 6 février, dans la partie « non-nucléaire de l’installation ». Heureusement, le feu a été rapidement maîtrisé. Mardi dernier enfin, nous apprenions qu’EDF prévoirait d’arrêter « trois réacteurs supplémentaires en raison de soupçons de corrosion« . Cinq réacteurs sont déjà à l’arrêt. Tous ces micro-évènements mis bout à bout participent à l’inquiétude latente liée à ce parc nucléaire aux installations vieilles et défectueuses. Cette énergie est dangereuse.

Macron, un inconscient vis-à-vis des coûts du nucléaire

En 2017, Emmanuel Macron voulait réduire la part du nucléaire dans notre mix énergétique. Il a totalement changé son fusil d’épaule entre temps. Dans le cadre du plan « France Relance », il envisage d’abord la construction de petits réacteurs nucléaires (SMR) mais aussi de six nouveaux EPR. Celui-ci semble oublier le fiasco total de la construction du premier EPR français à Flamanville. Nous vous en parlions déjà dans nos colonnes.

Déjà 10 ans de retard, et une facture multipliée par 6 depuis 2007, fustigeait la Cour des Comptes dans un rapport au vitriol ! Le 12 janvier, EDF annonçait que l’EPR ne serait pas prêt avant le deuxième trimestre 2023, et que sa facture allait de nouveau augmenter. Plus largement, cela pose la question des capacités techniques et économiques d’EDF d’avoir une véritable filière EPR.

L’énergie nucléaire exige en effet des coûts faramineux. Le simple entretien des centrales existantes représenterait 100 milliards d’euros. Le coût de production de l’électricité produite par l’EPR s’établirait entre 110 € et 120 € par mégawattheure. Un prix deux fois supérieur à celui de l’électricité produite par les réacteurs nucléaires existants. Et trois fois supérieur au prix de l’électricité qui sera produite par le parc d’éolien en mer de Dunkerque (44 € / MWh). Autant d’argent qui n’est pas investi dans le développement des énergies renouvelables, qu’Emmanuel Macron semble avoir complètement délaissées.

L’enjeu des déchets radioactifs aggrave la facture. Aucune solution viable n’a été trouvée à ce jour. Le coût du projet de stockage des déchets nucléaires CIGEO (Meuse/Haute-Marne) est chiffré à 35 milliards. Du fait de cette addition salée, les énergies renouvelables coûtent aujourd’hui le même prix sinon moins cher. En effet, les coûts moyens du solaire photovoltaïque ont été divisés par 10 depuis 2009, ceux de l’éolien par 3,5.

Nucléaire : une France dépendante, une France en danger

L’un des arguments préférés des pro-nucléaire est celui de l’indépendance énergétique de la France. Ils expliquent que se séparer de nos centrales reviendrait à abandonner notre souveraineté énergétique. L’argument ne tient pas et est bien connu des adversaires du lobby du nucléaire. Oui, nos centrales ne donnent pas à la France une souveraineté énergétique, puisque l’uranium est importé.

La France pille de l’uranium en Afrique, comme au Niger. L’économie de ce pays repose à 49 % sur l’agriculture, ses exportations ne représentent que 756 millions de dollars, sa principale industrie est l’uranium… Cet uranium est pillé par une multinationale française, Areva, pour faire tourner nos centrales. La réalité est là : d’un côté les 3,5 milliards d’euros que représentent les exportations d’uranium par les deux filiales d’Areva au Niger, de l’autre le montant du PIB d’un des pays l’un des plus pauvres du monde : 5 milliards de dollars.

En plus de ne pas être indépendante grâce au nucléaire, cette énergie met la France en danger. Bien sûr que le risque 0 n’existe pas. Mais même si le risque est infime… si un accident a lieu, le risque est total. “Toutes les autorités nucléaires le disent : le risque zéro n’existe pas”, avait souligné Jean-Luc Mélenchon le 25 novembre 2021 dans l’émission Face à BFM. La preuve, des accidents majeurs ont déjà eu lieu : Tchernobyl en 1986 ou encore Fukushima en 2011. En France aussi : en octobre 1969 et en mars 1980, à la centrale de St-Laurent-des-Eaux, deux accidents classés niveau 4/7 avaient eu lieu. 

Sortie du nucléaire, 100% d’énergies renouvelables : les propositions de l’Union Populaire

La lutte contre le réchauffement est un autre argument du lobby nucléaire pour défendre leur énergie dangereuse. Ses partisans expliquent que cette énergie est décarbonée, donc propre. Or, nous avons pu expliquer qu’elle était à la fois dangereuse et très loin d’être propre, notamment au vu des déchets produits. Par ailleurs bien même elle resterait majoritaire dans notre mix énergétique, elle serait touchée par les conséquences du dérèglement climatique.

En effet, les arrêts de réacteurs se multiplient à cause des températures élevées et du débit insuffisant des fleuves. Le nucléaire devient de fait intermittent. D’autant que les pertes de production des centrales nucléaires sont considérables : leur rendement est seulement de 35% environ.

Une des mesures-clés de l’Avenir en Commun est le passage à 100% d’énergies renouvelables avec un double mot d’ordre : sobriété et efficacité énergétique. Atteindre cet objectif, c’est possible : le scénario Négawatt le prouve, tout comme l’un des six scénarios envisagés par le gestionnaire national du Réseau de transport d’électricité (RTE).

La planification du « 100% d’énergies renouvelables » impliquera la sortie des énergies carbonées, la sortie du nucléaire que nous avons évoquée, la fin de la précarité énergétique par l’isolation d’au moins 700 000 logements par an. La France doit montrer l’exemple dans ce moment décisif. Le dérèglement climatique est la plus grave crise que l’humanité n’ait jamais connue, il est temps se mobiliser véritablement pour la résoudre.

Par Nadim Février

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