dimanche 19 juillet

21:34

Grèce – Grève générale contre le nouveau projet austéritaire de réforme du travail

Grèce. À l’appel de l’intersyndicale grecque, une grève générale de 24 heures a été lancée dans l’ensemble du pays ce 1er octobre pour contester un projet gouvernemental de réforme du travail qui prévoit notamment l’allongement des journées de travail jusqu’à 13 heures. Aux côtés des revendications des travailleurs et travailleuses grecs, la solidarité à la […]

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Grèce. À l’appel de l’intersyndicale grecque, une grève générale de 24 heures a été lancée dans l’ensemble du pays ce 1er octobre pour contester un projet gouvernemental de réforme du travail qui prévoit notamment l’allongement des journées de travail jusqu’à 13 heures. Aux côtés des revendications des travailleurs et travailleuses grecs, la solidarité à la Palestine et à la Global Sumud Flotilla se fait remarquer. Reportage de notre reportrice à Athènes.

Une nouvelle attaque du Ministère du Travail grec

Dans un contexte d’austérité consécutif à la crise économique grecque de 2010, le Ministère du Travail annonce à nouveau une dégradation générale des droits et des conditions de vie des travailleurs et des travailleuses. La réponse du peuple grec est unanime : « Nous sommes des humains, pas des machines ! ». En effet, ce projet ironiquement nommé « Fair Work For All » repose sur 8 piliers dont l’objectif final est la « simplification » et la « modernisation ».

Parmi les mesures annoncées : allongement des journées légales de travail jusqu’à 13 heures par jour pour un même employeur dans certaines configurations, instauration d’une flexibilité des emplois du temps qui pourrait permettre aux employeurs d’annoncer les horaires de travail à très court préavis ou encore légalisation des contrats « zéro heure » sans garantie de temps de travail minimum, répondant seulement aux besoins de l’employeur. Le gouvernement de Kyriakos Mitsotakis justifie ces réformes par « l’alignement sur les standards européens ».  

Ce nouveau projet de réformes est le troisième porté par le gouvernement conservateur Nouvelle Démocratie, les deux premiers n’étant pas arrivés à atteindre leurs objectifs. Alors même que les salaires grecs sont parmi les plus bas de la zone euro, le gouvernement actuel poursuit les logiques néolibérales en encourageant la compétition et la rentabilité pour séduire les investisseurs au détriment des salarié.es Le projet permettrait même aux employeurs de réduire les cotisations patronales sur les heures supplémentaires, les jours fériés et le travail de nuit, fragilisant aussi le financement des retraites. 

Les syndicats dénoncent « une attaque sans précédent contre le monde du travail » qui viendrait renforcer dangereusement la précarisation des salarié.es. Les cadres de négociations collectives se retrouvent affaiblis, puisque la nouvelle organisation du temps de travail est directement négociée entre salariés et employeurs et renforce les contrats de travail individuels. Pour Dimitris, ouvrier de 39 ans syndiqué, le droit du travail est déjà peu respecté en Grèce et ce projet de loi pourrait conduire à une « exploitation légalisée » des salarié.es, notamment dans le secteur ouvrier où la main d’œuvre employée est principalement immigrée.  

Pour aller plus loin : Privatisation de l’eau : en Grèce, la lutte pour protéger ce bien commun

La contestation populaire des politiques austéritaires 

Face à ces mesures, les syndicats s’organisent autour de mots d’ordre : 7 heures par jour ; 5 jours par semaine ; 35 heures de travail au total. À ces derniers s’ajoutent également des revendications de hausse des salaires et de restauration des salaires bonus (13e et 14e mois), supprimés par les mémorandums imposés par la Troïka (Banque centrale européenne, Commission européenne et Fonds Monétaire International) après 2010. Plus que des revendications spécifiques aux travailleur.euses, ces mesures incarnent la volonté de l’ensemble du peuple grec de construire une alternative aux politiques d’austérité. 

Depuis sa mise en consultation publique le 25 août, ce projet a déjà donné lieu à la mobilisation de milliers de personnes dans la rue : jeunes, retraité.es, professeur.es, ouvrier.es, personnel médical, chômeur.euses… se retrouvent pour revendiquer l’amélioration de leurs conditions de vie. Aujourd’hui, des manifestations ont éclaté dans toute la Grèce à l’appel de l’intersyndicale. À Athènes, tous convergent vers Syntagma, la place du Parlement, lieu habituel d’expression de la colère sociale. 

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Une mobilisation marquée par la solidarité au peuple palestinien

Dans les cortèges, les slogans contre le génocide palestinien se mêlent aux cris de protestation contre le gouvernement grec. Étudiante de 18 ans, Cléo fait le lien entre ce projet de loi et la militarisation de l’économie. D’après elle, l’industrie de guerre est en plein essor en Grèce, comme dans de nombreux pays européens, et les politiques austéritaires du gouvernement serviraient un « capitalisme militarisé ». Elle explique que cette préparation à l’effort de guerre affecte les salarié.es, qui doivent travailler plus encore pour alimenter les fonds militaires.

Mais la solidarité internationale avec le peuple palestinien se retrouve dans chaque cortège, en témoigne la multitude de drapeaux palestiniens qui flottent aux côtés des pancartes. Un barnum pour visibiliser la Global Sumud Flotilla, à bord de laquelle se trouvent 4 parlementaires de la France insoumise, est également installé sur le trajet de la manifestation. Là-bas, les militant.es cherchent à informer sur la complicité du gouvernement grec dans le génocide palestinien, mais aussi à établir une veille pour les flottilles. Ils et elles proposent l’organisation d’une réaction immédiate en cas d’attaque israélienne sur l’un des bateaux. 

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La jeunesse en tête de la mobilisation

Les étudiant.es et jeunes sont très nombreux à manifester dans les rues d’Athènes. Interrogée sur la question, Cléo évoque ses inquiétudes sur les conséquences que pourrait avoir ce projet de loi sur les jeunes. Pour elle, il est important de manifester pour « casser cette routine qu’est le système dans lequel on vit, qui nous prive de nos parents surchargés par le travail ». En Grèce comme en France, la jeunesse est la cible privilégiée des coupes budgétaires. Mais elle est aussi la première à se mobiliser pour battre le pavé aux quatre coins du pays. 

Le refus international des politiques néolibérales

Arrivé.es à la place du Parlement, les slogans s’intensifient pour affirmer que le peuple ne cédera pas face aux tentatives du gouvernement de le réduire à une machine au service des profits du patronat. La résistance grecque s’affirme autour de la solidarité et la dignité de tous et toutes, des termes qui résonnent jusqu’en France. En effet, une résistance internationale à l’attaque frontale menée sur les services publics et les politiques sociales au profit de la militarisation semble peu à peu se dessiner au-delà des frontières nationales. 

Par Clara E.

Crédits photo : Clara E.

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