vendredi 4 septembre

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« Je serai là pour vous » – Attal, Le Pen et Darmanin cherchent à obtenir les faveurs de Bolloré, le milliardaire d’extrême droite le leur rend bien

Vincent Bolloré est un milliardaire en mission : « obsédé par le jugement dernier, l’enfer, le paradis, le purgatoire », convaincu que « pour gagner sa place au paradis, il faut rechristianiser la France, il faut réévangéliser le monde ». Tel est le portrait que dressent de Bolloré les journalistes Clément Lacombe et Camille Vigogne […]

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Vincent Bolloré est un milliardaire en mission : « obsédé par le jugement dernier, l’enfer, le paradis, le purgatoire », convaincu que « pour gagner sa place au paradis, il faut rechristianiser la France, il faut réévangéliser le monde ».

Tel est le portrait que dressent de Bolloré les journalistes Clément Lacombe et Camille Vigogne Le Coat dans leur nouvel ouvrage, La Droite de Dieu. Vincent Bolloré, un milliardaire en mission (Les Arènes). Une enquête riche de plus de 150 entretiens, révélant les réseaux, l’influence et la vision du monde du milliardaire breton ultraconservateur. Notre article.

Bolloré, l’homme qui murmurait à l’oreille de la droite et du « centre »

Officiellement retraité depuis le 17 février 2022, affirmant devant la commission d’enquête du Sénat : « Je ne fais pas de politique et je n’ai jamais fait de politique », Vincent Bolloré n’en continue pas moins de tout contrôler dans son empire médiatique pour peser sur les élections.

Ainsi, quand Bolloré recevait en janvier 2025 l’ancien ministre et candidat Gabriel Attal, c’était – Attal le jure – sans parler de politique. Un hasard, donc, si un mois plus tard Attal bénéficiait d’une grande interview dans le JDD, puis d’un entretien sur CNews et un autre sur Europe 1, tous médias du groupe Bolloré, pour y parler notamment d’immigration, sujet cher au milliardaire breton.

Et Attal n’est pas le seul politique à avoir quémandé avec succès une audience et un soutien auprès de Bolloré : Marine Le Pen, Jordan Bardella, Éric Zemmour, Laurent Wauquiez venu réclamer une « une » dans le JDD, mais aussi des macronistes comme Gérald Darmanin ou Aurore Bergé figurent également parmi les invités du milliardaire. Point commun : du « centre » jusqu’à l’extrême droite, toutes et tous abordent les thèmes chers à Bolloré : union des droites, « délitement du pays », « endettement », « effondrement démographique », « problèmes migratoires », « perte d’autorité »… (Nouvel Obs).

Seuls ceux et celles qui défendent ces idées peuvent espérer se faire adouber par le milliardaire. Car c’est bien cela que ces personnalités sont venues chercher : l’onction de Bolloré. Ils et elles espèrent obtenir une visibilité sur les médias du groupe, de CNews au JDD en passant par Europe 1, Capital ou Canal+… ou, a minima, s’assurer du silence de Bolloré et de ses chiens de garde.

Ses invité·es sont tout à fait conscient·es de cette influence : comme le dit explicitement Attal « L’impact du groupe Bolloré, on l’intègre. C’est comme les réseaux sociaux, c’est une nouvelle donne, […] ça devient hypocrite de faire sans ». Bolloré en joue : il flatte les candidat·es qui lui plaisent. Lacombe et Vigogne-Le Coat citent deux formules qui reviennent souvent : « Je serai là pour vous » et « C’est certain que vous serez président de la République » (Radio France).

Un milliardaire en mission pour rechristianiser la France

Pierre-Édouard Stérin a son « Projet Périclès », un projet à 150 millions d’euros pour faire gagner l’extrême droite aux élections et peser sur la bataille des idées. Bolloré, lui, peut compter sur son « Institut de l’espérance », en plus de son empire médiatique.

Pour aller plus loin : Le milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin bientôt incarcéré ?

Derrière cet institut qu’il présente comme « apolitique » et « chrétien » se cache en réalité un think tank ultraréactionnaire au service d’un projet catholique identitaire. Les cent propositions politiques du fascicule distribué lors d’un dîner de l’institut dévoilaient ainsi le projet de Bolloré : repousser la retraite à 67 ans, mettre fin à la « culture de l’assistanat », « déwokiser » la culture, instaurer la préférence nationale, supprimer le délit d’entrave à l’IVG… Ennemis déclarés : les minorités, les femmes et les classes populaires.

Les ambitions de Bolloré sont immenses : il s’agit de « réévangéliser » et de « rechristianiser » la France, et d’assurer ainsi la rédemption du milliardaire. En effet, selon Lacombe et Vigogne-Le Coat, il est, comme il a été dit, « obsédé par le jugement dernier, l’enfer, le paradis, le purgatoire », et « persuadé qu’il [doit] gagner sa place au paradis par les actions qu’il va mener sur terre » (Radio France). Son combat n’est pas seulement civilisationnel : il doit, espère-t-il, sauver son âme. Rien que ça.

Un empire tentaculaire au service de Bolloré

Dans ce combat, Bolloré peut compter sur son empire tentaculaire, dont l’influence ne cesse de croître au rythme des rachats. Tout d’abord, il peut s’appuyer sur ses chaînes de télévision, de radio et ses titres de presse : il contrôle le JDD, CNews, Europe 1, C8, CStar, RFM, Capital, Canal+…

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(Voir la carte des maisons d’éditions et médias de l’empire Bolloré)

Il est également présent dans la distribution, avec les magasins Relay qui exposent fièrement, en gare, des rayons entiers aux « 50 nuances de brun ». Bolloré est par ailleurs en train d’absorber le groupe UGC et ses dizaines de cinémas, avec l’achat de 38 % des parts d’UGC en octobre 2025.

L’emprise du groupe ne s’arrête pas là : le milliardaire règne aussi sur l’édition depuis sa prise de contrôle du groupe Hachette Livre en 2023. Ce rachat lui offre une mainmise sur de nombreuses maisons d’édition, comme Fayard, Grasset, Stock, Larousse, Le Livre de Poche… mais aussi sur des éditeurs de manuels scolaires comme Hachette Éducation, Hatier ou Dunod.

Selon Lacombe et Vigogne-Le Coat, cette constellation confère à Bolloré une force de frappe sans équivalent : par son envergure, d’abord, et par la détermination du milliardaire, ensuite, qui ne craint pas de perdre de l’argent ni d’assumer des interventions qui pourraient entacher sa réputation. Très impliqué au sein de son empire, il entend tout contrôler : il relit et révise personnellement les unes de ses titres de presse et participe régulièrement à des réunions fixant la ligne éditoriale de ses entreprises.

Plus récemment, en mai 2026, le patron de Canal+, Maxime Saada, a provoqué un scandale. Saada a en effet déclaré ne plus vouloir travailler avec les artistes et techniciens ayant signé la tribune « Zapper Bolloré », lancée pour dénoncer l’emprise grandissante du milliardaire sur la culture, une censure dénoncée notamment par l’actrice Anna Mouglalis aux AMFIS lors du 2ᵉ épisode de l’émission présentée par Mathilde Panot, « En campagne ».

Cette volonté de contrôle et de censure s’applique également à l’édition, comme l’ont rappelé dans la même émission les écrivains Julien Delmaire et Néhémy Dahomey. Illustration : en avril 2026, Bolloré a limogé Olivier Nora, PDG de la maison d’édition Grasset, sur fond de désaccords éditoriaux.

Il faut démanteler l’empire Bolloré

Face à cette mainmise de Bolloré sur la culture et les médias, la résistance s’organise. Plus de 600 professionnels du cinéma, « producteur·ices, distributeur·ices, exploitant·es, cinéastes, technicien·nes, travailleurs et travailleuses du cinéma, et avant tout citoyen·nes », ont rédigé une tribune intitulée « Zapper Bolloré » pour sortir du silence imposé à l’industrie et se rassembler « contre le rachat d’UGC et contre l’emprise grandissante de l’extrême droite sur notre profession ». Dans le domaine de l’édition, plus de 200 auteurs ont quitté Grasset pour protester contre l’emprise du milliardaire.

Un « appel à désarmer l’empire Bolloré » a également été lancé par plusieurs organisations et syndicats, pour « mener partout bataille contre Bolloré : parce que c’est un acteur du ravage écologique, de l’exploitation néo-coloniale mais aussi parce qu’il est devenu en quelques années un levier majeur de la conquête du pouvoir par l’extrême droite ». Parmi les signataires figurent des syndicats, mais aussi des organisations écologistes et anticapitalistes.

Ce combat pour démanteler l’empire Bolloré est également porté par la France insoumise dans son programme pour 2027, « mais il ne faudrait pas qu’on s’arrête à Bolloré », souligne Jean-Luc Mélenchon. En effet, neuf milliardaires détiennent 90 % des médias français, et il faut donc s’attaquer à chacun de ces empires.

Pour cela, « il faut des mesures radicales », avec « une loi de libération des médias » d’urgence pour disloquer les monopoles. Il s’agira ainsi d’empêcher un même groupe de concentrer des médias, et ce quels que soient les supports : terminé le cumul de rédactions de presse écrite, des chaînes de télévision et de radio, et d’entreprises culturelles dans le cinéma ou l’édition… Cette loi empêchera également un même groupe de détenir des activités à la fois dans la production et dans la distribution, à l’image de Vincent Bolloré avec Canal+ et les cinémas UGC.

Cette loi ne se limite pas aux monopoles. La France insoumise propose ainsi, face à l’impuissance de l’Arcom, la création d’un conseil déontologique des médias offrant enfin des recours là où il n’en existe aujourd’hui aucun. De plus, afin de rétablir un audiovisuel public fort, indépendant et capable d’assurer ses missions, les insoumis proposent de rétablir une « redevance télé » progressive et universelle, d’abandonner la réforme de « holding » et d’enfin titulariser les salarié·es précaires.

C’est à ces seules conditions, et en finançant suffisamment l’audiovisuel public, qu’il sera possible de séparer les médias de l’argent et de garantir le droit à l’information.


Par François Delafosse

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