vendredi 25 septembre

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Sénatoriales : le RN investit un ancien militant néonazi

À trois jours des sénatoriales, le RN place en position éligible Éric Miné, ancien militant d’un groupuscule néonazi. Une nouvelle « brebis galeuse », qui rejoint un cadre condamné pour injure, un libraire négationniste devenu député et un policier du service d’ordre qui appelait à prendre les armes. Depuis juin 2024, la scène se répète […]

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À trois jours des sénatoriales, le RN place en position éligible Éric Miné, ancien militant d’un groupuscule néonazi. Une nouvelle « brebis galeuse », qui rejoint un cadre condamné pour injure, un libraire négationniste devenu député et un policier du service d’ordre qui appelait à prendre les armes. Depuis juin 2024, la scène se répète à chaque élection. Ce n’est plus une série noire, c’est une méthode. Notre article.

Un ancien de la FANE aux portes du Sénat

Il s’appelle Éric Miné, et il figure en deuxième position sur la liste RN des Français établis hors de France pour le scrutin du 27 septembre. Le Canard enchaîné, puis Le HuffPost, qui constate que même aux sénatoriales le RN trouve des « brebis galeuses » à investir, ont rappelé son parcours. Élu des Français de la circonscription Thaïlande-Birmanie depuis 2014, il est passé par la FANE, groupuscule néonazi, puis par le mouvement L’Œuvre française, et a été le premier gérant de la librairie L’Æncre, ouverte à Paris en 1996, où, selon Le HuffPost, on trouvait des ouvrages néonazis et antisémites.

En juillet 2013, quelques semaines après la mort de Clément Méric, il apparaissait lors d’une conférence de presse d’un collectif de défense des libertés publiques, dans l’écosystème alors associé à Serge Ayoub, dont les groupes venaient d’être dissous. Sur le mariage pour tous, il écrivait sur Boulevard Voltaire, dans une tribune exhumée par Le HuffPost, qu’il fallait ramener « tous ces homos en rut dans la voie sereine d’un foyer marital ».

Voilà la nouvelle brebis galeuse que le parti de Marine Le Pen propose au Sénat. Le député insoumis Paul Vannier a résumé l’affaire d’une phrase : « Il n’y a pas de brebis galeuse. « Le RN, c’est la haine ». Son collègue Thomas Portes a dénoncé le « silence des médias » sur ce candidat.

Éric Miné n’est pas un accident. Il est le dernier maillon d’une longue chaîne. Pour le comprendre, il faut remonter deux ans en arrière.

Juin 2024 : « quatre ou cinq » brebis galeuses, puis plus d’une centaine

Au moment de la dissolution, Jordan Bardella reconnaît « 4 ou 5 brebis galeuses » parmi les candidatures de son parti. Le 2 juillet, Mediapart titre qu’elles sont désormais au moins une centaine. StreetPress en recensera finalement 109.

Les cas s’enchaînent. Dans le Calvados, Ludivine Daoudi doit retirer sa candidature du second tour après la diffusion d’une photo où elle porte une casquette de sous-officier nazi avec une croix gammée. StreetPress révélera ensuite qu’elle était aussi membre du Parti de la France, formation raciste et antisémite. En Mayenne, Paule Veyre de Soras récuse tout racisme en invoquant son ophtalmologue juif et son dentiste musulman. Dans le même département, Annie Bell, 78 ans, avait en 1995 participé, armée d’un fusil, à une prise d’otages à la mairie d’Ernée avec son mari.

Dans l’Yonne, le député sortant Daniel Grenon affirme pendant l’entre-deux-tours que des Maghrébins « n’ont pas leur place dans les hauts lieux ». Il est réélu, puis exclu du RN en octobre 2024. La justice suit : en avril 2026, la cour d’appel de Paris le condamne à 1 000 euros d’amende avec sursis pour propos racistes.

Face au tollé, Jordan Bardella promet la rigueur. En novembre 2024, il érige même un principe, rapporté par Le HuffPost : ne pas avoir de condamnation à son casier judiciaire serait pour lui « une règle numéro 1 » pour prétendre devenir parlementaire. Retenez bien cette règle. Elle ne va pas durer.

Mars 2026 : les municipales, même film

Deux ans plus tard, aux municipales, la campagne est ponctuée de révélations sur des têtes de liste, parmi les 763 investies ou soutenues par le parti, ainsi que sur des colistiers. À Carpentras, le RN retire son investiture à Christian Richaud Simoni après que Libération a repéré d’anciens tweets racistes et sexistes. À Dunkerque, Adrien Nave perd la sienne le 1er mars, en raison de la présence sur sa liste du porte-parole de l’Action française, mouvement royaliste d’ultradroite.

Le décompte grossit à vue d’œil. Dès le 1er mars, Libération identifie 69 cas sur des listes RN ou d’union à l’extrême droite. À Nogent-le-Rotrou, la tête de liste initiale avait été épinglée pour des tweets conspirationnistes et xénophobes, estimant qu’il fallait « que tous les immigrés rentrent chez eux ». StreetPress, qui cartographie les cas en s’appuyant aussi sur Mediapart, Les Jours, Libération, Conspiracy Watch et Le Monde, dépasse les 250 « brebis galeuses » au RN et chez ses alliés de l’UDR d’Éric Ciotti. Le chiffre est colossal quand on le rapporte aux quelque 600 têtes de liste investies sous les couleurs du RN et de son allié. De son côté, Bon Pote en recensait déjà 229 le 9 mars.

Les profils ne relèvent pas du dérapage isolé : on y trouve des passages par des groupuscules radicaux, des violences physiques, des propos racistes ou homophobes. À Valence, dans les rangs de la tête de liste RN Philippe Dos Reis, StreetPress signale la présence régulière d’un militant néofasciste.

Le plus cocasse, c’est la promesse technologique. Le RN avait vanté en 2025 le recours à l’intelligence artificielle pour passer au crible les publications de chacune de ses têtes de liste. Un an plus tard, les journalistes trouvent plus de 250 cas à la main. Et quand un profil est trop voyant, le parti a trouvé une parade : ne pas donner l’investiture, tout en laissant le candidat en place. À Concarneau, le RN n’a pas investi Christian Perez, mais ne lui a opposé aucune liste d’extrême droite, et l’intéressé se revendique toujours adhérent du parti. Le label disparaît, le candidat reste.

À chaque fois, le même rituel : la presse révèle, le parti écarte les cas les plus voyants, et le reste passe. Bardella est même allé jusqu’à remercier ironiquement les médias d’avoir fait le tri à sa place.

Sénatoriales : Éric Miné n’est pas seul

Retour au Sénat. Éric Miné n’est pas la seule brebis galeuse que le RN présente aux grands électeurs.

En Corrèze, Valéry Elophe n’est pas un militant de base : élu régional, délégué départemental du RN et membre du bureau politique du parti. Il avait publié sur Facebook que les syndicats, dont la CFDT, étaient « les idiots utiles et collaborateurs du Hamas », après un rassemblement pour la paix à Tulle en novembre 2023. Le 27 mai 2026, la Cour de cassation a confirmé le caractère injurieux de ces propos, après la cour d’appel de Limoges et le tribunal correctionnel de Brive. Cette condamnation, pourtant relayée par la presse locale, n’a pas empêché le RN de l’investir. Le parti qui se dit celui du monde du travail envoie au Sénat l’homme condamné pour avoir insulté les syndicats. Sa suppléante, Amélie Rebière, est l’ancienne vice-présidente de la Coordination rurale.

Dans le Vaucluse, Thierry d’Aigremont, patron départemental du parti, conduit la liste soutenue par le RN et l’UDR. Selon Le Monde, cité par Le HuffPost, il a été condamné à deux ans de prison avec sursis dans une enquête sur des vols en réunion commis en 2007 et 2008 dans l’Hérault et le Var. Son avocat à l’époque était Hervé de Lépinau, aujourd’hui député RN du Vaucluse. Difficile, donc, de plaider l’ignorance.

Et puisqu’il est question de librairies, le RN n’a pas besoin d’aller chercher en Thaïlande. Il en a une au Palais Bourbon. Frédéric Boccaletti, député RN du Var depuis 2022, a ouvert en 1997 à Toulon une librairie spécialisée dans les ouvrages antisémites et négationnistes, baptisée Anthinéa d’après un ouvrage de l’auteur antisémite Charles Maurras. On y trouvait notamment l’écrivain négationniste Roger Garaudy. L’homme a aussi été condamné dans les années 2000 à un an de prison dont six mois ferme pour violence en réunion avec armes. Rien de tout cela n’a empêché le RN de le faire réélire en 2024, de l’asseoir à la commission de la Défense nationale et des forces armées, ni de l’inscrire en cinquième position sur sa liste sénatoriale dans le Var. L’ancien libraire de Garaudy légifère aujourd’hui sur l’armée française.

Dans le Bas-Rhin, l’eurodéputée Virginie Joron, candidate aux sénatoriales, ironisait en août 2023 sur l’idée que l’humanité serait responsable de la chaleur ou de la pluie, en pleine canicule. En 2019, elle avait rencontré Bachar el-Assad pendant deux heures lors d’un voyage controversé en Syrie. Au total, Reporterre recense au moins huit candidats RN aux sénatoriales cumulant des écrits climatosceptiques, sexistes, racistes ou antisémites..

Pourquoi le RN ferme les yeux

Parce que l’enjeu est trop important. Le RN veut constituer pour la première fois un groupe au Palais du Luxembourg, ce qui exige dix sénateurs ; il n’en compte que trois, et il lui en manque donc sept. Son directeur de campagne, Ludovic Pajot, assume qu’une victoire renforcerait la capacité d’action du parti pour transformer le pays une fois au gouvernement. À sept mois de la présidentielle, chaque siège compte, et un notable au passé chargé vaut mieux qu’un siège perdu. Chez les Français de l’étranger, un élu implanté depuis douze ans en Thaïlande vaut bien qu’on oublie la FANE.

La méthode repose sur les élus ruraux : « On cible la ruralité et les maires sans étiquette », explique Ludovic Pajot. Comme le souligne Le HuffPost, la stratégie mise sur la « normalisation » : convaincre l’électorat de droite que le RN a rompu avec son passé. Les candidatures Miné, Elophe, d’Aigremont ou Boccaletti montrent l’inverse.

L’avant-boutique est pleine, l’arrière-boutique est pire

Les candidats, c’est la vitrine : ce que le RN accepte de montrer, après tri. Mais derrière le comptoir, il y a ceux qu’il n’investit pas et qu’il fréquente quand même : ses militants, son service d’ordre, ses prestataires, ses vieux amis. Et là, on ne parle plus de tweets exhumés.

Carcassonne. La ville est dirigée depuis mars par un maire RN. Le 8 septembre, Midi Libre révèle une vidéo où César R., chef de patrouille de la police municipale, tient des propos racistes, LGBTphobes et misogynes, enregistrés par sa propre caméra-piéton, avec des accents putschistes appelant à une dictature en France. En ligne, il avait exprimé à plusieurs reprises son souhait d’un soulèvement armé : « Il serait temps de prendre les armes », écrivait-il en 2023. Ce n’était pas un inconnu : il avait participé à plusieurs reprises au service d’ordre du RN, qui l’a exclu après les révélations. Louis Aliot, vice-président du parti, a parlé d’un « cas isolé », tandis que le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, ordonnait un contrôle de la police municipale de la ville. Un homme qui assurait la sécurité des meetings du RN appelait à l’insurrection armée, et il a fallu une vidéo de presse pour que la direction s’en aperçoive.

Le GUD. Le Groupe union défense, groupuscule étudiant d’extrême droite en sommeil depuis 2017 et relancé fin 2022, a été dissous en juin 2024. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Gérald Darmanin, qui n’est pas un gauchiste, le décrivait comme un « groupe très ami avec beaucoup de gens du Rassemblement national ». Quelques jours plus tôt, quatre militants d’ultradroite, dont Gabriel Loustau, membre du GUD et fils de l’ancien élu RN Axel Loustau, avaient été condamnés pour une agression homophobe commise le soir de la victoire de la liste Bardella aux européennes. Axel Loustau et Frédéric Chatillon, deux anciens du GUD, sont des proches historiques de Marine Le Pen, et leurs sociétés ont perçu des millions d’euros du groupe RN au Parlement européen, comme l’a mis en lumière l’affaire dite de la « GUD connection ». Nous avions déjà documenté les liens très étroits entre le RN et l’ultradroite. Les « brebis galeuses » ne sont pas seulement sur les listes : elles facturent.

Le terrorisme d’extrême droite. Tout cela s’inscrit dans un contexte que les services ne cessent de signaler. Le 27 août, un policier de 35 ans a été mis en examen et écroué à Paris ; présenté comme adhérant à une idéologie d’ultradroite radicale violente, il est soupçonné d’avoir voulu attaquer des intérêts de l’État et d’avoir fabriqué des armes imprimées en 3D. En 2025, Hichem Miraoui, un Tunisien, a été abattu à Puget-sur-Argens, dans le Var ; l’accusation prête au suspect des idées d’ultradroite, et c’était la première fois que le parquet antiterroriste se saisissait d’un meurtre aggravé par le racisme. Le parquet national antiterroriste qualifie cette menace de l’une des plus préoccupantes.

Ces projets et ces actes ne sont pas imputables au RN, et il faut le dire clairement. Mais ils naissent dans un bain idéologique commun : « grand remplacement », « Français de papier », haine des musulmans, fantasme de guerre civile. Ce sont précisément les mots qu’on retrouve, d’élection en élection, sous la plume des candidats que le RN investit, et dans la bouche d’un policier qui encadrait ses meetings. Le RN ne commet pas ces violences. Il en normalise le vocabulaire, il en recrute les militants pour sa sécurité, il en paie les anciens pour ses prestations. Et à chaque révélation, il répond « cas isolé ».

Il n’y a pas de brebis galeuses au RN

L’expression même est un piège. Parler de « brebis galeuses », c’est dessiner un troupeau sain dont on écarterait quelques bêtes malades. Le site Bon Pote l’a souligné : le terme, popularisé par Jordan Bardella, pourrait servir le RN.

Deux ans de révélations disent autre chose. Des législatives de 2024 aux municipales de 2026, de Carcassonne au Sénat, ce ne sont pas quelques individus qui dérapent : c’est un vivier militant qui affleure à chaque scrutin, et une direction qui ne le filtre que sous la pression de la presse. Le directeur de campagne du RN pour les municipales, Julien Sanchez, l’a lui-même avoué en comparant le tri des candidats à l’entreprise de « vider l’océan à la petite cuillère ». On ne saurait mieux dire : quand il faut vider l’océan, ce n’est pas qu’il y a quelques gouttes de trop.

C’est ce que La France insoumise répète depuis le début, quand d’autres préfèrent saluer une « dédiabolisation » réussie. Le RN n’a pas changé de nature ; il a changé de costume. Ceux qui, à droite, envisagent des alliances locales ou regardent ailleurs portent une part de responsabilité dans cette banalisation.

Dimanche, près de la moitié du Sénat sera renouvelée par des élus locaux, loin des caméras. Chaque grand électeur sait désormais qui le RN lui propose d’envoyer au Palais du Luxembourg, à commencer par un ancien militant néonazi. Nul ne pourra dire qu’il ne savait pas.

Par Léolo Kayser

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