Sanders : l’espoir d’une révolution écologique et sociale aux États-Unis

L’espoir d’une révolution écologique, sociale et démocratique nous vient… des États-Unis ! Avez-vous entendu le nom de Bernie Sanders martelé sur les chaînes de télés, radios et dans la presse française ? Pourtant, ce dernier représente pour des millions d’américaines et d’américains un espoir extraordinaire. Le programme que porte le sénateur du Vernon est en effet révolutionnaire à plus d’un titre.

Le « Green New Deal »

À ne pas confondre avec le « Green Deal », vaste plan de communication de greenwashing vendu par le Parlement européen qui, dans le même temps, ne s’arrête plus de signer des traités de libre échange aux conséquences dévastatrices pour la planète.

Le Green New Deal (GDN) porté par Bernie Sanders et popularisé par son soutien Alexandria Ocasio-Cortez, la plus jeune élue de l’histoire du Congrès, étoile montante de la gauche américaine, est une véritable révolution écologique et sociale. Car le cœur du programme est bien là : ne pas dissocier l’écologie du social, les deux combats étant intimement liés.

Le GDN de Bernie Sanders consiste en un plan historique de 16 000 milliards de dollars sur quinze ans et a pour objectif non seulement d’« empêcher la catastrophe climatique », mais également de relancer l’activité économique américaine. Il tire son nom du « New Deal » de Franklin Delano Roosevelt, le grand plan de relance économique qui a sorti les États-Unis de la Grande Dépression des années 30.

Le GDN prévoit la création de 20 millions d’emplois dans la transition énergétique, dans des programmes massifs de construction de transports propres et de développement des énergies renouvelables, avec pour objectif d’atteindre le zéro carbone et le 100 % d’énergie renouvelable dans la production électrique en 2030. Les énergie fossiles sont évidemment ciblée en parallèle. Bernie propose l’interdiction de l’importation et de l’exportation du pétrole et du gaz. Il veut également poursuivre en justice les multinationales de l’industrie pétrolière et gazières qui ne respectent pas les règles environnementales.

Dans une perspective internationaliste, le programme écologique de Bernie Sanders prévoit le financement à hauteur de 200 milliards de dollars du Fonds Vert pour le climat. L’objectif est d’initier une bifurcation écologique mondiale. Les États-Unis, première économie et plus gros pollueur mondial enverraient un message très fort au reste du monde en prenant ainsi leurs responsabilités. Cela ouvrirait la voie à des programmes de transitions énergétiques similaires dans les différentes économies mondiales.

Le « Green New Deal » est non seulement un programme révolutionnaire sur le plan écologique donc, mais également sur le plan social. Pavlina Tcherneva, économiste à l’origine du projet porté par Alexandria Ocasio-Cortez et Bernie Sanders, prône la « garantie de l’emploi » : fournir un emploi et un salaire « décent » à toutes celles et tous ceux qui sont en situation de chômage. Financés par l’État, ces emplois sont déterminés par les collectivités locales selon leur besoin. C’est peut-être, philosophiquement, le plus important : la « garantie de l’emploi » est une proposition qui part des besoins écologiques et sociaux. A l’opposée du « workfare », l’incitation à s’insérer dans le marché du travail par des petits boulots dénués de sens.

Le logement

Le lien entre combat écologique et combat social se fait notamment sur la question du logement. C’est près d’un ménage sur trois qui souffre de précarité énergétique aux États-Unis. Le secteur du bâtiment représente 12 % des émissions de gaz à effet de serre et 40 % de la consommation énergétique. Le GND de Bernie Sanders propose un investissement de 180 milliard de dollars en dix ans pour rénover un million de logement public en les transformant en logement « zéro émission » grâce à l’utilisation d’énergie renouvelable et à l’amélioration de l’efficacité énergétique. Ce plan créerait 240 000 emplois par an, ferait retomber les montants des factures d’eau (-30 %) et d’électricité
(-70 %), et diminuerait les émissions des logements sociaux de 5,6 millions de tonnes de carbone par an. Quand on vous dit que combats écologiques et sociaux vont de pairs.

Le « Medicare for all »

Point central de son programme, Bernie Sanders propose une véritable révolution en matière d’accès à la santé aux États-Unis : il propose de passer à un système de santé universel et public, sur le modèle français ou canadien. Aujourd’hui, dans le pays le plus riche du monde, 30 millions de personnes n’ont pas de couverture santé, 87 millions de personnes sont sous-couvertes, et 30 000 Américains meurent chaque année faute de soins. Le système de santé américain est considéré comme l’un des pires du monde parmi les pays les plus riches. Pourtant, au sein même de ce système, 160 millions d’Américains bénéficient d’une assurance-santé privée, financée par leurs employeurs.

Bernie Sanders propose de supprimer les assurances privées et de tout remettre à plat avec une assurance santé universelle et gratuite pour tous les Américains. Sa loi « Medicare for all » qui proclamerait la santé comme « droit humain », serait introduite dès la première semaine de son mandat. Cette dernière garantirait non seulement la prise en charge par l’État des visites chez le médecin, mais également la prise en charge des frais d’hospitalisations, de la vue, de l’audition, des soins dentaires, des frais liés à la santé mentale, le traitement des addictions, les soins à domicile pour les personnes âgées… Véritable révolution sanitaire et sociale, le« Medicare for all » est la mesure la plus citée parmi les nouveaux soutiens de Bernie Sanders pour expliquer leur ralliement à sa candidature..

L’annulation de la dette étudiante

La dette étudiante américaine représente près de 1 600 milliards de dollars et constitue l’une des principales bulle spéculative d’où pourrait partir la prochaine crise financière mondiale. 44 millions d’Américains et d’Américaines sont actuellement dans l’incapacité de rembourser leur dette étudiante, au montant moyen de 45 000 dollars. La quasi totalité de cette dette (95 %) étant détenue par l’État fédéral, le ministre de l’Éducation, en vertu d’une disposition inscrite dans l’ « Higher Eduaction Act », peut décider de son annulation unilatéralement. Bernie Sanders s’y est engagé le 24 juin dernier. Son programme porte logiquement le corollaire de l’annulation de la dette étudiante : rendre l’université gratuite pour tous les américains. Autre véritable révolution sociale. Faisant de lui, depuis la précédente primaire en 2016, le candidat largement majoritaire chez les jeunes.

Taxer les plus riches

Pour Bernie Sanders, « les milliardaires ne devraient pas exister ». Comment justifier qu’une poignée de milliardaires, 26 personnes en 2018, détienne autant de richesse que la moitié de l’Humanité la plus pauvre ? Le programme économique de Sanders est inspiré des travaux des économistes français Gabriel Zucman et Emmanuel Saez, spécialistes des inégalités de fortunes et de l’évasion fiscale. Ces derniers ont notamment inspiré le « super impôt sur la fortune » proposé dans le programme du candidat démocrate.

Le constat est simple : aux États-Unis, le « top 0,1 % » des plus riches, détient autant de richesse que 90 % des Américains réunis. Le plan demandé par les équipes de Sanders à Zucman et Saez vise justement ce top 0,1 %. Sont concernés les fortunes débutant à 32 millions de dollars. Ce « super impôt sur la fortune », progressif, prévoit une taxation jusqu’à 8 % pour les fortunes au-delà de 10 milliards de dollars. On parle ici de 150 000 contribuables taxés, pour un gain de 4 350 milliards (!) en seulement dix ans, et 1,5 points de PIB. Si ce « super impôt sur la fortune » de Sanders était en vigueur, Jeff Bezos, patron d’Amazon et homme le plus riche du monde, aurait toujours largement de quoi subvenir à ses besoins, mais ne confisquerait « plus que » 43 milliards de dollars, contre 160 aujourd’hui.

Le programme de Bernie Sanders constituerait une révolution sociale et écologique sans précédent. Ses orientations, sa précisions et sa radicalité rappellent le programme l’Avenir en Commun, défendu en France dans la dernière campagne présidentielle. Rien d’étonnant puisqu’à l’époque, les équipes de Jean-Luc Mélenchon avaient revendiqué leur inspiration de la campagne de 2016 de Bernie Sanders. Comme quoi, les influences traversent l’Atlantique plusieurs fois. Et ce programme est actuellement plébiscité par des millions d’Américaines et d’Américains. La dynamique et l’engouement autour de sa campagne est impressionnante et son duel face Joe Biden s’annonce serré jusqu’au bout pour l’investiture démocrate. Dans le même temps, Bernie Sanders se retrouve en tête de plusieurs sondages nationaux face au président sortant. Le rêve de voir Bernie Sanders affronter Trump dans quelques mois et de devenir le nouveau Président américain est permis.

Par Pierre Joigneaux.

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