Rouen/Extrême droite. Le samedi 18 octobre, environ 150 militants identitaires ont participé à la « Marche des Normands ». Une fois de plus, la préfecture de Seine-Maritime a permis aux fascistes de déambuler dans les rues de Rouen aux cris de « Remigration ». Mais, en parallèle, une contre-manifestation antifasciste a réuni près de 800 personnes sous un mot d’ordre : ne pas laisser les fascistes déambuler tranquillement dans les rues. Notre article.
Une extrême droite de plus en plus décomplexée et violente
Depuis quelques années, la présence des groupuscules d’extrême droite se fait de plus en plus remarquer à Rouen, et s’est même accentuée ces derniers mois dans les rues de la ville. On voit de plus en plus d’affiches et d’autocollants des Normaux, groupuscule identitaire local, mais également de l’Action française. Les actions de propagande sont de plus en plus fréquentes.
Plus inquiétant, l’extrême droite ne peut s’empêcher de mettre au grand jour sa nature violente, en témoignent trois attaques des fascistes dans des bars au mois de septembre. Rue Cauchoise, un patron de bar a tenté de s’interposer entre des supporters de foot fascistes qui agressaient d’autres supporters qu’ils avaient reconnus. Il a été violemment frappé et a dû être en incapacité temporaire de travail (ITT). N’oublions pas que c’est dans cette rue que se trouve le Mora, un bar identitaire qui a notamment été épinglé en juin 2024 pour avoir tenté d’organiser une soirée xénophobe nommée « Ausländer raus », soit « Les étrangers dehors ».
Cette année encore, les militants identitaires ont pu organiser la « Marche des Normands », une marche qui instrumentalise et réécrit l’histoire normande pour permettre à l’extrême droite de marcher dans les rues de Rouen et crier leur propagande de haine. Cette instrumentalisation de la culture a d’ailleurs été dénoncée par des historiens et professeurs de l’Université de Rouen.
Pour aller plus loin : Des eurodéputés d’extrême droite veulent classer les antifascistes comme terroristes

Une marche fasciste rendue possible avec l’aide de la préfecture
La préfecture de Seine-Maritime a estimé qu’il n’était pas nécessaire d’interdire la marche fasciste sous prétexte qu’il n’y avait pas de risque de troubles à l’ordre public. Partis de la tour Jeanne d’Arc, les identitaires ont pu défiler dans les rues de Rouen jusqu’à l’Hôtel-de-ville, en passant par la cathédrale.
Un dispositif policier important a été mis en place, non pas pour surveiller les identitaires et leurs possibles agressions, mais bien pour leur permettre de déambuler dans les rues de Rouen et de bloquer la contre-manifestation antifasciste à chaque entrée de rue. Combien ce dispositif a coûté à la société pour permettre à des identitaires de sauter et crier « Qui ne saute pas n’est pas Normand ».
Cependant, outre leur chant ridicule, les identitaires ont bien révélé ce qui est au cœur même de leur doctrine : la violence. Au départ de la manifestation antifasciste, un barrage de policiers a bloqué une rue importante de Rouen pour l’empêcher de passer. C’est à ce moment qu’à l’arrière du cortège bloqué par la police, quatre militants identitaires ont violemment agressé quatre manifestant·es. Un policier en civil qui se trouvait aux abords de l’agression n’a pas jugé bon d’intervenir. Une enseignante violemment frappée a dû se rendre aux urgences : il n’est pas intervenu, il a laissé les fascistes agresser femmes et hommes.

Pour cause, dans le parc de l’Hôtel-de-ville, les fascistes s’en sont pris à des personnes racisées. Qu’ont fait les forces de l’ordre ? Arrivés lourdement équipés avec boucliers, LBD et gazeuses, ils ont chassé les habitués du parc, faisant même parfois usage de la force. Pourquoi interdire aux usagers du parc l’accès à cet espace public s’il n’y avait aucun risque de trouble à l’ordre public ? Les libertés d’expression et de déplacement ne sont-elles aujourd’hui réservées qu’aux fascistes ?
En marge de la manifestation, deux touristes venus des États-Unis ont interpellé un militant insoumis. Ils ne comprenaient pas pourquoi il y avait deux manifestations et que seule une était encerclée par la police. Le militant leur a donc expliqué la situation et les deux touristes états-uniens lui ont dit que chez eux, c’était la même situation avec les manifestations trumpistes : on laisse l’extrême droite marcher tranquillement, mais on encercle et réprime les manifestations antifascistes.
Se pose donc aujourd’hui un constat : cette marche fasciste et les agressions en marge ont été permises par la complicité de l’État. La France déteint sur les pays dirigés par l’extrême droite où les militants de gauche et antifascistes sont réprimés.
L’heure de la riposte antifasciste
En parallèle de la marche des identitaires, il y avait donc ce cortège antifasciste. Bien que la police ait tenté de retenir cette contre-manifestation, celle-ci a bien eu lieu et a permis d’expliquer aux passants que ce soir-là, dans leur ville, la préfecture avait permis à des fascistes de déverser leur haine dans les rues de Rouen.
Mais finalement, la marche des identitaires est un échec, avec beaucoup moins de participation que les autres années. Quant à la contre-manifestation antifasciste, elle constitue une victoire. L’antifascisme continuera de s’organiser à Rouen pour ne pas laisser la rue à celles et ceux qui veulent propager la haine, la violence et la division.
Par Ilan Laudrel