AgroParisTech : l’appel à déserter le capitalisme, qui devient viral

AgroParisTech. Qui l’eût cru ? Un « groupe d’agros qui bifurquent » est venu jouer les trouble-fêtes pour dénoncer les « jobs destructeurs » qu’on leur promet au sortir de leur cursus. La scène s’est déroulée lors de la remise de diplômes annuelle de cette grande école qui forme l’élite des ingénieurs agronomes. La règle de l’unanimité bienveillante et mielleuse de ces cérémonies a été brisée par huit étudiants, venus porter en parité et avec courage, une voix dissidente. Le tout, sans trembler. Quel symbole ! Ils ont chargé le capitalisme, les « jobs destructeurs » et le monde absurde qui leur sont proposés. Dans les jeunes élites, le vent tourne. Un appel à déserter, mais surtout à combattre. Notre article.

Ces étudiants d’AgroParisTech pensent que « l’innovation technologique ou les start-up ne sauveront rien d’autre que le capitalisme« 

Ainsi, ces étudiants ont voulu faire entendre une voix dissidente, aux accents anticapitalistes dans l’enceinte d’AgroParisTech, école où est formée l’élite des ingénieurs agronomes. Ils ont fustigé avec virulence leur « formation qui pousse globalement à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours. » Ils ont vilipendé ces expressions creuses comme « développement durable » ou la « croissance verte« , qu’on leur a appris, auxquelles ils ne croient pas. Sans parler de « transition écologique« , « expression qui sous-entend que la société pourra devenir soutenable sans qu’on se débarrasse de l’ordre social dominant.« 

Dès lors, ils ont dénoncé les impostures qu’on leur a enseignées. Ces étudiants ont ainsi tiré à boulets rouges, devant l’ensemble de leurs camarades de promo, sur l’agro-industrie à laquelle nombre d’entre eux étaient destinée. Agro-industrie qui « mène une guerre au vivant et à la paysannerie partout sur terre« , liée à l’innovation technologique ou aux start-ups qui « ne sauveront rien d’autres que le capitalisme.« 

Ils refusent l’avenir qui leur était promis : ces jobs « destructeurs« , ces missions qui servent uniquement les intérêts de quelques uns. Ils citent les rapports RSE [Responsabilité Sociale et Environnementale], le développement d’énergies dites « vertes » « qui permettent d’accélérer la numérisation de la société tout en polluant et en exploitant à l’autre bout du monde« , l’invention des labels « bonne conscience », ou encore le fait de « trafiquer en labo des plantes pour des multinationales qui asservissent toujours plus les agricultrices et les agriculteurs. » De jeunes agros qui veulent bifurquer, courageusement. Mais pour aller vers où ?

« Nous avons décidé de chercher d’autres voies, de refuser de servir ce système et de construire nos propres chemins »

C’est parce que les métiers auxquels ils étaient destinés « font davantage partie des problèmes que des solutions » que ces étudiants d’AgroParisTech ont fait le choix de déserter. Mais que faire désormais ? Vers où aller lorsque l’on a toute sa vie était formé pour aller dans une grande école comme AgroParisTech, pour obtenir un diplôme parmi les plus reconnus dans ce milieu ? « Nous nous adressons à celles et ceux qui doutent » ont-ils annoncé au milieu de leur intervention, pour leur montrer qu’un autre chemin était encore possible.

« Nous avons rencontré des gens qui luttaient et nous les avons suivis sur leurs terrains de lutte. Ils nous ont fait voir l’envers des projets qu’on aurait pu mener en tant qu’ingénieurs« , ont-ils expliqué. Une rencontre. Un état de fait. Une prise de conscience. Une révolte intérieure qui bouillonne. Une envie de prendre le chemin inverse. « Je pense à Cristiana et Emmanuel, qui voient le béton couler sur leurs terres du plateau de Saclay […] et à Nico, qui voit de sa tour d’immeuble les jardins populaires de son enfance rasée pour la construction d’un écoquartier.« , racontent ces étudiants d’AgroParisTech. »

Puis, chacun a annoncé au public la voie vers laquelle il avait choisi de bifurquer. « Je prépare une installation en apiculture dans le Dauphiné », « j’ai rejoint le mouvement des Soulèvements de la terre pour lutter contre l’accaparement et la bétonisation des terres agricoles à travers la France, « j’habite depuis deux ans à la ZAD de Notre Dame des Landes où je fais de l’agriculture collective et vivrière, entre autres choses… » Loin d’une vie où le burn-out à 40 ans les guetterait.

Que signifie plus largement cette prise de parole dissidente venant de ces « agros qui bifurquent » ? Elle montre que le vent a tourné. Les futures élites de ce pays ont compris la situation d’urgence écologique absolue dans laquelle nous sommes. Situation de laquelle nous ne pourrons sortir qu’avec des solutions de rupture. De telles mesures ne peuvent se retrouver dans le Greenwashing, dans la RSE, dans de molles transitions écologiques qui prendraient des décennies. Ces jeunes ont lancé un appel à résister, mais surtout à combattre.

Nous n’avons plus le temps d’attendre. Ces étudiants ont lancé un cri d’alerte, comme celui lancé par le GIEC nous disant que nous n’avions plus que 3 ans pour agir. Concernant notre pays, ce n’est pas en laissant les mains libres à un président condamné à deux fois pour inaction climatique que nous allons avancer dans le bon sens. Rendez-vous les 12 et 19 juin pour répondre favorablement à l’appel de ces étudiants, pour faire enfin « bifurquer » notre économie.