Coupures d’électricité : « des écoles vont fermer mais les jets privés vont voler », Clémence Guetté démolit Macron

Coupures d’électricité. Alors que nos écoles, nos hôpitaux, nos transports, les services publics du pays sont gravement menacés par les coupures qui se profilent cet hiver, les jets privés continuent à voler et des publicités géantes sont toujours allumées. En macronie, le profit d’une poignée d’assistés d’en haut passe avant l’intérêt général humain. Et Emmanuel Macron est directement responsable de la situation. Alstom, Naval Group, Photowatt… Depuis qu’il a été propulsé par François Hollande dans le champ politique, Emmanuel Macron a sacrifié notre industrie. À contre sens de ses délocalisations, la députée LFI Clémence Guetté lui a adressé ce lundi 5 décembre une magistrale leçon de planification écologique dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. La voici.

Coupures : Clémence Guetté démolit Macron

Avec ce projet de loi, vous nous demandez à nouveau d’entériner la pagaille et l’improvisation sous le couvert de l’urgence – énergétique, cette fois. Votre impréparation est telle que vous nous annoncez de prochaines fermetures d’écoles, faute d’électricité ! Les jets privés continueront de voler, les panneaux publicitaires demeureront allumés, mais aux parents d’élèves, informés la veille pour le lendemain, il ne restera d’énergie que celle du désespoir.

Face à l’urgence, donc, le projet de loi que vous consacrez aux énergies renouvelables consiste pour l’instant en un micmac administratif peu intelligible et cruellement dénué de vision politique. Au menu, dérogations à tire-larigot et planification sans plan ! Il suffira d’un exemple pour illustrer l’esprit du texte : vous prévoyez – c’est même, à vrai dire, le dispositif central de votre grande ambition planificatrice – des zones d’accélération de la production d’énergies renouvelables.

Or rien n’est prévu afin de s’assurer qu’elles accueillent des installations qui concourent à nous faire atteindre nos objectifs de production ; rien n’interdit non plus que des installations de production d’énergies renouvelables soient implantées hors de ces zones. La raison d’être du dispositif se trouve donc dans la toile de fond de votre texte, l’idéologie du Gouvernement, l’obsession de la Macronie : le marché !

Aux États-Unis, Biden met sur la table, pour l’industrie et pour la souveraineté énergétique, l’équivalent de 400 milliards d’euros ; en France, Macron pense sortir des énergies fossiles sans aucun investissement public d’importance, en créant en tout et pour tout quatorze postes en vue de la transition énergétique, ce qui revient à laisser le champ libre aux entreprises privées. Dans ces conditions, vous jurez aux Français qu’ils auront bien du courant en appuyant sur l’interrupteur ! Au fond, vous ne voulez pas que l’État reprenne la main et garantisse enfin notre indépendance énergétique. 

Certains de vos prédécesseurs avaient pourtant compris que la puissance publique devait se donner les moyens d’organiser, de contrôler, de planifier. Sans investissements publics majeurs, nous n’aurions construit ni les 120 barrages dont s’est doté notre pays entre 1945 et 1960, ni les cinquante-huit réacteurs du plan Messmer ! Aussi discutables qu’ils puissent être, ces grands chantiers relevaient d’une vision, d’un choix pour la nation.

En Macronie, on préfère demander au secteur privé de bien vouloir, s’il lui plaît, importer des panneaux photovoltaïques chinois et des éoliennes allemandes pour le tranquilliser, d’ailleurs, vous rognez sur le débat public en lui substituant des consultations numériques. Loin de vous montrer à la hauteur des enjeux en matière de planification par la puissance publique, vous avez hâtivement bricolé un texte censé vous permettre de rattraper votre retard, puisque la France est désormais le seul pays de l’Union européenne à n’avoir pas atteint ses objectifs concernant les énergies renouvelables – tel est votre bilan.

Miracle ! Vous voilà finalement convertis à la nécessité d’accélérer leur développement sans attendre, maintenant que Bruxelles nous menace d’une amende, que Poutine coupe le gaz et que les réacteurs nucléaires sont à l’arrêt ! 

Il était temps : nous attendions cette épiphanie, qui doit avant tout s’accompagner d’une ambition claire pour le pays. Le 100 % énergies renouvelables peut constituer cette ambition : c’est en tout cas la nôtre. Il conviendrait bien sûr d’en discuter, de mettre à plat les scénarios envisageables : vous avez préféré annoncer d’emblée que l’on allait couvrir le pays de petits réacteurs nucléaires – ce qui, soit dit en passant, n’est pas plus sérieux d’un point de vue financier que d’un point de vue scientifique, puisque ces projets sont technologiquement moins près de leur aboutissement que les voitures volantes. Dès lors, nous déplorons une accélération sans horizon, sans objectifs préalablement définis.

En outre, l’ambition claire que nous souhaitons nécessiterait un accroissement des moyens. Nous étions prêts à débattre de ce sujet à l’occasion de l’examen du projet de loi de finances (PLF) pour 2023 : à peine entamée la discussion du budget alloué à l’écologie, l’application du 49.3 en sonnait le glas !

Oubliées les directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), les directions départementales des territoires (DDT), la direction générale de l’énergie et du climat (DGEC), où absolument tous les acteurs du secteur réclamaient que des postes soient créés afin de raccorder les capacités en attente ! Oubliés les fonds qui auraient permis à la justice de débloquer les contentieux en cours ! C’est un État affaibli dont vous promettez qu’il accélérera fortement le recours aux énergies renouvelables : permettez-nous d’en douter.

Enfin, une ambition claire requerrait de garantir l’emploi et la souveraineté stratégique au sein des filières industrielles concernées ; or, en vingt ans, la France a perdu 15 000 emplois dans ce secteur et la quasi-totalité de sa chaîne de production de dispositifs photovoltaïques. Emmanuel Macron est l’un des principaux responsables de ce désastre énergétique français.

En 2014, conseiller de François Hollande, il laissait se conclure la vente de la branche énergie d’Alstom au géant américain General Electric ; en 2018, il décidait la fermeture de l’usine d’hydroliennes Naval Group de Cherbourg, et ne s’opposait pas à la délocalisation en Asie, achevée cette année, de l’activité d’assemblage de modules photovoltaïques de l’entreprise iséroise Photowatt, appartenant au groupe EDF.

Nous proposons de soutenir la recherche, de planifier la formation des travailleurs, de protéger les filières nationales stratégiques, d’organiser le recyclage des composants et la préservation de l’environnement, enfin de tenir compte du potentiel énergétique des territoires ultramarins, grands absents de votre projet de loi. 

Au lieu de tout cela, Emmanuel Macron préfère multiplier les courbettes devant le président Biden en lui demandant de bien vouloir cesser de protéger sa propre industrie.

Pour la France, l’humiliation est totale ! Toutefois, il est encore temps de revoir votre copie. Madame la ministre, vous auriez dû tirer les leçons de l’examen du texte en commission. Suspensions de séance, allers-retours sans fin entre les articles, dispositions qui se marchaient dessus, tout y passait. Quelle fut votre réaction en vue de la séance publique ? Nous faire imposer le temps législatif programmé ! Faute de pouvoir appliquer à volonté le 49.3 – vous gardez cette baguette magique pour le projet de loi consacré à la réforme des retraites qui doit nous être soumis en janvier –, vous avez trouvé un autre moyen de nous museler, en nous empêchant de prendre le temps nécessaire à l’élaboration d’un texte législatif digne de ce nom. C’est un signal très négatif que vous envoyez là à notre assemblée !

Nous avions pourtant mené un travail constructif avec la majorité des groupes – j’en excepte le Rassemblement national, Marine Le Pen, fidèle à ses obsessions mortifères, ayant lors de la campagne présidentielle comparé les éoliennes aux migrants et promu l’idée d’un moratoire sur le recours aux énergies éolienne et solaire. 

Nous avons trouvé des solutions bien au-delà de la NUPES, parfois au sein de votre majorité, car celle-ci compte des députés nourris des utiles travaux, ayant notamment trait à la géothermie, que nous devons au haut-commissariat au plan de M. Bayrou, et que vous avez écartés de la discussion.

Encore une fois, un texte législatif doit être à la hauteur des enjeux dont il traite ; ce n’est pas le cas de celui dont nous commençons l’examen. La position de notre groupe est claire : nous sommes favorables aux énergies renouvelables ainsi qu’à l’accélération de leur production, mais pas n’importe comment, pas dans n’importe quelles conditions. Nous rejetterons donc les nombreuses dispositions, par exemple le soutien à l’hydrogène bas-carbone qui font de votre texte un cheval de Troie du nucléaire.

Nous refuserons l’agrivoltaïsme, qui artificialise les sols et nuit à notre souveraineté alimentaire ; les fameux PPA, contrats d’achat d’électricité grâce auxquels Google s’approprie déjà des éoliennes en mer du Nord ; le bidouillage des factures d’électricité ; le retour de la raison impérative d’intérêt public majeur sans les garanties que nous avons demandées en commission. 

Non contents de tenir bon au sujet de ces nettes divergences entre nos visions respectives, nous ferons par voie d’amendement nombre de propositions en vue d’une meilleure planification, ainsi qu’en faveur de l’outre-mer, qui pourrait constituer le fer de lance d’une évolution vers le 100 % énergies renouvelables.

Nous relaierons les suggestions des protecteurs de la biodiversité et celles des Français qui souhaitent participer physiquement à des débats organisés à côté de chez eux. Nous ferons au mieux pour que soient intégrées au texte les dispositions indispensables en matière de concertation citoyenne, de protection des filières industrielles, de contrôle public du secteur et de moyens suffisants pour les services de l’État ; nous amenderons également le texte pour que les zones déjà artificialisées, en particulier les parkings, toitures et délaissés autoroutiers, soient utilisées en priorité dans la perspective de l’accélération de la production d’énergies renouvelables dont nous avons besoin.

Madame la ministre, les Français ont froid : pour votre politique des petits pas, le temps fait défaut. Je le répète : soyez à la hauteur et revoyez votre copie !

Pour aller plus loin : lire notre portrait de Martine Billard, l’inventrice de la planification écologique