Pour Élisabeth Borne, refuser de « co-construire » les lois avec LREM signifie « sortir de l’arc républicain »

Une bien étrange conception de la démocratie. Ce mardi 30 août 2022, invitée sur le plateau de Quotidien, Élisabeth Borne a tenu des propos qui risquent de fortement faire réagir. Interrogée sur la France insoumise (LFI), la Première ministre a considéré que le mouvement insoumis se situait « en dehors de l’arc républicain ». Sa justification ? Le refus de LFI, et de l’ensemble de la NUPES, d’avoir été dans la « co-construction » avec le parti présidentiel lors de la session extraordinaire cet été à l’Assemblée nationale. Refuser de voter contre l’augmentation des salaires, proposer le blocage des prix et le gel des loyers, ce serait sortir de l’arc républicain pour Élisabeth Borne. Des propos gravissimes qui révèlent une conception périlleuse de la démocratie chez LREM : le refus de l’opposition démocratique. Bientôt un parti unique ? Le tournant autoritaire d’un néolibéralisme dépassé, à bout de souffle, minoritaire dans le pays, cherchant sa survie en s’alliant avec l’extrême-droite, se confirme chaque jour sous nos yeux ébahis. Élisabeth Borne menace la démocratie. Notre article.

« Est-ce que le fait que vous soyez en désaccord vous autorise à exclure LFI de l’arc républicain ? » : Clément Viktorovicth à Elisabeth Borne

« Est-ce que le fait que vous soyez en désaccord vous autorise à les exclure verbalement, rhétoriquement comme ça de l’arc républicain ? Qu’est-ce qui autorise un responsable politique comme vous à décréter où commence et où s’arrête la République ? ». La question est signée Clément Viktorovitch. La scène se déroule ce mardi soir sur le plateau de l’émission Quotidien. Et l’interrogée semble très mal à l’aise. Élisabeth Borne vient peut-être de réaliser l’énormité des propos qu’elle a tenu quelques secondes plus tôt.

Élisabeth Borne vient en effet de lâcher une bombe démocratique : « La France insoumise (LFI) est hors de la République (jusque là, rien de nouveau sous le soleil) car le mouvement refuse… d’être « dans la co-construction avec le gouvernement ». Cette justification pourrait prêter à rire tellement il semble irréel qu’une Première ministre puisse oser une telle énormité, si le contexte politique n’était pas celui de l’entrée fracassante de 89 députés d’extrême-droite à l’Assemblée nationale.

Très mal à l’aise, Élisabeth Borne tente de se rattraper : « je ne suis pas autorisée à qualifier effectivement France insoumise (c’est pourtant ce qu’elle vient de faire), je vous dis que ce n’est pas avec eux, enfin que je pense qu’ils ne souhaitent pas, chercher des compromis avec nous, donc je pense qu’on n’est pas d’accord ». Donc, le fait de « penser qu’on n’est pas d’accord » avec quelqu’un, signifie l’exclusion de l’arc républicain ? Le masque tombe.

Cette conception de la démocratie a de quoi faire peur. Considérer que les gens ne sont fréquentables que s’ils sont d’accord avec le pouvoir, ça signifie vouloir exclure tous ceux qui ne sont pas d’accord. L’opposition bientôt interdite ? Vers un parti unique ?

Refuser de voter contre l’augmentation des salaires, c’est sortir de l’arc républicain ?

Le refus de LFI, et de l’ensemble de ses partenaires de la NUPES, d’avoir été dans la « co-construction » avec le parti présidentiel lors de la session extraordinaire cet été à l’Assemblée nationale, équivaut à une exclusion de « l’arc républicain » selon la Première ministre. Refuser de voter contre l’augmentation des salaires, proposer le blocage des prix et le gel des loyers, ce serait sortir de la République ?

Et d’abord, que signifie cette expression d’ « arc républicain » martelée à longueur de plateaux par les macronistes ? Qui définit la République ? Que signifie la République ? Ceux qui détruisent chaque jour la République sociale, foulent au pied le principe d’Égalité républicaine, sont-ils plus républicains que les amoureux de la grande Révolution française, l’essence même de la République ?

Élisabeth Borne en désaccord avec les ministres de son gouvernement

C’était le thème d’un débat entre Marlène Schiappa et Alexis Corbière aux universités d’été de LFI ce week-end. Et l’ensemble des ministres invités chez les insoumis, Marlène Schiappa, Clément Beaune et Olivia Grégoire, se sont réjouit du débat démocratique avec les insoumis et ont rejeté les procès en République intentés à LFI. Élisabeth Borne n’est visiblement pas d’accord avec les membres de son gouvernement.

Plus grave, la Première ministre considère que tous ceux qui ne sont pas d’accord avec le parti présidentiel, qui refusent de « co-construire » la loi avec LREM, ont un problème avec la République. C’est le principe même d’opposition parlementaire que la macronie a du mal à accepter. Durant le premier quinquennat Macron, le Parlement a été constamment contourné, humilié, à tel point que des députés macronistes ont dénoncé le mépris du pouvoir législatif par l’exécutif.

Ce nouveau quinquennat s’ouvre par une alliance du parti présidentiel avec l’extrême-droite pour gouverner. Ou plutôt, pour tenter de maintenir un néolibéralisme, la mise de l’État au service du capital contre le travail et la planète, projet devenu ultra minoritaire dans le pays. Projet politique réactionnaire ayant besoin du Rassemblement National pour se maintenir. Une alliance capital-fasciste donc, et une tentative d’exclusion, de disqualification, de la première force d’opposition du pays, la NUPES, en s’attaquant à son maillon le plus fort, LFI.

Des propos gravissimes qui révèlent une conception périlleuse de la démocratie chez en marche : le refus de l’opposition démocratique. Elisabeth Borne est-elle sortie de l’arc républicain hier soir ?

Par Pierre Joigneaux.