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5 novembre : plus de 1,6 million dans la rue, de puissantes grèves, le pouvoir macroniste plus isolé que jamais

5 novembre. Plus de 1,6 million de personnes selon la CGT ont manifesté ce jeudi 5 novembre, à l’appel d’une intersyndicale unie comme rarement. Cheminots, enseignants, salariés du privé, lycéens, étudiants et retraités : la journée marque un saut dans la mobilisation contre la vie chère et le projet de budget 2027 avec en commun […]

5 novembre

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5 novembre. Plus de 1,6 million de personnes selon la CGT ont manifesté ce jeudi 5 novembre, à l’appel d’une intersyndicale unie comme rarement. Cheminots, enseignants, salariés du privé, lycéens, étudiants et retraités : la journée marque un saut dans la mobilisation contre la vie chère et le projet de budget 2027 avec en commun des revendications, le souhait de la rupture avec le macronisme.

Parmi les revendications : la hausse des salaires, le blocage des prix, l’abrogation de Parcoursup avec la création de nouvelles places à l’université, et l’inscription au budget des 10 milliards d’euros nécessaires pour répondre aux revendications des lycéens et des étudiants.

À Paris, Jean-Luc Mélenchon était présent dans le cortège. Il a été acclamé, aux côtés d’une nombreuse délégation d’élus et de militants insoumis. Face à cette marée, le pouvoir a répondu par des chiffres revus à la baisse, à Toulouse par une interdiction et une répression inédites, et partout en France, par la sauvagerie notamment à l’encontre des lycéens et des étudiants. Notre article.

1,6 million : le chiffre que le pouvoir voudrait effacer

Plus de 1,6 million de manifestantes et de manifestants dans tout le pays, dont 350 000 à Paris entre République et Nation : c’est le bilan dressé par la CGT au soir du 5 novembre. Dans sa déclaration commune, l’intersyndicale au complet (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, FSU et Solidaires) fait état de plus de 1,6 million de personnes dans la rue et de grèves dans des milliers d’entreprises, d’établissements et de services. CFDT et CGT ont salué d’une même voix le succès de la journée.

Place Beauvau, la musique est différente. Le ministère de l’Intérieur annonçait 600 000 manifestants à 17 heures, avant de revoir son chiffre à la baisse en soirée : 575 000, dont 65 000 à Paris. Interrogé, le cabinet de Laurent Nuñez a expliqué que le premier chiffre n’était qu’une estimation. Entre les deux comptages, l’écart va presque du simple au triple. Il n’a rien d’anodin : minimiser la foule, c’est minimiser les revendications. C’est la stratégie d’invisibilisation et du pourrissement à l’œuvre.

De Marseille à Brest, des cortèges massifs partout

Le 5 novembre, la mobilisation ne s’est pas limitée à la capitale. Selon les chiffres de la CGT, 150 000 personnes ont défilé à Marseille, 120 000 à Bordeaux, 100 000 à Lille, 80 000 à Toulouse et 55 000 à Lyon. Nantes et Rennes ont compté 35 000 manifestants chacune, Rouen 30 000, Grenoble 28 600, Caen et Strasbourg 26 000, Brest 25 000, Tours 22 000 et Orléans 20 000. Plus de 250 actions avaient été recensées par la confédération à travers le pays.

Cette journée vient couronner une séquence ouverte par la mobilisation des lycéens et étudiants en Outre-mer, poursuivi en Hexagone, puis le 29 septembre par la grève de la fonction publique, et amplifiée par les journées contre la vie chère des 17, 24 et 31 octobre, portées par la jeunesse lycéenne et étudiante et par le retour des gilets jaunes. Le 5 novembre, les salariés du privé comme du public ont pris le relais, avec leurs organisations syndicales.

La grève s’enracine dans les écoles et sur les rails

Ce 5 novembre, plus encore que les cortèges, c’est la grève qui a fait l’événement. Dans l’Éducation nationale, le SNES-FSU recense 52 % de grévistes dans les collèges et les lycées, contre 38 % le 29 septembre : la première grève majoritaire dans le second degré depuis le 5 décembre 2024. Fait inédit, l’ensemble des syndicats de l’enseignement privé sous contrat, qui scolarise 17 % des élèves, avait appelé à rejoindre le mouvement.

À la SNCF, les quatre syndicats représentatifs (CGT-Cheminots, Unsa-Ferroviaire, SUD-Rail et CFDT-Cheminots) appelaient ensemble à la grève, un front commun rare. Les chiffres de la direction elle-même parlent d’eux-mêmes : jusqu’à 81 % de grévistes en Pays de la Loire, 79 % sur le RER D et la ligne R, 75 % sur le RER B nord et les lignes H et K du Transilien, 64 % en Occitanie.

« Faire grève, c’est toujours gagnant », lançait Sophie Binet dans la matinée à Paris. C’est bien là que se joue désormais le rapport de force : dans l’arrêt du travail, là où le gouvernement et ses soutiens sont réellement atteints.

À Toulouse, la préfecture dresse un mur de CRS face aux syndicats

À Toulouse, la journée du 5 novembre a pris un tour liberticide pour le droit de manifester. La veille au soir, le tribunal administratif avait rejeté le recours en urgence des syndicats et validé l’interdiction de leur parcours en centre-ville, au profit d’un itinéraire imposé par la préfecture au départ des Arènes. La CGT a maintenu son appel à se rassembler place Saint-Cyprien.

Le cortège intersyndical s’est retrouvé bloqué sur le pont des Catalans par un cordon de CRS et de policiers. Dès 14 h 18, les forces de l’ordre sommaient les manifestants de se disperser. S’en est suivi un face-à-face d’environ une heure et demie, rythmé par les chants, les charges et les gaz lacrymogènes, qui a fait plusieurs blessés. La préfecture est parvenue à ses fins : tenir le cortège loin du centre-ville en barrant les ponts menant à la rive droite. Malgré la présence des députés LFI Anne Stambach-Terrenoir et François Piquemal.

Dans sa déclaration du 5 novembre au soir, l’intersyndicale nationale dénonce les interdictions et les modifications de parcours décidées par les préfectures, ainsi que la répression des manifestations à Toulouse et à Lyon, et exige que toute la lumière soit faite. Le ministère de l’Intérieur, qui met en avant 448 interpellations dans tout le pays, reconnaît lui-même que la déambulation des cortèges déclarés s’est « globalement bien déroulée ».

Lecornu fait le tri, l’intersyndicale décidera lundi

Face à la démonstration de force du 5 novembre, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé une réunion à Matignon ce lundi. Mais seules les organisations syndicales représentatives du privé y sont conviées. Les fonctionnaires et les jeunes, pourtant massivement mobilisés, n’ont même pas de rendez-vous, relève l’intersyndicale, qui se réunira à l’issue de la rencontre pour décider des suites du mouvement.

Le message des syndicats est sans ambiguïté : « la seule chose qui arrêtera la mobilisation c’est la réponse aux revendications ». Salaires, pensions, point d’indice des fonctionnaires, justice fiscale et planification écologique : la plateforme commune publiée le 5 octobre attend toujours une réponse. Lors de la précédente réunion à Matignon, le 21 octobre, les syndicats étaient ressortis unanimement déçus, la CGT ne relevant « aucune mesure, aucune prise en compte de nos revendications ».

Après le 5 novembre, généraliser la grève

Le 5 novembre a montré que la colère sociale ne retombe pas : elle s’organise. De la jeunesse qui a ouvert la brèche en octobre aux cheminots et aux enseignants en grève majoritaire, c’est le pays du travail tout entier qui se met en mouvement. Fin octobre déjà, Jean-Luc Mélenchon avertissait Emmanuel Macron qu’il était temps de céder, faute de quoi il ne lui resterait plus que la porte de sortie. Depuis le début du mouvement, le candidat insoumis appelle à ce qu’une solution politique soit apportée à la crise politique générée par 10 ans de macronisme.

Lundi, le pouvoir aura le choix : répondre enfin aux revendications, ou continuer à réprimer sauvagement et compter les manifestants à la baisse. D’ici là, une évidence s’impose : c’est en généralisant la grève, dans les entreprises, les écoles et les services, que le mouvement fera céder le gouvernement.

Les lycéens et les étudiants sont eux encore en manifestation chaque jours pour leurs droits.

Par Léolo KAYSER

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