Changement climatique

+4°C en 2100 : face au changement climatique, Macron capitule

Changement climatique. Pour s’adapter à une augmentation des températures de 4°C d’ici à 2100 en France, le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu a un plan. Il le présente lors d’une interview au Journal du Dimanche (JDD) ce 21 mai 2023. Ce plan est constitué de… « conseils et de recommandations pour tous les acteurs ». Ah, si seulement cet homme pouvait signer un projet de loi contraignant pour changer radicalement nos modes de vie et de production. Deux jours plus tard, la Première ministre présente son plan afin de doubler la réduction des émissions de gaz à effet de serre de la France d’ici à 2030. Bilan : pas vraiment de mesures concrètes, pas de bifurcation écologique à l’horizon.

Voilà le paradoxe de la macronie. Elle se réjouit d’un plan d’adaptation à l’augmentation de 4°C des températures d’ici à 2100 en France. Un scénario beaucoup plus modéré que ce qu’elle dit : les scénarios les plus pessimistes vont jusqu’à +6,7°C. Et « en même temps », la minorité présidentielle ne met pas en œuvre des mesures radicales pour s’attaquer aux racines mêmes du dérèglement climatique. Problème : plus la réduction de gaz à effet de serre est retardée, moins l’adaptation sera possible. Le camp présidentiel condamne in fine son plan à devenir caduc, tout en se rendant coupable d’inaction climatique. Comme une impression de capitulation.

Plus largement, comme croire à la sincérité du soi-disant « champion de la terre », au vu de son bilan en matière d’écologie ? Propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat à la poubelle, condamnation par la justice pour inaction climatique, 89 mesures négatives contre le climat durant son premier quinquennat… La liste est longue. Pourtant, les solutions sont sur la table : planification et bifurcation écologiques, écologie populaire, cibler les assistés d’en haut et les multinationales climaticides, les véritables responsables de la catastrophe climatique. Parce que l’écologie sans lutte des classes, c’est du jardinage. Notre article.

Face à l’urgence, le gouvernement dissocie adaptation au changement climatique et nécessaire bifurcation écologique

Tam-tam. Tam-Tam. Sortez tambours et trompettes. Le gouvernement présente en cette semaine du 22 mai 2023 un plan pour s’adapter au changement climatique. Sur la base de quel scénario ? +4°C d’ici à 2100. Dans une longue interview au Journal du Dimanche (JDD, 21 mai 2023) Christophe Béchu, ministre de la Transition Écologique, le présente en grande pompe. En résumé ? Des « conseils et des recommandations pour tous les acteurs ». Si seulement cet homme pouvait faire signer une proposition de loi, pas seulement donner des conseils.

Pour aller plus loin : Manif pour tous, pro nucléaire : qui est Christophe Béchu, le nouveau ministre de l’Écologie ?

Ce 24 mai 2023, Élisabeth Borne présente son plan afin de doubler la réduction des émissions de gaz à effet de serre devant le Conseil national de la transition écologique (CNTE). Rien de concret, selon Anne Bringault, directrice des programmes au Réseau Action Climat, présente à cette réunion (Reporterre), à part l’installation de bornes électriques pour voiture en vue de la fin des voitures thermiques d’ici à 2035.

Pas de détails sur les niches fiscales sur le transport aérien et l’arrêt des extensions d’aéroports. Pas de réponse concrète sur la rénovation énergétique des bâtiments. Pas de précisions sur l’évolution de notre modèle agricole. Surtout, pas d’explications sur comment ces mesures seraient financées. La planète brûle, mais le gouvernement ne retrouve pas ses fiches ? Au vu du peu d’ambition de leurs mesures écologiques, on a l’impression que le gouvernement capitule face à l’urgence.

Emmanuel Macron et ses obligés ne prennent toujours pas la mesure de la catastrophe climatique. Ils dissocient une adaptation nécessaire à la part du changement climatique déjà irréversible et une nécessaire bifurcation écologique pour éviter d’aggraver la situation actuelle. Le gouvernement envisage un scénario d’adaptation à +4°C ? En ne proposant que des mesurettes au très faible impact sur les émissions de gaz à effet de serre, ce scénario pourrait être bien pire. « Le scénario utilisé par le gouvernement est très modéré », rappelle Clémence Guetté, députée LFI-NUPES.

Au vu de la trajectoire actuelle, +4°C est un scénario réaliste, et non pessimiste comme l’affirme Christophe Béchu. « Dans le scénario pessimiste : la température moyenne atteindrait +6,7°C en moyenne d’ici 2100 », rappelle Clémence Guetté. Voilà le problème de la macronie : l’hypocrite présentation d’un plan au mieux insuffisant, au pire mort-né. En effet, ce plan d’adaptation a pour cadre une hausse des températures de 4°C. Pourtant, celle-ci pourrait aller jusqu’à +6,7° en 2100. Surtout si d’ici là, le gouvernement continue de faire l’autruche en matière de baisse des émissions de gaz à effet de serre. Car adaptation et bifurcation sont des vases communicants. Plus la nécessaire bifurcation écologique est retardée, plus l’ampleur du changement climatique sera importante, moins l’adaptation sera possible.

Plus largement, comment les croire ? Comment peut-on croire à la sincérité du soi-disant « champion de la terre », au vu de son bilan en matière d’écologie ?

Comment croire en la bonne volonté du soi-disant « champion de la terre » ?

Comment ne pas croire à autre chose qu’une énième opération de communication sur ce sujet majeur ? Le greenwashing porté par le chef de l’État commence dès la première année de son élection, en 2017. Cette année-là, les États-Unis sortent des accords de Paris sous la présidence du climatosceptique Donald Trump. Emmanuel Macron lance un appel, le fameux « Make our planet great again », en réponse au slogan de campagne du président américain « Make America great again ». En 2018, grâce à cet appel, le chef de l’État reçoit le prix de « champion de la terre ». La suite est connue.

En 2019, Emmanuel Macron convoque la fameuse Convention Citoyenne pour le Climat. Durant neuf fois, 150 citoyens tirés au sort réfléchissent à des solutions pour amorcer rapidement une bifurcation de notre économie. Au sortir de cette expérience délibérative, les citoyens proposent 149 mesures. Celles-ci correspondent d’ailleurs à 90% à celles présentes dans l’Avenir en commun, le programme de Jean-Luc Mélenchon lors de l’élection présidentielle de 2022. Emmanuel Macron promet de reprendre 146 mesures et d’avoir 3 jokers. Au final, seulement 10% des propositions sont retenues par le gouvernement. Derrière cette trahison, plane l’ombre d’une certaine… Élisabeth Borne, à l’époque ministre de la Transition écologique.

Comment croire en la bonne volonté du soi-disant « champion de la terre », alors que la justice pointe son inaction climatique ? Dans une décision rendue le 10 mai 2023, le Conseil d’État, plus haute instance administrative, somme le gouvernement de « prendre toutes les mesures supplémentaires utiles » afin d’assurer la « cohérence » du rythme de baisse des émissions de gaz à effet de serre avec les objectifs de la France (Le Monde). Ce, d’ici le 31 décembre 2023, au plus tard le 30 juin 2024. Pour rappel, la France a été condamnée deux fois pour son inaction climatique en 2020 et 2021. Tic-tac, tic-tac.

Le bilan d’Emmanuel Macron dans la lutte contre le dérèglement est médiocre. Le Réseau Action Climat, fédération d’associations nationales et locales luttant contre les causes des changements climatiques, dresse un bilan peu glorieux sur le quinquennat de 2017-2022 sur le climat. Ils le résument adroitement avec la formule « un pas en avant, deux pas en arrière ».

De son côté, Reporterre dénombre 89 mesures négatives pour le climat mis en place par le chef de l’État lors de son premier quinquennat. Enfin, en novembre 2022, la macronie balaie par 49.3 12 milliards d’euros pour la rénovation énergétique des bâtiments. Une mesure portée par NUPES. Elle aurait été la plus grande avancée écologique depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron. Et maintenant, le chef de l’État serait devenu un grand écologiste ?

Planification et bifurcation écologiques, écologie populaire, cibler les responsables de la catastrophe : les solutions sont sur la table

Que faire ? Les solutions sont pourtant sur la table. Contre des mesurettes peu ambitieuses, les insoumis et leurs partenaires de la NUPES défendent une mesure-clé : la bifurcation écologique, par la planification et la « règle verte ». Pour faire face à l’urgence climatique, il faut sortir de la doctrine qui l’a engendrée. À savoir, le système productif capitaliste.

La planification écologique est une idée révolutionnaire. Elle suppose d’affirmer clairement la supériorité d’une mode de gestion collectif et démocratique de l’économie, sur un mode de gestion privé fondé sur la recherche des bénéfices infinis. Sa boussole ? La « règle verte », défendue par Jean-Luc Mélenchon depuis plus de 10 ans. Elle vise à interdire de prélever chaque année plus de matières premières que la Terre est capable de reconstituer en un an,

Enfin, il faut cibler les premiers responsables de la catastrophe : les 63 milliardaires, polluant davantage que 50% des Français. Les ultra-riches et leurs vies luxueuses sont extrêmement polluants, beaucoup plus qu’un travailleur qui n’a d’autres choix que de consommer de l’essence pour se déplacer. D’après une étude publiée par Oxfam et Greenpeace en 2022, « les milliardaires français brûlent la planète ».

Pour aller plus loin : 63 milliardaires polluent plus que 50% des Français

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Quelques chiffres doivent être rappelés. 3 milliardaires polluent à eux seuls autant que 20% des Français. Leurs noms diront quelque chose aux lecteurs assidus de l’insoumission. fr : Gérard Mulliez, PDG de Auchan, Rodolphe Saadé, détenteur de trois quarts des parts de l’armateur CMA CGM et Emmanuel Besnier, PDG de Lactalis. L’écologie sans lutte des classes, c’est du jardinage. Selon Oxfam France, « la fiscalité carbone pèse proportionnellement quatre fois plus sur les 20 % de foyers les plus précaires que sur les 20 % de ménages les plus riches ». Cherchez l’erreur.

Parce que les milliardaires polluent le plus, le poids de cette bifurcation doit reposer en premier sur eux. Pour répondre à cet impératif, les insoumis et leurs partenaires défendent une écologie populaire. Ils proposent deux mesures : instaurer une « TVA grand luxe » et rétablir l’impôt sur la fortune, en rajoutant un volet climatique. Qui vient d’ailleurs de proposer l’établissement d’un impôt exceptionnel sur les plus riches pour financer la transition écologique ? L’économiste Jean Pisany-Ferry, l’un des principaux artisans du programme présidentiel d’un certain… Emmanuel Macron en 2017.

Pour aller plus loin : Canicule : les 100 multinationales responsables de plus de 70% des émissions de gaz à effet de serre

Les autres responsables de la catastrophe : ces 100 multinationales produisant à elles seules 71% des émissions de gaz à effet de serre mondiales. Dans les premières de la liste, des compagnies pétrolières comme TotalÉnergies ou la Saudi Arabian Oil Company. Que prône le GIEC contre ces super-pollueurs. ? Couper immédiatement les subventions aux industries fossiles. Il y a urgence : l’accumulation infinie du capital est en train de tuer la planète et ses habitants. Le combat écologie est indissociable de la bataille anticapitaliste. L’écologie sans lutte des classes, c’est du jardinage. Il est temps de sortir de cet avion allant droit vers le crash.

Par Nadim Février