Extrême droite. Le Rassemblement national et ses alliés européens ont franchi un nouveau cap. Une motion de résolution visant à faire inscrire les antifascistes comme organisation terroriste a été déposée au Parlement européen ce 1er octobre par Tom Vandendriessche, eurodéputé du Vlaams Belang des Patriotes pour l’Europe. Une initiative soutenue par 79 parlementaires européens, issus de 4 groupes et 20 pays, dont plusieurs membres du RN.
L’extrême droite européenne n’invente rien, c’est une tentative de copier l’autoritarisme trumpiste. Une semaine après l’assassinat de l’influenceur fasciste Charlie Kirk aux États-Unis, Donald Trump a annoncé le classement du mouvement antifasciste, « une catastrophe de la gauche radicale, malade et dangereuse, comme organisation terroriste » le 17 septembre. Le 26 septembre, Viktor Orbán fait la même chose en Hongrie. Les Pays-Bas aussi.
La démarche est claire, il s’agit d’instrumentaliser la qualification de terrorisme pour criminaliser celles et ceux qui combattent le fascisme et détourner l’attention des vraies menaces. Derrière la mise en scène demeure une réalité que le RN préfère taire : dans les années 2010, des cadres ont été cités dans des affaires liées à Daech. Partout, les chiffres convergent et démontrent l’ampleur alarmante de la menace du terrorisme d’extrême droite. Notre article.
Une offensive politique autoritaire copiée sur le trumpisme
Tom Vandendriessche a annoncé le dépôt de la motion de résolution sur X. Dans une vidéo en flamand néerlandais, il explique : « Antifa n’est pas un mouvement de protestation de gauche normal, mais un réseau terroriste qui dispose d’un réseau international, soutenu, financé et protégé par le système pour combattre l’opposition nationaliste par la violence ». Une construction délirante destinée à justifier une offensive politique.
Jean-Paul Garraud, président de la délégation française de Patriotes pour l’Europe, a annoncé signer la motion de résolution. Deux autres motions similaires avaient été déposées en juin 2020 et en mars 2023, mais elles ne s’étaient pas concrétisées en proposition de résolution. Malgré les 79 signataires cette fois-ci, il est peu probable que cette motion de résolution soit inscrite à l’ordre du jour, qui ne devrait pas passer la Conférence des présidents.
Même s’il s’agit dans l’Union européenne d’un coup de communication qui a peu de chance d’aboutir, il déplace la fenêtre d’Overton et habitue l’opinion à l’idée qu’on puisse traiter l’opposition comme terroriste. Laisser passer, c’est ouvrir la voie à des durcissements très concrets demain, comme c’est déjà le cas aux États-Unis, en Hongrie et aux Pays-Bas. Malte Kaufmann de l’AfD allemande a également déclaré que son parti désignera les antifas comme groupe terroriste s’il accède au pouvoir lors des prochaines élections.
La menace terroriste réelle vient de l’extrême droite
Pendant que l’extrême droite multiplie les effets d’annonce contre les antifascistes, le vrai terrorisme avance. Récemment, treize membres du groupe clandestin AFO ont été condamnés à des peines allant jusqu’à deux ans de prison ferme. Leur projet était d’attaquer des mosquées et d’empoisonner de la nourriture halal. Sans que cela soit relayé dans la presse et les médias mainstream, neuf de ces treize apprentis-terroristes ont été militants, cadres ou candidats du Front National (FN). En 2021 déjà, la DGSI alertait sur une menace « réelle et persistante », rappelant qu’une dizaine de projets d’attentats d’extrême droite avaient été déjoués depuis 2017.
Pour aller plus loin : Terrorisme d’extrême droite : une complaisance d’État face à l’extension du champ fasciste
En Europe, le constat est tout aussi alarmant. Les rapports annuels d’Europol montrent que les arrestations liées à l’extrême droite ne cessent d’augmenter, notamment en France et en Allemagne. Dans ce pays, les services de renseignement estiment que 33 000 personnes étaient affiliées à l’extrême droite radicale en 2022, dont 40% considérées comme violentes. C’est une base militante de masse qui nourrit les groupuscules radicaux et qui alimente les projets terroristes.
Aux Etats-Unis, le FBI et la Département de la Sécurité intérieure affirment que les suprémacistes blancs représentent la menace terroriste la plus présente et la plus létale. En 2019, neuf attaques sur dix venaient de l’extrême droite. Et selon l’Anti-Defamation League, entre 2011 et 2020, 75 % des meurtres liés à l’extrémisme ont été commis par des suprémacistes blancs. Ces attentats visent principalement les communautés juives, musulmanes et LGBTQIA+.

Criminaliser les antifas pour protéger l’extrême droite
Voilà le sens de la manœuvre. Le RN n’a aucune leçon à donner en matière de terrorisme, ce parti dont des cadres ont été cités dans l’affaire Lafarge et Daech. En 2017, Mediapart a révélé que la multinationale avait versé plusieurs millions de dollars à Daech et à al-Nosra pour maintenir ouverte son usine syrienne entre 2013 et 2014. En 2018, Libération et StreetPress ont montré que Jean-Claude Veillard, alors directeur sûreté de Lafarge et candidat FN à Paris en 2014, avait joué un rôle central dans la supervision de ce dispositif. En 2022, la justice américaine a confirmé l’ampleur du scandale : Lafarge a plaidé coupable de financement du terrorisme et payé une amende de 778 millions de dollars.
Qualifier les antifascistes de terroristes, c’est inverser les rôles. C’est criminaliser les résistants pour mieux protéger les violents. C’est détourner l’attention des dangers réels et habituer l’opinion à une répression politique autoritaire. Plutôt que de regarder du côté des suprémacistes qui organisent des attentats, recrutent par milliers et assassinent, l’extrême droite préfère pointer du doigt celles et ceux qui leur résistent.
Pour aller plus loin : Retailleau engage la dissolution de la Jeune Garde et d’Urgence Palestine
En France, la dissolution de la Jeune Garde Antifasciste s’inscrit dans cette logique. La droite et l’extrême droite s’associent pour qualifier l’antifascisme de menace en banalisant l’outil administratif de répression politique. L’antifascisme n’est rien d’autre que la lutte contre le fascisme, menace pour la vie et la liberté de chacun.
Par Camille Karlin