Mélenchon. Le leader insoumis s’est exprimé dans un entretien paru à Médiapart ce vendredi 23 octobre. Celui qui recueille désormais plus de 445 000 soutiens populaires livre son analyse sur les évènements actuels avec le renfort des ondes longues de l’histoire. Il rappelle le fond de classe du mouvement et ses revendications. Avec méthode, il identifie plusieurs niveaux de réponse du pouvoir macroniste : le pourrissement, la répression et la diabolisation de LFI. Toutes ont échoués.
Ce samedi 24 octobre, de nouvelles mobilisations sont prévues partout en France, pour le blocage des prix, l’abrogation de Parcoursup, la hausse des salaires, et l’inscription au budget des 10 milliards d’euros pour répondre aux revendications des lycéens et des étudiants. L’Insoumission relaye dans ses colonnes son entretien.
« Le pouvoir a actionné trois leviers pour répondre aux mobilisations : le pourrissement, la répression disproportionnée et la diabolisation de LFI. »
« Mediapart » : Quelle lecture faites-vous du moment que nous vivons ? Est-ce une révolte, un moment insurrectionnel ?
Jean-Luc Mélenchon : On a déjà vu par le passé la mécanique à l’œuvre aujourd’hui. C’est une crise sociale devenue crise politique qui peut désormais devenir une crise de régime. Toute la structure politique est mise en cause parce qu’elle est incapable de proposer une sortie par le haut à une situation de blocage. Dans le passé, des présidents ont su reculer quand la situation devenait critique : François Mitterrand en 1984, Jacques Chirac en 1986 ou en 2006.
Là, Emmanuel Macron parle après quinze jours de mépris mais ne propose rien. Ce fut une erreur monumentale. Il n’a donné aucun appui au mouvement pour un compromis. Il crée lui- même l’impasse. Le fait central de ce mouvement est son expansion par les secteurs où la maltraitance sociale est la plus grande. La révolte lycéenne a commencé à Mayotte, puis a gagné les Antilles et ensuite la banlieue parisienne avant d’atteindre les quartiers centraux et les étudiants.
Ensuite, la jonction avec les syndicats de salariés s’est faite à la première manifestation, ce qui est sans précédent. Le pouvoir a actionné trois leviers pour y répondre : le pourrissement, la répression disproportionnée et la diabolisation de LFI. Dès le départ, il choisit de faire très peur par sa violence et il s’est installé dans ce registre. Il faut craindre le pire quand Laurent Nuñez dit « Rassurez-vous, samedi, ça sera la fermeté ! », compte tenu du niveau de violence répressive déjà atteint avec des jeunes éborgnés, des mutilations et un mort.
Il y a un emploi d’effectifs de police qui ne sont pas des professionnels de ce type de situation : la BAC [brigade anticriminalité – ndlr], police-secours, le commissariat du coin. Exemples : ce tir à bout portant sur un jeune de 17 ans ou cette grenade jetée d’un toit, ce ne sont pas des comportements professionnels. C’est celui d’une troupe d’hommes jeunes dans une bagarre de rue, mal dirigés par des commandements politiques débordés.
Cela confirme ce que je disais la dernière fois dans vos colonnes : le pouvoir ne maîtrise pas sa police. Le président de la République, nous dit-on, s’en est alarmé. Toutefois, quand il demande le retrait des grenades assourdissantes, ce moratoire ne dure pas plus de vingt-quatre heures. Mais voilà : la répression disproportionnée a rencontré l’opposition de la société. Même chez les plus répressifs, tirer dans la figure d’un jeune de 17 ans, ça ne passe pas !
La stratégie du pourrissement exaspère, et l’incrimination permanente de LFI saoule. Et puis la gauche sociale a fait bloc. Total : plus les jours passent, plus le pouvoir n’aura plus qu’un seul choix, signer en bas du cahier de revendications ou s’en aller.
Le gouvernement et l’extrême droite vous accusent, à longueur d’antenne, d’instrumentaliser les jeunes et d’attiser la violence. Que leur répondez-vous ? Quelle place doit occuper La France insoumise dans un tel moment ?
Pourquoi l’aurions-nous fait ? Quel intérêt aurions- nous à commencer une campagne électorale avec un tel niveau de tension, avec des blessés et même un mort ? Oui, nous soutenons la jeunesse et ses revendications. Et alors ? C’est une activité normale pour un mouvement politique parlementaire. Nous avons surtout protégé des jeunes en allant à leur contact, en nous interposant face aux violences chaque fois que nous avons été sollicités.
Dans les faits, nous sommes appelés de toutes parts par les jeunes ou leurs parents pour nous interposer, sortir des nasses, surveiller les conditions de garde à vue, interpeller le gouvernement directement au Parlement. Notre but n’est pas la récupération d’un mouvement. Nous savons que c’est impossible. Le vieux modèle des années où les partis instrumentalisaient un mouvement de jeunes façon Baron noir, ça n’existe plus. L’époque où les dirigeants socialistes se battaient entre eux pour contrôler telle ou telle faction de la mobilisation est terminée.
Le seul but possible pour nous, c’est d’être assez utiles pour être nous-mêmes « récupérés » par le mouvement et qu’il nous utilise jusqu’au point de nous faire siens. Nous avons théorisé cette rupture avec cinquante ans d’histoire de la gauche traditionnelle. Notre but n’est pas de diriger un mouvement mais d’être en osmose avec ses acteurs. C’est notre ligne d’action. Et c’est très exigeant sur le plan pratique.
Justement, le débat sur l’interdiction de votre mouvement refait surface, porté par le président du Sénat. Et jeudi, vous étiez convoqué à Matignon pour condamner les violences devant le reste des formations politiques…
Nous vivons une surenchère verbale qui échappe maintenant aux médias et aux politiciens qui l’ont enclenchée. Le moment est dangereux. La France n’a pas intérêt à un mouvement social qui se termine mal. Le monde entier nous regarde. Mais le scénario des provocateurs ne fonctionne pas. Partout, il y a des démocrates de tous bords politiques qui aiment leur pays et refusent de dédouaner le pouvoir macroniste en diabolisant LFI.
Quant à nous, nous sommes devenus une troupe endurcie. Nous avons déjà subi le guet- apens de l’affaire Deranque à Lyon, la grêle d’incriminations sous prétexte d’« apologie du terrorisme » après le 7-Octobre et j’en passe. À présent, l’opinion est même devenue moqueuse face à ceux qui se défaussent de tous les problèmes avec l’excuse « c’est la faute à Mélenchon ».
Cette fois-ci, beaucoup ne s’attendaient pas à ce que la charge soit sonnée contre nous, des gens de toutes sortes refusent d’y aider (même s’ils ne sont pas de notre bord) et nous défendent. Et qui pensait possible de voir la gauche traditionnelle faire bloc autour du mouvement des jeunes après avoir vu il y a si peu sa condamnation des révoltes urbaines ?
Dès lors, la manœuvre macroniste a échoué. Tout le monde le sait et le dit : le sujet, ce n’est pas LFI, ce sont les revendications. Et au tout premier rang, l’abrogation de Parcoursup, mais aussi le plan de 10 milliards pour les conditions d’étude. Sans oublier le blocage des prix contre la vie chère. Le pouvoir a réuni contre lui toutes les indignations : sociale, humaine, politique, citoyenne…
La question des violences et des pillages est au centre du débat depuis samedi. On vous demande depuis plusieurs jours de les condamner. Mais une fois qu’on les a condamnées, quelle signification leur donner ?
La violence populaire, l’émeute ou l’émotion insurrectionnelle ont-elles une place dans la longue histoire des mobilisations sociales de gauche ? Les insoumis n’adhèrent pas aux stratégies de guérilla urbaine ou de harcèlement des « symboles bourgeois ». J’appartiens à une génération qui en a vu l’échec et les conséquences jusqu’au bout, en Amérique latine notamment. Nous plaidons pour la non-violence. Non pour être plus gentils mais pour être plus efficaces. Ne confondons pas nous aussi la brutalité et l’efficacité. La révolution citoyenne des insoumis, c’est une révolution qu’on doit pouvoir faire gagner en gardant son enfant dans les bras en manif.
Sa victoire, ce n’est pas un coup de force de centaines d’intervenants violents mais c’est celle du nombre et de la force insurmontable des liens unissant par l’action des centaines de milliers de gens. Or, la violence introduit l’effet exactement inverse : elle réduit la surface de la participation et de l’implication populaire. Mettre à distance certaines formes de lutte, ce n’est pas se mettre à distance de la lutte. Nous ne voulons pas être une avant-garde qui injecte de la conscience, des mots d’ordre et des objectifs venus d’ailleurs que du mouvement social lui-même.
Notre rôle est de nous mettre au service du mouvement, de l’aider dans les transitions de ses phases et d’être identifiés comme débouché politique dans les institutions de pouvoir. Parce qu’au bout de la crise de régime, nous avons une solution pacifique et positive. Je la résume : la 6ème République et la Constituante. Cette société néolibérale est violente en milieu populaire. Elle affame, appauvrit et maltraite les jeunes. Un pauvre sur deux a moins de 30 ans. La jeunesse est passée d’une catégorie d’âge au statut de classe sociale précaire. Dans les années 1980, on avait son premier emploi stable à 20 ans ; maintenant à 27. Les jeunes voient bien le parcours des obligations mais pas celui des droits.
Et quand on les engage dans le droit à l’éducation, on leur en refuse le droit à l’accomplissement avec la loterie cruelle qu’est Parcoursup. On a résumé Mai-68 à la génération du plaisir de vivre, la génération d’aujourd’hui devient celle de l’inconvénient de vivre à cette époque. De quelque côté qu’elle se tourne, il n’y a que des discriminations. Et pourtant l’envie de vivre autrement reste toujours la plus forte !
Comment caractérisez-vous la réponse du gouvernement, dont le socle a été une répression brutale des mobilisations ?
Il y a une volonté de Macron d’afficher la « fermeté », à coups de gazages, de mutilations sans regrets et de phrases grandiloquentes. Mais on parle de nos jeunes gens qui bloquent la porte d’un lycée, pas d’une troupe d’ennemis. Et on doit constater qu’il existe désormais une culture de la lutte en « format Gilets jaunes ». On pouvait deviner qu’un des scénarios possibles serait la reprise d’un cycle avec des « actes successifs », samedi après samedi. C’est devenu une tradition populaire. Nous y sommes. Sans chefs, sans porte-parole. Le mouvement est une autoproduction permanente.
La priorité du pouvoir est de lui interdire absolument le sens politique qu’il porte : la condamnation de la politique néolibérale qui a ruiné le système éducatif français. La jeunesse tire sur le fil d’une pelote emblématique. À l’approche du 17 octobre, tout le monde sentait que ça allait être énorme. La date était présente depuis plus d’un mois sur les réseaux sociaux. On voyait ce qui nous remontait de partout. La surprise est venue quand la négociation sur l’organisation matérielle de la manifestation, conduite par les syndicats de jeunes et de salariés, a buté jusqu’à la veille de l’événement.
Le préfet de police, visiblement inexpérimenté, ou bien manipulateur, a fini hors délai par autoriser un rassemblement et un départ place de la République pour arriver place de Clichy. On redoutait la place de Clichy : elle est très étroite, et surtout elle oriente les débordements vers l’Élysée. Là, c’était la pagaille garantie. Or c’est quelque chose de vieux comme les manifestations à Paris : on n’a jamais le droit d’approcher l’Élysée et la place Beauvau. Franchement, il faut être très amateur pour ne pas comprendre ce qui se jouait avec un tel parcours autorisé.
Mais le jour dit, le commandement a tout aggravé lui-même en interdisant d’accéder au point de départ à grands coups de lacrymo. Au total, au départ comme à l’arrivée, il a lui-même provoqué la formation de dizaines de cortèges sauvages et construit la pagaille en préférant la chasse aux manifestants à la protection des commerces.
Que faites-vous de la police une fois que vous accédez au pouvoir ? Comment la mettre au service d’un projet politique comme le vôtre ?
J’étais en alerte sur la police depuis l’affaire Traoré. Mais la mort de la jeune Rayana, en 2022, a été pour moi un déclic. Un jeune policier qui tire dans une voiture et provoque la mort de la passagère au nom du refus d’obtempérer du conducteur, j’en suis toujours aussi révolté. Si plus personne ne réagissait, c’est qu’on aurait changé de monde. Ce n’est plus la France, ce n’est plus une police républicaine, c’est autre chose. Depuis ce jour-là, j’ai changé.
Beaucoup d’insoumis étaient déjà dans cet état d’esprit. Nous avons compris la nécessité de refondre la police de la cave au grenier. Elle s’est tellement compromise et déshonorée qu’il faudra refonder une tout autre autorité pour qu’elle soit respectée par la population. Au pouvoir, on reconstituera une force tranquille de proximité. On s’assurera de sa formation permanente. On lui offrira une perspective de carrière et même de changement de parcours professionnel dans laquelle il sera possible de progresser en faisant des efforts de formation.
On arrêtera de faire des carrières à l’envers, où les plus jeunes commencent dans les endroits les plus difficiles. On en fera une police qui vit avec la population, tout en s’en tenant à une certaine distance. Et chacun de ses membres sera sensibilisé au problème que posent dans une société libre le racisme, le sexisme et les discriminations qui minent la vie collective. On prendra au sérieux les gens qui en feront partie, et on leur demandera de prendre au sérieux la population au service de laquelle ils seront placés.
Allez-vous vous attaquer au sujet des armes dont dispose la police ?
Oui. Quelles armes ? Pour quoi faire ? Des grenades assourdissantes, abrutissantes, désencerclantes ou que sais-je encore ? Il y a beaucoup de pays où il n’y a rien de tout ça. Ces armes-là finissent toujours par être des armes mortelles. Il y a besoin d’armes pour certaines missions de police ? C’est l’affaire des spécialistes de nous dire exactement qui a besoin de quelles armes, dans quelles circonstances.
Et il est temps d’avoir une instance crédible de recours. L’IGPN ne l’est pas. Au total, on le sait tous : la situation actuelle n’est pas tenable. On doit et on peut faire autrement pour construire la confiance. Les méthodes pour y arriver sont d’une banalité absolue : l’éducation, la formation tout au long de la vie, une doctrine d’emploi de la police qui nous épargne le plus possible le recours à la force.
À quels points de repère historiques rattachez-vous l’analyse de la situation ?
On a beaucoup comparé le mouvement lycéen à Mai-68, mais ça n’a rien à voir. C’est plutôt aux Gilets jaunes que je le rattache : ce sont les mêmes mécanismes, la même spontanéité. En mai 68, il y a beaucoup moins d’étudiants qu’aujourd’hui, c’est une période d’ascension sociale. Et il y a 10 millions de travailleurs en grève, emmenés par la CGT de la charte d’Amiens révolutionnaire et la CFDT du socialisme autogestionnaire. Une autre planète ! Les dégâts sont cent fois ceux d’aujourd’hui dans les rues de Paris.
L’autre différence est dans la réponse : en face, à l’époque, il y a l’autorité de De Gaulle et un premier ministre, Georges Pompidou, qui fait la seule chose raisonnable, à savoir discuter et lâcher en une nuit des choses incroyables comme l’augmentation de 35 % du Smig (ancêtre du smic) et le droit de faire des sections syndicales dans les entreprises. Aujourd’hui, nous avons un président discrédité, en bout de course, qui a pris la parole pour ne rien dire. Et un premier ministre sans capacité d’initiative ni autorité, ni dans l’État ni face à l’opinion.
Tous les voyants sont au rouge. Enfin, la jeunesse à la manœuvre fonctionne différemment du passé. Des milliers de lycéens ont raconté sans fard à leurs parents la brutalité policière. Les parents, c’est la génération victorieuse du CPE. Et notre époque est aussi celle d’un renversement de la prescription sociale entre les générations. Les jeunes influencent leurs parents. Cela joue un énorme rôle dans l’enracinement populaire et familial de la sympathie pour le mouvement. Et en période d’activité populaire de masse, cela génère beaucoup d’organisation et de solidarités spontanées.
Le retour des couvre-feux, le débat sur l’état d’urgence, la sévérité des comparutions immédiates hier… Tout cela rappelle la façon dont l’État a géré les révoltes en Kanaky Nouvelle-Calédonie, les révoltes des quartiers populaires et d’autres encore par le passé. Jusqu’à la répression coloniale des mouvements indépendantistes, le 17 octobre 1961 par exemple. Tout cela fait-il un continuum ?
Vous avez vu David Lisnard qui dit « je m’en fous, je n’étais pas né » au sujet du 17 octobre 1961 ? Dans ce cas, on s’en fout de l’Alsace et de la Lorraine parce qu’on n’était pas né pendant l’occupation allemande ? Plus sérieusement, c’est un signal alarmant d’indifférence à l’histoire de son propre pays. Tous les mécanismes de la répression sont hérités des luttes coloniales. L’état d’urgence a été inventé pour la guerre d’Algérie dans un moment où l’on confond le peuple avec l’ennemi. Cette histoire, cette compréhension, cette connaissance s’est diluée, auto-occultée.
Sébastien Lecornu est caractéristique de cette amnésie. Il est déjà celui qui a envoyé des moyens militaires en Kanaky Nouvelle-Calédonie, la CRS 8 en Guadeloupe et en Martinique. Il est pétri de mentalité coloniale face aux catégories populaires, sans même s’en rendre compte. Nous, à l’inverse, nous avons compris la génération qui chante La Marseillaise devant les lycées comme à la fin de nos meetings. C’est la nouvelle France, celle du jamais-vu où l’action commence à Créteil et reçoit le soutien de la Catho ou d’Assas à Paris qui se mobilisent en solidarité avec les lycées de la banlieue.
Donc ce rapport qui s’est créé entre nous et le grand nombre n’a besoin d’aucune préparation, d’aucune instrumentalisation, propagande ou je ne sais quoi. La stratégie du pourrissement choisie par Lecornu et Macron n’a produit qu’un résultat politique : faire coïncider le calendrier du mouvement avec celui du budget à l’Assemblée nationale. Désormais, si le gouvernement ne sait pas comment arrêter le mouvement, le mouvement sait qu’il peut compter sur une motion de censure pour arrêter le gouvernement.
Car la motion de censure est inévitable si Lecornu refuse de mettre dans le budget les revendications. Il ne peut être sauvé que par le RN. Mais pour cela, il faut d’un côté que la diabolisation de LFI fonctionne et, de l’autre, que le RN soit accepté comme le parti de l’ordre par la force. Et prenons aussi de la hauteur : le pays veut-il infliger une défaite à sa jeunesse et lui promettre une vie sur le mode de Parcoursup ? Au total, oui, le moment est fondateur à sa façon.
Propos recueillis par Sarah Benhaïda et Ilyes Ramdani