Lutte des classes pour la rentrée scolaire

Ce jeudi 1er septembre, c’est la rentrée. Et la rentrée scolaire 2022 s’annonce pour le moins compliquée pour les familles et le corps enseignant. Un record de postes vacants, auquel le gouvernement a répondu par des jobs dating : 30 minutes pour choisir les professeurs qui iront enseigner dans les quartiers populaires. Une inflation à deux chiffres pour de nombreuses fournitures qui forcent de plus en plus de familles à recourir à la solidarité, avec toute la honte que cela implique dès le plus jeune âge. Dormez bourgeois, le président Macron s’est assuré que tout irait bien pour vos enfants. Pour tous les autres, seule la lutte permettra de renverser la reproduction sociale et changer ce système qui maltraite l’égalité républicaine dans l’accès au savoir depuis bien trop longtemps. Notre article.

Mardi 30 août, 19h30, à deux jours de la rentrée scolaire 2022, ambiance tendue au micro de la radio la plus écoutée par les enseignants français. Le téléphone sonne et apporte dans le studio de France Inter l’écho d’un monde de l’enseignement à bout de nerf. 

Le recteur de l’académie de Paris tente de rassurer les parents et le personnel éducatif à coup de promesses et d’angélisme mâtinés de méthode Coué. Le président du syndicat des collèges et des lycées abrège ces tentatives d’enfumage et rappelle la réalité : la France manque gravement de professeurs, à tous les niveaux. Pour la première fois, il faut faire appel à des contractuels en primaire. Les enseignants ne conseillent plus ce métier à leurs enfants, plus grand monde ne le recommande en fait : conditions de travail trop difficiles, trop d’élèves par classe, pas assez de moyens humains et matériels pour mener à bien sa mission et des salaires à peine plus élevés que le SMIC pour un diplôme BAC + 5

Après 20 ans de libéralisme de plus en plus acharné au pays des Lumières, un pays « sans pétrole mais avec des idées », l’ampoule de l’éducation a grillé

« Le métier de professeur n’attire plus » : cela fait longtemps que ce refrain tourne en boucle. Les alertes n’ont pas manqué. « Le nombre d’inscrits aux concours de l’enseignement du second degré a fondu de plus de 30 % en quinze ans. », pouvait-on lire en mai à l’annonce des résultats du CAPES (Certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré, ndlr), le concours permettant de devenir enseignant. Aujourd’hui, un cap est passé. Le métier n’attire plus, il repousse de plus en plus. Les démissions augmentent, laissant des élèves privés de la chance d’approfondir leur savoir et leur réflexion. En particulier en français et en mathématiques, deux disciplines pourtant peu susceptibles d’être qualifiées d’accessoires pour la formation des jeunes esprits. 

Chaque année, c’est comme si le gouvernement était surpris. Chaque année, moins de candidats au CAPES, chaque année moins d’admis au concours donc de plus en plus de postes vacants. Alors, chaque année depuis vingt ans, face à cette situation d’urgence exceptionnelle, les dirigeants néolibéraux n’ont qu’une seule réponse : recruter des contractuels. 

Si le recours à ces formes de contrat privé peut répondre à la marge à des besoins urgents, la généralisation et sa massification agissent comme un pansement contaminé qui gangrène plus qu’il ne soigne. Contrairement aux diplômés du concours, qui bénéficient d’une année de stage durant laquelle les nouveaux enseignants alternent à mi-temps entre cours et formations, les personnes recrutées comme contractuelles sont bien souvent balancées dans le grand bain, avec des emplois du temps complets, sans savoir les classes qu’elles auront à quelques jours de la rentrée. Dans ces conditions, difficile d’être prêt à tenir sa classe et à tenir le coup plus de quelques semaines, sans même parler de la possibilité de prodiguer un enseignement de qualité. 

Qui peut croire que les quatre jours de formation avant la rentrée scolaire dont se gargarise le gouvernement y changeront quoi que ce soit ? 

À cette tendance structurelle à la désorganisation du service public de l’éducation orchestrée par les fanatiques de la baisse des dépenses publiques, s’ajoute cette année l’inflation massive, catalyseur historique de lutte des classes

Le nouveau ministre a vite pris le pli macroniste. Après s’être inquiété de la hausse des coûts de la rentrée scolaire, Pap Ndiaye a dégainé l’arme absolue des libéraux : se jeter au pied des patrons et les supplier de distribuer quelques miettes au peuple. Résultat de cette ambitieuse politique en faveur de la justice sociale, une hausse moyenne de 10 euros dans le caddie de fournitures pour chaque enfant scolarisé

Pour de nombreuses familles populaires, les difficultés pour boucler la fin du mois de septembre commencent dès cette semaine

Dans cette ambiance de faillite généralisée de la promesse républicaine d’une égale émancipation par l’École, il en est un qui ne perd pas le sourire à défaut d’avoir rencontré la décence : Gabriel Attal, tout fier ministre de l’Action et des Comptes Publics, fanfaronne sur l’augmentation « historique » de 4,6% du budget de l’État. Il plastronne sur les promesses tenues du président en matière de hausse des salaires et claironne que plus aucun enseignant n’entrera dans la carrière à moins de 2 000 euros net. 

Problème : la hausse du budget de l’éducation est entièrement absorbée par une augmentation des salaires inférieure à l’inflation. Un enfumage historique. Une hausse de 4,6% avec une inflation au-dessus de 7% en septembre, c’est tout simplement une baisse moins importante que prévue. Cette année encore, pas de psychologues supplémentaires, d’accompagnement pour les enfants en situation de handicap (AESH), d’infirmières ou de médecins scolaires. Toujours plus d’enfants par classes, dans des bâtiments toujours plus chauds l’été et froids l’hiver. Toujours plus de démissions, de souffrances et d’abandon des nouvelles générations.

La France insoumise se place du côté du peuple dans cette lutte des classes qui marque la rentrée scolaire 2022 

Les députés du groupe LFI-Nupes ont présenté mardi 30 août une proposition de loi visant à garantir la gratuité réelle de l’éducation.

Le travail des élus a permis de montrer la gravité de la situation sociale. Une année scolaire coûte en moyenne 520 euros en maternelle et jusqu’à 1250 euros au lycée, avec des hausses allant jusqu’à 25% pour les cahiers, 30% pour les stylos et également 25% pour la cantine scolaire dans certaines communes. Si cette loi venait à être votée (vu les dernières déclarations de la Première ministre vis-à-vis du mouvement insoumis, il est permis d’en douter) cela permettrait de garantir l’égalité républicaine face à l’accès au savoir inscrit dans la constitution mais toujours moins réelle sous les gouvernements successifs de la caste capitaliste. 

En parallèle, sur le terrain, les militants du mouvement insoumis se rendent utiles auprès de la population maltraitée par la politique d’Emmanuel Macron. Des collectes solidaires de fournitures scolaires sont organisées partout en France. La solidarité concrète du peuple est aujourd’hui la seule solution pour permettre à chaque enfant du pays de bénéficier du strict nécessaire. Ce, en attendant qu’un gouvernement véritablement attaché à la justice sociale et à l’émancipation des individus ne change profondément le système et dégage la caste de parasites séparatistes ultra-riches pour donner les moyens à l’école républicaine de répondre aux aspirations du peuple et permettre sa complète émancipation.

Par Ulysse Kummer