Parkings. Ce jeudi 27 novembre se tiendra la journée d’initiative parlementaire du groupe de la France insoumise – aussi dite « journée de niche parlementaire » – seul jour de l’année où les député·es LFI seront libres d’inscrire leurs propositions à l’ordre du jour de l’Assemblée.
Au programme de cette journée, neuf textes, dont voici la liste, seront défendus par le groupe insoumis : Rejet du traité UE-Mercosur ; Égalité de l’accès au service public postal en outre-mer ; Nationalisation d’ArcelorMittal ; Défiscalisation des pensions alimentaires ; Gratuité des parkings des établissements de santé ; Résolution pour faire respecter le droit international à Gaza ; Suppression de la CSG pour les apprentis ; Abrogation de la réforme des retraites. Parmi eux, cinq ont d’ores et déjà été adoptés en commission sans aucune concession du groupe insoumis, et ce malgré les oppositions de la droite et de l’extrême droite et l’abstention souvent opportune du Parti socialiste.
Aussi, à l’approche de ce jeudi 27 novembre, L’Insoumission vous propose de revenir sur chacun des textes qui seront défendus par le groupe parlementaire insoumis lors de sa niche parlementaire.
La bataille autour de la gratuité des parkings hospitaliers révèle un système où les usagers sont les dernières roues du carrosse. Les témoignages sont nombreux, comme celui de cet homme à Avignon, qui a payé plus de 200 euros de parkings pour rester au chevet de sa femme mourante. Récemment, le Rassemblement national a plagié la proposition de loi insoumise et a tenté d’en défendre une version rabougrie. « Encore une belle carotte de l’extrême droite ! », tançait le député LFI Raphaël Arnault, à la tribune de l’Assemblée nationale.
La gratuité complète des parkings des établissements de santé, défendue par les insoumis, est plébiscitée par… 94 % des Français ! L’insoumis Pierre-Yves Cadalen en sera le rapporteur. Dans la presse, on lit que la ministre de la Santé préfère renvoyer le dossier aux collectivités, esquivant ainsi l’enjeu national que cela peut représenter. Réponse demain dans l’hémicycle ! Notre article.
Un droit à la santé… mis en pièces par le ticket de parking
Dans un pays qui se réclame de l’égalité d’accès aux soins, voir des familles débourser 15 à 20 euros pour accompagner un proche aux urgences relève de l’absurde. Pour beaucoup, ce n’est pas un « service » mais une taxe déguisée : celle du malheur, de la maladie, du handicap ou de la maternité.
La proposition de loi déposée par la FI vise justement à mettre fin à cette absurdité en instaurant la gratuité des parkings dans tous les hôpitaux publics. Le texte, consultable sur le site de l’Assemblée nationale, est clair : il s’agit d’empêcher que « l’accès aux soins soit conditionné à une capacité financière » et de lutter contre des « inégalités territoriales croissantes » en matière de stationnement.
Pourtant, face à cette évidence sociale, la majorité oscille entre frilosité et calcul budgétaire. La ministre renvoie la balle aux villes et aux départements, refusant que l’État s’engage. Selon Midi Libre, elle affirme que « la gestion des parkings relève des collectivités », une pirouette politique à la veille du vote.
Sauf que les collectivités n’ont ni les moyens ni la légitimité politique pour décider seules de ce qui touche à l’accès aux soins, laissant donc une France à deux vitesses, où se garer pour se soigner coûte plus ou moins cher selon le code postal.
Le business des parkings hospitaliers : un modèle lucratif, mais pour qui ?
Ce que le gouvernement esquive soigneusement, c’est la réalité économique derrière ces parkings souvent gérés par des partenaires privés.
Pour les exploitants, les hôpitaux sont un jackpot assuré. Le tout, au nom d’une « gestion externalisée » présentée comme moderne et efficace. En réalité, ce sont des millions d’euros qui échappent aux hôpitaux alors même que ceux-ci manquent de lits, de personnel et de matériel. Cette logique rappelle celle d’autres secteurs où le service public est grignoté par des intérêts privés : on privatise les gains, on socialise les pertes, et les usagers trinquent.
Parkings d’hôpitaux gratuits ? La « carotte » du Rassemblement national
Visiblement en manque d’idées et bon qu’à copier leurs adversaires politiques, le RN n’a rien trouvé de mieux que… de plagier la proposition de loi des insoumis sur les parkings gratuits des hôpitaux. Ce fut lors de leur propre niche parlementaire, datant du 30 octobre 2025. Le député LFI Raphaël Arnault était monté à la tribune afin de débunker, point par point, pourquoi une telle loi n’était qu’une version rabougrie de la proposition insoumise.
Trois raisons : le RN préfère maintenir les contrats avec les opérateurs de stationnement privés comme Q-Park, Indigo ou Effia, malgré leur gavage sur le dos des malades ; une seule place gratuite suffirait à rendre le parking conforme leur loi : ces places gratuites seraient partagés entre patients, visiteurs et personnels, le tout sans savoir qui peut accéder à quelle place.
Patients, proches, soignants : les oubliés du débat
En première ligne, ce sont les familles qui subissent. Les témoignages affluent : parents d’enfants hospitalisés plusieurs mois, aidants passant leurs soirées à l’hôpital, personnes âgées venant à des consultations régulières… Tous racontent la même chose : la facture du parking s’ajoute à celle de l’essence, du temps perdu, de la fatigue.
Pour les soignants, qui peinent déjà à se loger près de leur lieu de travail, la situation frôle l’indécence. Dans certains hôpitaux, les infirmières paient pour venir sauver des vies. D’autres doivent se garer à plus d’un kilomètre faute de places. La crise de la vocation n’a pas besoin d’un ticket de parking supplémentaire.
Un vote décisif, un symbole politique
La gratuité n’est pas une utopie : elle existe déjà dans plusieurs CHU, et n’a jamais mis en péril leurs finances. L’obstacle est seulement politique, non technique. Le vote du 27 novembre sera révélateur : d’un côté, l’idée qu’on ne devrait pas payer pour accéder aux soins ; de l’autre, la vision d’un système où tout ce qui n’est pas strictement médical peut être marchandisé. La majorité renverra-t-elle la responsabilité aux collectivités pour éviter d’assumer une mesure populaire, mais coûteuse ? Ou reconnaîtra-t-elle enfin qu’un hôpital est un lieu de solidarité, pas un centre commercial ?
Au-delà des parkings : repenser l’hôpital comme bien commun
La question du stationnement n’est que la partie visible d’un problème profond : l’hôpital public est traité comme une entreprise. Chaque espace devient une source potentielle de revenus. Chaque difficulté, un coût à minimiser. Réintroduire la gratuité des parkings, c’est envoyer un message clair : les hôpitaux ne sont pas des machines à cash. Ils sont le cœur battant du service public. Et le service public ne doit pas faire payer la maladie.
Par Antoine Tamberi