Retailleau. En septembre 2025, des militants britanniques d’extrême droite ont traversé la Manche pour mener, sur les plages du nord, une véritable « chasse aux migrants ». L’affaire a provoqué l’effroi des associations locales, l’ouverture d’une enquête judiciaire et la publication de vidéos revendicatives. Mais du côté du ministre de l’Intérieur de l’époque, Bruno Retailleau, silence absolu. Pas une réaction, pas un mot. Notre article.
Une nuit d’angoisse sur la côte française
Dans la nuit du 10 septembre 2024, à Grand-Fort-Philippe, près de Dunkerque, le cauchemar commence vers quatre heures du matin. Les bénévoles d’Utopia 56, en maraude comme chaque soir, reçoivent un appel de détresse : une vingtaine de personnes exilées viennent d’être attaquées. Quand ils arrivent, ils trouvent des corps tremblants, des visages blessés, des couvertures arrachées.
Une dizaine d’hommes, jeunes, blancs, ont surgi de plusieurs voitures. Drapeaux britanniques, cris de haine, coups de poing et de pied : une scène d’une brutalité raciste rare. Les assaillants ont volé les gilets de sauvetage, piétiné les sacs, insulté les réfugiés.
Le parquet de Dunkerque a ouvert une enquête pour violences aggravées. Mais pour les associations, ce n’est pas un fait divers : c’est une attaque politique, une tentative d’intimidation contre celles et ceux qui tendent la main.
L’extrême droite britannique revendique sa « chasse aux migrants »
Quelques jours plus tard, l’origine de la violence se confirme. Le 30 septembre, une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux par le UK Independence Party (UKIP), parti d’extrême droite britannique, revendique explicitement l’agression. On y voit une douzaine d’hommes, drapés dans des drapeaux anglais, défiler sur les plages françaises autour d’une banderole : « Les envahisseurs islamistes ne sont pas les bienvenus en Angleterre. »
La mise en scène est grotesque : cris, voix off, slogans. Mais le message, lui, est limpide : des militants britanniques ont franchi la frontière française pour frapper des migrants et filmer leurs basses oeuvres. Leur chef, Nick Marcel Tenconi, n’en est pas à son coup d’essai. Proche des mouvances néonazies anglaises, il s’était déjà illustré par un salut hitlérien lors d’une manifestation anti-immigration à Portsmouth, quelques semaines plus tôt. Dans la vidéo, il promet de « revenir régulièrement » sur les côtes françaises pour poursuivre sa « chasse aux migrants illégaux ».
Une ingérence raciste assumée, commise sur le territoire national, revendiquée par un parti politique étranger. Et pourtant : aucune réaction officielle.
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Le silence accablant de Bruno Retailleau
À cette période, Bruno Retailleau est ministre de l’Intérieur. Le premier flic de France. Le garant de la sécurité intérieure. Le responsable politique chargé de protéger quiconque vit ou transite sur notre territoire. Et pourtant, face à des agressions xénophobes menées par des ressortissants étrangers, il n’a rien fait. Pas de communiqué, pas de déclaration, pas d’enquête publique annoncée. Pas même un mot de solidarité envers les victimes ou les associations attaquées. Ce silence n’est pas anodin : il est politique.
Retailleau, chantre autoproclamé de « l’ordre » et de « la fermeté », choisit de se taire lorsque les agresseurs viennent de son propre camp idéologique. Quand des jeunes de banlieue jettent un caillou, il parle « d’ensauvagement », quand des milices racistes venues d’Angleterre frappent des exilés à Dunkerque, il détourne les yeux.
Le mutisme du ministre résonne comme une faute d’État. Un ministre de l’Intérieur qui ne condamne pas des violences d’extrême droite sur son territoire n’est pas dépassé : il est complice par inertie.
Les associations en première ligne, seules contre la haine
Pendant que Beauvau garde le silence, le terrain, lui, brûle. À Calais, Grande-Synthe, Dunkerque, les bénévoles du Secours catholique, d’Utopia 56 ou de l’Auberge des migrants continuent leurs missions sous la menace. Suivis en voiture, insultés, parfois agressés, ils font face à une haine qui s’organise. Des serrures bouchées à la colle, des cuves d’eau sabotées, des graffitis racistes sur les murs des locaux : une pression permanente, qui se banalise dans l’indifférence.
Malgré tout, les associations continuent d’agir. Sans moyens, sans soutien, sans protection. Elles soignent, nourrissent, abritent, documentent les violences que l’État ignore. Elles sont devenues les seules garantes de la dignité humaine à la frontière française — pendant que celui qui aurait dû incarner la République choisit le silence.
Quand le silence politique nourrit la haine
En refusant de condamner publiquement ces violences, Bruno Retailleau a envoyé un message clair : les coups portés aux exilés ne méritent pas l’indignation nationale. Ce silence a valeur de signal. Il dit aux groupuscules qu’ils peuvent recommencer. Il dit aux bénévoles qu’ils ne seront pas protégés. Il dit, surtout, à la société entière que certaines vies valent moins que d’autres.
Retailleau n’a pas seulement failli à son rôle de ministre : il a trahi ce qu’il prétendait défendre. La République, ce n’est pas une rhétorique de plateau télé sur « l’autorité » et « les valeurs ». C’est un devoir concret : celui de protéger les plus vulnérables. Quand l’État se tait face à la violence raciste, il ne protège plus la République — il la renie.
Par Kaïs