Retraites : Macron recadré par le président du Conseil d’orientation des retraites (COR)

« Les dépenses de retraites sont relativement maîtrisées, dans la plupart des hypothèses, elles diminuent à terme » : qui tient un tel discours, à contre-courant de la panique du camp présidentiel sur notre système de retraite ? Pierre-Louis Bras, président du Conseil d’Orientation des Retraites (COR), rattaché… à Matignon. Hier, 19 janvier 2023, alors que plus de 2 millions de personnes ont manifesté contre la retraite à 64 ans, défendue bec et ongles par le gouvernement, le président du COR était auditionné par Éric Coquerel (LFI) au nom de la Commission des finances à l’Assemblée nationale.

Une parole rare. Par ses mots, il a contrecarré l’idée reçue selon laquelle chaque camp politique cite le COR comme ça l’arrange. Il l’a confirmé lui-même : non, il n’y a pas de justification économique à décaler la retraite à 64 ans. La macronie va-t-elle dénoncer le gauchisme économique de Pierre-Louis Bras ?

En décembre 2022, nous avions publié dans nos colonnes un article de Désintox économique en nous basant sur le rapport du COR. Ce dernier tord le cou au discours alarmiste sur le financement de notre système de retraite. Le camp présidentiel l’a-t-il vraiment lu ? À l’insoumission, nous en doutions. Nous en doutons toujours. Vont-ils maintenant dire au président du COR qu’il a mal lu le rapport qu’il a validé ? Notre brève.

« Les dépenses de retraites sont relativement maîtrisées, dans la plupart des hypothèses, elles diminuent à terme »

Le président du COR sonne la fin des larmes de crocodiles macronistes sur « notre système de retraite en danger qu’il faut sauver », soi-disant. Certains journalistes politiques, lassés d’entendre beaucoup de responsables politiques citer le rapport du COR pour justifier leurs positions, se demandaient pourquoi aucun de ses responsables n’était entendu. C’est chose faite désormais.

Hier à l’Assemblée nationale, alors que 2 millions de personnes s’étaient mobilisées contre la réforme des retraites du gouvernement, le président du COR était auditionné à l’Assemblée nationale. « Les dépenses de retraites sont relativement maîtrisées, dans la plupart des hypothèses, elles diminuent à terme » : le propos est clair. Contrairement à ce que crie le camp présidentiel sur tous les plateaux, il n’y a pas de justification économique à réformer notre système de retraite.

Pour aller plus loin : Désintox économique : la retraite à 65 ans ? Le Conseil d’orientation des retraites (COR) tacle Macron

« En repoussant l’âge on fait des économies sur les retraites, mais ça provoque des dépenses ailleurs »

On pouffe. La gouvernement souhaite mener cette réforme à son terme pour faire des économies sur les retraites. Plutôt faire trimer les gens jusqu’à 64 ans que d’augmenter les salaires (et ainsi les cotisations), que de payer les femmes autant que les femmes ou que de taxer le capital par une taxe de 2% sur la fortune des 42 milliardaires français. Une telle suffirait en effet à financer le faible déficit de notre système de retraite (10-12 millards).

Mais en voulant faire des économies sur les retraites en décalant l’âge légal à 64 ans, le gouvernement va créer… de nouvelles dépenses ailleurs, comme de nouvelles dépenses de santé. Il y a une certaine logique : plus on fait travailler les gens longtemps, surtout pour des métiers pénibles, plus il y a des risques qu’ils se blessent davantage. L’audition du président du COR, comme la mobilisation historique contre la retraite à 64 ans, sont deux énormes grains de sables dans la communication gouvernementale. Le camp présidentiel ne peut plus rester dans le déni. La mobilisation va désormais se poursuivre. Rendez-vous le 21 janvier dans la rue, aux côtés des organisations de jeunesse.