vendredi 25 septembre

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Mayotte, une île aux prises des discours et mesures réactionnaires 

Mayotte. Lorsqu’on entend le nom de ce département français, on pense en mots clés. Immigration, Comores, ouragan Chido, Kwassa-kwassa. Ces mots, associés à l’île, sont le reflet de l’actualité locale mais surtout du traitement politico-médiatique de l’île. Mayotte est le dernier département français à avoir été créé, et comme tous les départements et régions d’outre-mer, […]

Mayotte

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Mayotte. Lorsqu’on entend le nom de ce département français, on pense en mots clés. Immigration, Comores, ouragan Chido, Kwassa-kwassa. Ces mots, associés à l’île, sont le reflet de l’actualité locale mais surtout du traitement politico-médiatique de l’île. Mayotte est le dernier département français à avoir été créé, et comme tous les départements et régions d’outre-mer, c’est un héritage de la colonisation française. Cependant, Mayotte est un cas unique, puisqu’elle a refusé l’indépendance lors de la consultation de 1974. Notre article.

Pour aller plus loin : Mayotte : derrière l’opération Kingia, des expulsions en série

Mayotte : une survivance du colonialisme français

En 1974, après des années de colonisation de l’archipel des comores par la France, Valéry Giscard d’Estaing lance une consultation pour l’indépendance de l’archipel, le résultat est en faveur de l’indépendance à l’exception de Mayotte qui souhaite rester française. Depuis, le régime des Comores revendique toujours Mayotte malgré des liens étroits avec la présidence française et de nombreuses visites diplomatiques. Depuis et surtout avec la départementalisation de l’île en 2011, le développement économique de Mayotte s’est accéléré.

S’il reste toujours inférieur à celui de l’hexagone, l’écart est aussi creusé avec les Comores. Cela pose évidemment la question de la place accordée aux territoires insulaires, de l’abandon chronique de ces territoires et surtout du droit à l’eau qui est régulièrement bafoué. Mayotte est donc le département français le plus pauvre, avec 77,3 % des habitants de Mayotte vivant en dessous du seuil de pauvreté en 2025 selon l’observatoire des inégalités. 

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Ainsi, la frontière entre Mayotte et les Comores est l’une des frontières au monde avec le plus gros écart de niveau de vie, où le PIB à Mayotte est 6,6 fois plus élevé qu’aux Comores.

Face à des conditions matérielles d’existence dégradées, quoi de plus naturel que d’aller là où les conditions de vie sont meilleures ? Par conséquent, depuis ces dernières années, la population mahoraise explose, c’est le département français le plus jeune. De plus l’immigration depuis les comores, a également augmenté. Les deux territoires sont séparés de 70 kilomètres et sont régulièrement franchis par des comoriens en kwassa-kwassa, des bateaux locaux. En 2017, Emmanuel Macron, déjà raciste, avait déclaré  “Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien, c’est différent”. Si cela a suscité l’indignation collective, à l’exception de l’extrême droite, c’est parce que selon un rapport parlementaire de 2012, entre 7 000 et 10 000 personnes ont péri lors de tentatives d’immigration entre Mayotte et les Comores. 

Ce sont donc les facteurs socio-économiques mais aussi la proximité culturelle entre Mayotte et les Comores qui entraînent les migrations. En réaction, depuis ces 10 dernières années et surtout les deux mandats d’Emmanuel Macron, on parle de « crise migratoire » à Mayotte. Avec l’accentuation des migrations, le manque de logements, de services publics, d’un accueil digne et surtout de dialogue avec les autorités comoriennes, les bidonvilles à Mayotte se multiplient. 

Dès 2019, c’est une approche sécuritaire et militariste menée par les gouvernements macronistes qui est choisie. Jusqu’à aujourd’hui, l’opération Shikandra a pour objectif d’interpeller les migrants en mer avec l’investissement de 8 intercepteurs. Ces méthodes sont contestées et en 2025, un consortium de médias a publié une série d’enquêtes, révélant que pour stopper les kwassa-kwassas, les forces de police provoquent délibérément des vagues et des collisions.

Il en résulte des noyades, et une série de drames humains, comme celui de Farid Djassadi, qui le 10 novembre 2019, perd ses deux jambes, sectionnées par l’hélice de l’intercepteur avoir été violemment intercepté par la police aux frontières. A ce jour, Farid Djassadi vit grâce aux organisations humanitaires à Mayotte, et l’instruction judiciaire est toujours en cours, six ans après selon Blast. Le nombre de bateaux interceptés, communiqué par la préfecture de police est toujours plus important, 312 en 2020, 459 en 2021, 571 en 2022, 661 en 2023 et 493 en 2024. 

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Des vedettes de la police aux frontières française, au large de Mamoudzou, à Mayotte, le 21 avril 2025. LUDOVIC MARIN/AFP

Par la suite, c’est Gérald Darmanin qui communique avec la très médiatisée opération Wuambushu en 2023 pour d’une part expulser les immigrés comoriens, et d’autre part, détruire les bidonvilles sous prétexte de dangerosité en cas de catastrophe naturelle. 1 800 policiers sont mobilisés sur l’île. L’année suivante, c’est une version encore plus sécuritaire de l’opération place nette qui a lieu à Mayotte sous le nom de Wuambushu 2, avec comme objectifs, selon le ministère de l’intérieur “la lutte contre l’insécurité et la sécurisation de l’espace public, la lutte contre l’immigration clandestine, ainsi que la lutte contre l’habitat illégal et insalubre, […] la lutte contre l’économie illégale”. 

Entre juin 2016 et juillet 2026, ce sont 3 884 habitations informelles qui ont été détruites— soit près de 17 478 personnes qui ont été expulsées, selon le Monde. Les solutions de relogement, lorsqu’il y en a, ne sont pas adaptées, et surtout en nombre insuffisant, comme l’impose la loi ELAN. En avril 2025, Manuel Valls présente la loi Refondation Mayotte lève la contrainte, et les personnes expulsées se retrouvent désormais sans aucune solution puisque l’état n’est plus tenu, spécifiquement à Mayotte, de proposer de solution de relogement. 

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Un travailleur œuvrant à la démolition du bidonville Talus 2, à Mayotte, ce lundi 22 mai 2023. | PHILIPPE LOPEZ / AFP


A cette situation déjà fragile, le 14 décembre 2024, l’ouragan Chido s’abat sur Mayotte et ravage l’île, et s’il était déjà nécessaire d’investir sur l’île pour rattraper l’écart de développement avec l’hexagone, la reconstruction est encore trop lente. Ajoutant une catastrophe à la catastrophe, le bilan officiel de l’ouragan est de 40 morts et 41 disparus. Cependant, avec 35 % des logements en tôle en 2024 selon l’INSEE, il y a fort à parier que ce bilan est largement sous-évalué. 

Enfin, depuis avril 2026, une nouvelle opération a lieu, l’opération Kingia qui s’inscrit dans la continuité des opérations précédentes, avec les mêmes objectifs, encore plus de moyens humains et toujours les mêmes objections des organisations humanitaires et internationales qui alertent sur les conséquences matérielles que cela aura pour les enfants de l’île et leurs droits.  

Face à tant de détresse, la seule réponse apportée par le gouvernement, c’est la surenchère sécuritaire. Les investissements ne sont pas à la hauteur des besoins de l’île et chaque année depuis 2023, les mêmes discours et éléments de langage sont répétés par la droite, l’extrême-droite et la macronie. Ainsi, en période électorale ou lors des rentrées politiques, Mayotte devient un théâtre sécuritaire, où les politiques du bloc central, de droite et d’extrême-droite défilent tous pour appeler à la surenchère sécuritaire. C’est ce qu’il s’est passé en juin 2024 avec les visites de Marine Le Pen et François-Xavier Bellamy, à la veille des élections européennes venus dénoncer l’immigration clandestine massive. 

Pour aller plus loin : Mayotte : Macron fait le programme de Jean-Marie Le Pen

Plus récemment, fin août, ce sont les figures macronistes qui sont venues sur l’île pour faire leur rentrée politique et mettre à l’agenda politique des thématiques droitières à des fins électoralistes. Tout d’abord, c’est Edouard Philippe qui déclare qu’à Mayotte, « l’urgence est de fermer les vannes de l’immigration », avant de proposer la suspension pure et simple du droit du sol à Mayotte, ce qui pose question de la constitutionnalité d’un tel dispositif, puisqu’en principe, la loi est la même pour tous, sur l’ensemble du territoire national. 

Pourtant, Mayotte fait déjà l’objet de mesures d’exception en ce qui concerne le droit du sol, puisque contrairement à dans l’hexagone, il faut que l’enfant né à Mayotte aie deux parents résident régulièrement depuis au moins un an avant la naissance de l’enfant. Cette mesure d’exception vient ainsi remettre en cause le concept de droit du sol non seulement à Mayotte mais dans tous les autres territoires français, puisque la restriction voire la suppression du droit du sol est une mesure de droite et d’extrême droite, pour qui « être français » est d’abord une histoire de gènes.  

Il s’en est suivi un déplacement d’une bonne partie du gouvernement, en réponse au déplacement d’Edouard Philippe. Parmi les membres du gouvernement, Catherine Vautrin, ministre des Armées, un choix qui interroge et qui annonce une militarisation croissante, puisque Sébastien Lecornu a déclaré “Nous assumons une militarisation plus importante de la protection de l’archipel”.

L’historien Maxime Launay dans Mediapart note la nouveauté de ce discours qui annonce un tournant. Il précise que des missions de police avaient déjà été confiées à l’armée en Guyane et à Mayotte, mais qu’ici, la militarisation est assumée et revendiquée. Ce qui présage un virage a droite toute puisque l’armée aura désormais au rôle dans la lutte contre l’immigration illégale, l’historien poursuit en déclarant “Quand on mobilise l’armée, il y a forcément une logique d’“ennemisation”. 

Pour La France insoumise, ces déclarations sont “irresponsables”, le mouvement ajoute “Les armées ont pour mission de défendre le territoire national et la souveraineté du pays. Elles n’ont pas vocation à lutter contre l’immigration.”. Puis avance des solutions pour la situation à Mayotte “Les solutions à la crise que traverse Mayotte sont ailleurs. Elles passent par le redressement des capacités de l’Etat, par le rétablissement de services publics à la hauteur des besoins de la population, et par un dialogue renouvelé avec les Comores.”. 

Par Louise B.

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