mardi 8 septembre

20:03

« Il est excellent » : retour sur une rentrée politique spectaculaire pour Mélenchon, saluée jusqu’à ses adversaires

Mélenchon ? « La star du jour », « démonstration de force », « machine de guerre », « en pleine ascension », « marque le tempo et mène le rythme », « second tour à sa portée », « excellent », « efficace », « succès », « grand tribun », « beaucoup d’avance […]

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Mélenchon ? « La star du jour », « démonstration de force », « machine de guerre », « en pleine ascension », « marque le tempo et mène le rythme », « second tour à sa portée », « excellent », « efficace », « succès », « grand tribun », « beaucoup d’avance », « pas de match pour l’instant », et même « le phénomène Mélenchon » !

Les éditorialistes de plateaux sont sous le choc après le discours de Jean-Luc Mélenchon à la Braderie de Lille devant plus de 12 000 personnes, qui vient clore une rentrée politique tambour-battant du candidat insoumis à la présidentielle. En 15 jours, ce ne sont pas moins de 4 interventions publiques avec un écho sans précédent. Aux AMFIS, ce sont plus de 10 000 personnes qui avaient fait le déplacement à Valence pour venir écouter le leader insoumis. « C’est une malédiction, tout ce que je touche se transforme en meeting » avait ironisé l’Insoumis, alors invité du Festival Off à Avignon.

Mais pourquoi un tel succès en ce début de campagne ? Retour sur ces deux dernières semaines qui ont marqué le paysage médiatique et politique. Notre article.

Des AMFIS historiques, les plus grandes universités politiques de l’histoire du pays

Il faut dire que tout avait commencé de manière spectaculaire pour les insoumis, grâce à un sens de l’organisation et une importante capacité à mobiliser. Lancement de campagne devant 26 000 personnes à Saint-Denis, concert insoumis antiraciste, bataille pour la culture à Avignon. Et ce qui est qualifié de « pause estivale » s’est transformée en nouvelle démonstration de force pour les insoumis, et leurs 48 étapes de ça

Pour le mouvement, ce sont les Amfis qui ont marqué ce moment : 23 sessions de formations organisées, 94 conférences réunissant près de 200 invités. Parmi les personnalités présentes, figuraient entre autres Adèle Yon, Éric Vuillard, Frédéric Lordon, Mami Watta, Pierre Lemaitre, Anna Mouglalis, Jungeli, Habibitch et Flavien Berger. Plus de 10 000 personnes présentes !

La qualité de cet événement a mis en lumière le travail, le sérieux et la préparation des élu·es, volontaires, organisations partenaires et militant·es qui ont su en faire les plus grandes universités d’été de l’histoire.

À ce titre, le spectacle du vendredi soir a été salué par tous les commentateurs. Avec un jeu de 330 drones, d’écrans et de lumières, une nouvelle prouesse technique a permis de rendre hommage aux figures et discours de la longue histoire de l’humanisme et de l’insoumission, dévoilant en même temps la musique officielle de campagne.

Mais l’événement du week-end a bien été le discours de Jean-Luc Mélenchon le dimanche 23 août. Certainement pas que des spectateurs : des acteurs ! Car la présence à un événement politique est toujours un signal. Le public n’est pas venu voir une rock-star Par leurs applaudissements et leurs slogans, les participants sont venus marquer leur solidarité, leur volonté de s’impliquer dans la campagne et leur combativité.

L’axe fort de ce discours a été celui de la planification écologique, après un été de catastrophes climatiques. Le candidat insoumis a pu désigner les responsabilités politiques et exposer sa proposition d’éco-régions pour fonder la première République écologique au monde.

D’ailleurs, le palier des 350 000 parrainages citoyens a été atteint juste avant le début du meeting. Pour faire partie des premiers soutiens de Jean-Luc Mélenchon, rendez-vous sur melenchon2027.fr.

Face au patronat, Mélenchon seul candidat à rappeler les urgences sociales du pays et à tenir tête aux patrons

Le premier rendez-vous médiatique de la période était à coup sûr ce débat présidentiel organisé par le MEDEF et LCI à Roland-Garros. Rien n’était choisi au hasard. Que le grand patronat dicte le cadre de ce début de course à la présidentielle était un symbole : celui de la crise interne à la droite, en panne idéologique et électorale.

Et voilà que toutes les questions étaient orientées autour de la réduction des dépenses de l’État, du poids de la dette, du recul de l’âge de départ à la retraite. Touts les candidats, voulant flatter l’assistance applaudissant en cadence, répétaient les mêmes propositions néolibérales vides de vision politique.

Pour aller plus loin : La leçon d’économie de Mélenchon face au MEDEF et à ses supplétifs

Sauf un, Jean-Luc Mélenchon, qui n’avait pas peur de ne pas caresser dans le sens du poil toutes les mesures les plus irresponsables les unes que les autres. « Il faut augmenter les salaires ! » martela le candidat insoumis alors que des milliers de grands patrons se mettent à éclater de rire. Cet extrait, revu par millions sur les réseaux sociaux et commenté dans tous les médias, incarne à lui seul tout le mépris des puissants pour le peuple, en même temps que leur manque de sérieux.

Car Mélenchon s’efforçait d’exposer les risques d’une récession, pouvant être contrée par une relance économique. Et moins de 24 heures plus tard, une note de l’Insee informe que la France est désormais au bord de la récession. Il n’y avait pas d’heureux hasard concernant cet enchaînement. Cela démontrait simplement la rigueur et le travail des équipes insoumises prêtes à gouverner ce pays.

La dette et son annulation ? Le coup de bélier insoumis

Il était difficile d’imaginer les Insoumis repartir à la tâche sans passer par la case moment politique, sorte de réunion de campagne à ciel ouvert où une analyse de l’actualité est effectuée afin d’en dégager des axes d’actions et de propositions.

Lorsque la conférence a été annoncée sur la plateforme militante Action populaire, toutes les inscriptions ont affiché complet au bout de 24 heures. Hors norme. L’intérêt et le soutien que portent les militants avaient toujours habitué le mouvement à prévoir une ou deux salles en plus pour chaque meeting. Désormais, l’engouement est général et prouve une fois de plus que ce scrutin n’est pas comme les autres, mais qu’il est celui d’une grande éducation populaire et d’une envie de rupture à tous les étages.

Jean-Luc Mélenchon a alerté sur la crise qui arrive : spéculation autour de l’IA, hausse des taux d’intérêt, vente du dollar… La menace d’un effondrement monétaire hante le monde entier et en particulier les pays européens avec qui la France pourrait constituer une coalition pour alléger les contraintes financières. Cela pourrait avoir un effet boule de neige en réduisant la pression des marchés, permettant la relance économique et notamment la bifurcation écologique.

Pour aller plus loin : Dette : en finir avec le chantage des marchés

Le candidat a proposé de « congeler la dette » détenue par la Banque centrale européenne. Hurlements sur tous les plateaux de l’officialité médiatique ! Pendant des heures d’antenne, candidats et éditorialistes ont débattu sur cette solution. Voilà la force des insoumis : introduire des mesures bélier afin d’imposer leur agenda politique.

Une rentrée littéraire au service du programme L’Avenir en commun

La semaine dernière, plusieurs livres insoumis ont été publiés. D’abord, Mélenchonomics par lequel Éric Berr propose l’alternative démocratique, écologique et populaire que représenterait l’application du programme de L’Avenir en commun.

Ensuite, le dernier ouvrage de l’Institut La Boétie, L’État et la révolution citoyenne, coordonné par Isabelle Garo, préfacé par Álvaro García Linera et postfacé par Jean-Luc Mélenchon. Si la gauche arrive au pouvoir demain, comment pourra-t-elle transformer profondément la société ? Quelles leçons tirer des expériences du passé comme celle du Front populaire de 1936, du Chili d’Allende, ou de la défaite de Syriza en Grèce ? Quelles nouvelles institutions devra-t-elle inventer pour répondre aux grands défis de demain – planification écologique, services publics ou sécurité sociale – ?

Enfin, Clémence Guetté a innové en abordant la thématique de l’amitié. Poser les bases d’une toute nouvelle manière de penser la société, voilà le pari de Pour une nouvelle politique de l’amitié dans lequel la députée et responsable du programme insoumis a ouvert un nouvel horizon d’émancipation contre le capitalisme et l’extrême droite.

À Lille, démonstration de force populaire et annonce du futur décret d’urgence sociale

Alors que les sondages positionnent le mouvement à 18 %, soit au niveau du score de 2017, et qualifié au second tour, Jean-Luc Mélenchon intervenait samedi dernier en marge de la mythique Braderie de Lille.

C’est ainsi que les images retransmises sur YouTube et les 4 chaines en continue montraient une foule extraordinaire, débordant de toute la place de la Porte de Paris et des rues environnant la mairie de Lille et le Parc Jean-Baptiste Lebas. Plus de 12 000 personnes ! C’est inimaginable, tant la situation ressemble à ce que l’on observe à 15 jours du scrutin. Devant tous ces jeunes amassés, le candidat ne pouvait même plus crier assez fort.

Pour aller plus loin : Blocage des prix, hausse des salaires : à Lille, Mélenchon a présenté ses mesures d’urgence sociale devant plus de 12 000 personnes

La thématique du jour était celle du pouvoir d’achat et de la vie chère. Évidemment, le coût de la vie touche plus durement le peuple que la minorité des ultra-riches. Les insoumis proposent alors de substituer l’inflation à un nouvel indicateur de développement humain, reconnaissant des éléments du bien-être : niveaux de santé, d’éducation, d’égalité entre hommes et femmes.

La réponse politique à ce règne de l’imprévoyance doit être celle de l’« état d’urgence social » : blocage des prix des produits de première nécessité, blocage des marges de profit, blocage des loyers, augmentation du SMIC, augmentation des salaires en ouvrant une nouvelle négociation annuelle obligatoire, rétablissement de l’échelle mobile des salaires, instauration de la cantine scolaire biologique et gratuite pour tous les enfants.

La configuration sociale et politique porte le mouvement insoumis

Le succès des insoumis passe par des propositions programmatiques qui répondent à la colère grandissante au sein du peuple français.

« Tous ces gens, demandez-vous pourquoi ils sont là, pourquoi il y a eu tant de monde à Saint-Denis, pourquoi il y en a tant ici aujourd’hui, pourquoi il y en a eu tant aux Amfis. Ce n’est pas seulement à cause de notre talent, c’est parce que notre pays bouillonne, et en a assez, est exaspéré d’être dirigé par des bons à rien qui leur font honte !

Et de voir des politiciens à la ramasse, qui ne m’arrivent pas à la cheville tout en me critiquant et qui sont incapables d’imaginer quoi que ce soit qui propage autre chose que des misères et des souffrances autour d’eux, à un peuple qui travaille tant, qui fait tant d’efforts, et qui est capable de se montrer à chaque étape de son histoire si magnifiquement solidaire. Voilà qui nous sommes, nous autres Français ! Nous méritons mieux qu’eux ! ».

Si la mise à l’eau est une métaphore régulièrement employée dans le vocabulaire insoumis, il y en a de plusieurs sortes : celle qui se passe tranquillement, celle qui échoue, ou bien celle qui est tellement réussie qu’elle met le navire en mouvement. Il y a un autre cas, celui où le vide aspire le véhicule.

C’est bien la configuration à laquelle les insoumis sont confrontés. D’un côté, les sociaux-libéraux sont empêtrés dans une primaire taillée par et pour Raphaël Glucksmann (dont le vote coûte 15 euros), mais où ce dernier pourrait être finalement renversé par Olivier Faure ou Ségolène Royal. Le mic-mac.

De l’autre, les centristes sont divisés entre Gabriel Attal et Édouard Philippe. L’un a les sous et les parrainages mais pas les sondages, et l’autre est porté par les médias sans les financements et le parti présidentiel. Le mic-mac.

Enfin, l’extrême droite dont il est dit qu’elle est victorieuse d’avance, déjà qualifiée au second tour et presque sur le trône de l’Élysée, se déchire en réalité en plusieurs morceaux. Aussitôt candidate, Marine Le Pen a déçu toutes les ambitions de Jordan Bardella. Absent du débat organisé par le MEDEF, ce dernier a vu l’un de ses plus proches soutiens être viré par la candidate condamnée. Puis Jean-Philippe Tanguy a réitéré l’intention de Marine Le Pen d’interdire le port du voile dans l’espace public, avant d’être démenti par Jordan Bardella. Le mic-mac.

« Nous, c’est carré » : la stratégie insoumise porte ses fruits

En somme, Jean-Luc Mélenchon avait désigné la ligne directrice du mouvement insoumis et ce qui ferait la marque de la campagne : « Nous, c’est carré. Il y a une équipe, un programme et un seul candidat. »

Le prochain rendez-vous de la campagne est à la Fête de l’Humanité avec un grand entretien de Jean-Luc Mélenchon par les journalistes de L’Humanité le vendredi 11 septembre prochain. Le lendemain, un meeting de Jean-Luc Mélenchon au stand de LFI à la Fête de l’Humanité. Ensuite, le 11 octobre prochain à Clermont-Ferrand.

Par Lilian Davy

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