Comment les sondages ont sous-estimé le score de Mélenchon

Les sondages n’ont pas réussi à mesurer l’ampleur de la dynamique Mélenchon. Ce, malgré leur nombre, leur fréquence, et les nombreux instituts qui en ont publié chaque semaine. Les derniers sondages donnaient Jean-Luc Mélenchon entre 15% et 18%. Il a fini à 21,95%. Soit 5,5% points de plus que la moyenne des sondages le concernant. L’écart est trop important pour ne pas s’interroger sur le rôle des sondeurs dans l’élection, leur capacité à faire des projections sur le score final et plus largement sur la place des sondages dans la construction de l’opinion publique et du récit médiatique. Notre article.

Mélenchon : entre 15% et 18% dans les sondages, 22% dans les urnes

Sur douze candidats, neuf ont vu leur score final au minimum dans la marge des derniers sondages réalisés avant le 1er tour. Les trois autres ont vu leur score soit sur-estimé, soit largement sous-estimé. Ainsi, Éric Zemmour et Valérie Pécresse ont vu leur score largement sur-estimé, finissant respectivement à 7,05% et 4,79%.

De son côté, la candidature de l’Union populaire a été largement sous-estimée. Alors que les derniers sondages le donnaient entre 15% et 18% la semaine dernière, il finit à 21,95%, c’est-à-dire… 5,5 points de plus que la moyenne des sondages qui le concernaient. Les sondages ont été incapables de mesurer la dynamique de Jean-Luc Mélenchon.

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L’écart entre les sondages et le résultat final est flagrant : Jean-Luc Mélenchon arrive jusque dans la marge d’erreur de Marine Le Pen. Grâce à un bulletin de vote, les électeurs de gauche avaient la possibilité, dimanche, de balayer l’extrême-droite dès le 1er tour et de porter la (vraie) gauche au second tour.

Considérant ces deux desseins, « il est probable que de nombreux électeurs et électrices ont pu changer d’avis la veille et le jour du scrutin. » Bien sûr, il est difficile de composer pour les sondeurs avec un électorat aussi volatil. Mais l’écart est trop important pour que l’on ne s’interroge pas sur leurs méthodes, alors qu’ils n’ont pas réussi à voir les véritables dynamiques de cette fin de campagne. On doit aussi se questionner sur la place prépondérante donnée aux sondages dans le récit médiatique de la campagne présidentielle.

Sondages : constructeurs d’opinion, objets incontournables du récit médiatique

Les sondages sont l’objet de nombreuses critiques : tailles des échantillons, nature des questions, prise en compte des personnes seulement sûres d’aller voter, etc. Les insoumis ont eu de nombreuses occasions de les expliciter durant plusieurs mois. Malgré cela, ils sont de fait des constructeurs d’opinion. « Par simple agrégation statistique« , les sondeurs produisent cet « artefact » qu’ils appellent « opinion publique. » Car oui, cette dernière « n’existe pas » comme le disait Pierre Bourdieu.

Il n’est pas question de dire que les sondages sont inutiles ou qu’ils ne devraient pas exister. Mais il faut voir avoir conscience de comment ils sont construits et de l’influence qu’ils ont. Les chiffres qu’ils font ressortir sont présentés le plus souvent comme étant incontestables, explicitant l’opinion publique du moment. Leur reprise dans l’espace médiatique fait le reste. Ils sont des objets incontournables et participent à l’écriture du récit médiatique dominant. 

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Infographie – Libération – « Présidentielle : Mélenchon finit 5 points au-dessus des sondages, Pécresse 3 points en-dessous », 11/04/2022

Sur les plateaux, éditorialistes, politistes, et journalistes suivent les courbes sondagières, comme des traders suivraient les cours de la Bourse. Ils sont à l’affût de la moindre oscillation, d’une légère dynamique ascendante ou descendante, pour en faire des conclusions souvent très hâtives sur la situation politique du pays. Elles sont ensuite reprises par leurs confrères, et par la « circulation circulaire de l’information » (Pierre Bourdieu), passent d’une oreille à une autre pour être diffusée comme des vérités brutes.

On peut le déplorer, mais c’est comme cela que le système médiatique fonctionne. Ainsi, c’est la dynamique ascendante et sans interruption en faveur de la candidature de Jean-Luc Mélenchon, couplée à la circulation circulaire de l’information qui a permis à chacun d’entendre cette petite musique dans les médias : « Jean-Luc Mélenchon peut être au second tour. » Qu’en aurait-il été sur les plateaux si les sondages en sa faveur avaient été différents ? Nul ne le sait.

Poussons le raisonnement plus loin. Si Jean-Luc Mélenchon avait été donné plus haut dans les derniers sondages, aurait-il pu arriver au second tour ? Avec un écart moins important entre lui et Marine Le Pen ? Ce n’est pas impossible, mais on ne le saura jamais. Cela aurait ébranlé le discours annonçant un remake de 2017 en-tout-cas. Mais une chose est sûre : dimanche soir, Jean-Luc Mélenchon a dit aux insoumis « C’est pas loin hein ? Faites mieux ! » Ils le feront, parce que le pôle populaire existe, et qu’il est composé de millions de personnes. « Nous tiendrons à chaque étape, notre rang« , a affirmé le candidat de l’Union populaire. La lutte continue.

Par Nadim Février