mercredi 2 septembre

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« Il faut en finir avec le monopole des marchés financiers sur la dette ! » – Retrouvez la tribune d’Éric Coquerel

Beaucoup de choses ont été dites sur la dette publique de la France, sur sa « mise au frigo », l’annulation de la partie détenue par la Banque centrale européenne… Une question technique, mais hautement politique, qui fait hurler tous les défenseurs zélés du néolibéralisme depuis que Jean-Luc Mélenchon a défendu cette position. Une position […]

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Beaucoup de choses ont été dites sur la dette publique de la France, sur sa « mise au frigo », l’annulation de la partie détenue par la Banque centrale européenne… Une question technique, mais hautement politique, qui fait hurler tous les défenseurs zélés du néolibéralisme depuis que Jean-Luc Mélenchon a défendu cette position. Une position elle-même défendue par les Insoumis depuis des années, et soutenue par plus d’une cinquantaine d’économistes.

Au-delà de son annulation partielle, cette question en amène d’autres, notamment la dépendance de la France aux marchés financiers, les marges de manœuvre financières pour mettre en œuvre une bifurcation écologique, etc. Le député LFI Éric Coquerel, président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, y revient dans une tribune. Initialement publiée dans Libération, L’insoumission la diffuse dans ses colonnes.

« La dette écologique nous étrangle : ne pas agir maintenant et massivement et il sera trop tard. » – Éric Coquerel

Nous sommes en train de débarquer sur une autre planète. L’été en cours, défiguré par des chaleurs inédites et des catastrophes gravissimes, en est le symptôme criant. Les communes du Porge et de Pomas ont été rasées par le feu et les tornades. La population paie la première le prix de l’inaction et de l’impréparation du gouvernement qui refuse de prendre la mesure de la crise.

Or, prendre la mesure implique de donner des moyens financiers. Et donner des moyens financiers implique de s’endetter et ce même si une autre politique dégageait des marges de manœuvre budgétaires en allant chercher des recettes non dans les poches des retraités, mais dans celles des ultra-riches qui ont bénéficié de cadeaux fiscaux indécents depuis 2017.

Car les sommes nécessaires, et qui ne cessent de s’amplifier au fur et à mesure de l’inaction climatique, sont devenues trop importantes pour éviter de recourir à la dette. Même le rapport Jean Pisani-Ferry – Selma Mahfouz (2023) confirmait que le financement des investissements écologiques doit passer par l’endettement, car « retarder au nom de la maîtrise de l’endettement public des investissements nécessaires à l’atteinte de la neutralité climatique n’améliorerait que facialement la situation, sans aucun bénéfice sur le fond ».

L’institut I4CE (2025) chiffre de 20 à 50 milliards d’euros les dépenses publiques supplémentaires nécessaires chaque année. À l’échelle européenne le rapport Draghi évoquait 800 milliards d’euros voici deux ans. La dette écologique nous étrangle : ne pas agir maintenant et massivement et il sera trop tard. Pour parer au plus pressé et prévoir le nécessaire vital pour l’été 2027, il faut donc des investissements écologiques massifs et immédiats.

La question de qui détient la dette redevient prioritaire

Ce besoin est tel que cette levée d’emprunt ne peut passer par le marché. Qu’on se comprenne : à l’inverse des discours alarmistes sur la dette de ceux qui depuis des années s’en servent de prétexte pour affaiblir les moyens de l’État et des services publics, il n’y avait pas jusqu’alors de problème avec la dette. Chaque levée d’emprunt trouve a minima deux fois plus de préteurs qu’il n’en faut. Ce que d’ailleurs a confirmé le ministre Roland Lescure devant ma commission en juin.

Sauf que la situation internationale et la crise économique entraînent une augmentation des taux d’intérêt qui peut à terme la rendre cette fois insupportable. La question de qui détient la dette redevient du coup prioritaire. Face aux crises qui s’imbriquent nous avons le devoir politique de ne pas lier nos propres mains face aux marchés prédateurs.

Dans les années 2010 et au début des années 2020, face à l’urgence de la crise des subprimes, puis du Covid-19, la Banque centrale européenne (BCE) a accompli l’impensable : contourner l’esprit des traités avec des programmes d’achat de dette des États. La politique monétaire n’est donc affaire que de choix politiques. Or, il est profondément politique – et non technique – de décider de ce qui est ou non une urgence, ce qui nécessite ou non des financements.

Il est devenu vital d’avoir les moyens financiers de répondre à nos besoins. Il est devenu vital que la BCE relance et pérennise un grand programme d’achat de dette des États. Il est également devenu vital que de grands États de la zone euro s’accordent sur l’annulation de la part de nos dettes souveraines détenue par la BCE, comme je l’esquissais déjà dès 2021 dans mon ouvrage Lâchez-nous la dette ! pour nous redonner des marges de manœuvre.

Face à cette alternative, les tenants de l’ordre établi agitent de fausses paniques. Comme ils ont menti en disant que le FMI pourrait intervenir en France, avant de rétropédaler. Comme ils ont menti, en disant que c’est la censure de Michel Barnier qui déstabilise les taux français. Maintenant, ils comparent la France à la Grèce alors qu’on ne parle ni de faillite ni d’annulation totale de la dette et alors que « l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie sont les seuls pays auxquels nous devons nous comparer au vu de la taille de nos programmes de financement », selon les propres mots d’un inspecteur général des finances auditionné par le Sénat en 2022.

Pour aller plus loin : Dette : en finir avec le chantage des marchés

De l’intérêt des marchés et de la bce

Maintenant, ils prétendent que le risque pour la zone euro ou le discrédit face aux marchés viendraient de l’alternative que nous proposons. Pourtant, elle serait précisément dans l’intérêt et de la BCE, et des marchés. De la BCE d’abord, car d’ici à quelques dizaines d’années, elle ne pourra plus respecter son mandat si le sous-investissement écologique nous expose à des dégâts qui font galoper l’inflation. Ses propres travaux documentent ce phénomène. Ce serait également dans l’intérêt des marchés, car pourquoi prêter à des économies qui vont se fracasser sur le mur du dérèglement climatique ? Ce serait dans l’intérêt de tous les pays de la zone Euro, Allemagne comprise, tous confrontés au même problème.

Une fenêtre existe, car le danger pour la zone euro et la crédibilité de la France réside dans le sous-investissement écologique. Encore faut-il essayer de l’ouvrir ce que pour le moment, lorsque je l’ai interrogé en ce sens, le gouvernement se refuse même de tenter. À l’orée du débat budgétaire, je renouvelle cette demande et appelle à faire de cette initiative une priorité à l’égard de nos partenaires européens et de la BCE. Si l’actuel exécutif ne le fait pas, je suis certain que cela restera une question centrale pour le prochain président élu.

Face aux grandes crises, les dépenses d’intérêt général commandent une action coordonnée des pouvoirs publics. L’intervention publique est un choix. Sortir du monopole des marchés financiers sur la dette est un choix. Il y a toujours une alternative. La seule boussole, ce sont les intérêts que l’on défend.

Par Éric Coquerel

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