Présidentielle : quand Marine Le Pen voyage en grande bourgeoisie

Marine Le Pen participe à des dîners mondains gargantuesques pour adoucir encore davantage son image. En effet, la patronne du RN (ex-FN) mène un intense travail de dédiabolisation depuis des années, après avoir pris le contrôle du parti de son père. Travail qui a petit à petit porté ses fruits, traduisant plus largement une banalisation des discours d’extrême-droite dans le débat public. Dans cette campagne, elle multiplie les mondanités et fait tout pour s’humaniser davantage, pour convaincre le tout-Paris qu’elle n’est pas si dangereuse que ça. Mais la réalité est loin de ses rêves les plus fous. Notre article.

Le problème de Marine Le Pen, « c’est qu’elle ne dîne pas assez »

Marine Le Pen ne dînerait pas assez, selon le souverainiste Paul-Marie Coûteaux. Alors que, de son côté, Eric Zemmour connaît par cœur le tout-Paris des journalistes, politiques et grands patrons. Souffrant « d’un côté rustre« , elle doit séduire pour briser son isolement et enjoliver son image, pour se dédiaboliser. Ainsi, elle a rencontré Rachel Kahn, essayiste proche du Printemps Républicain ou Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la culture sous Jacques Chirac.

Des rencontres qui expliqueraient « certains ajustements-renoncements » de son programme, comme l’abandon de la sortie de la Cour européenne des droits de l’Homme. Parce que la campagne présidentielle côté RN est « entièrement focalisée sur l’image de la candidate« , elle veut cultiver à la fois « la proximité d’un Jacques Chirac » et « la maternité d’Angela Merkel« . Son conseiller Philippe Olivier a le sourire : « c’est comme si on allait boire des coups avec des copains, les invités ressortent avec l’idée qu’elle est plus humaine« . Des mondanités pour mieux séduire et effacer son image de patronne de l’extrême-droite française.

S’humaniser pour mieux séduire

Marine Le Pen et ses équipes ont opté pour une stratégie d' »humanisation« . À la fin de son meeting à Reims, le 5 février, la candidate du RN a lâché son pupitre : « et maintenant, mes amis, je vais prendre quelques minutes pour vous parler de moi... » Comment s’humaniser ? Grâce à des réceptions dans des salons privés ! À la fin de cette journée, une réception est organisée par l’un de ses riches amis dans les salons privés de Veuve Cliquot, où l’on trouve des bouteilles de champagne à près de 2 000 euros. Candidat des bulles, plutôt que candidate du peuple.

Marine Le Pen enchaîne les déplacements dans des terrains conquis : Perpignan, Hénin-Baumont, Fréjus. Elle « enchaîne photos et embrassade« . Son allié italien Matteo Salvini n’avait-il pas théorisé qu’un selfie vaut bien vingt tracts ? » S’humaniser pour « anesthésier » les Français ? En tout cas, sa stratégie semble porter ses fruits malgré les nombreuses défections au sein son parti pour rejoindre Eric Zemmour. D’ailleurs, ce dernier l’aide indirectement à s’humaniser. À côté de lui, vociférant et provocateur d’extrême-droite, Marine Le Pen apparaîtrait presque fréquentable pour certains. Mais il ne faut pas être dupe.

Marine Le Pen : une saignée pour les classes populaires, une extrême-droite au visage d’ange

Fréquentable la patronne de l’extrême-droite française ? Rien n’est moins sûr. Tous ces dîners mondains, cette stratégie d' »humanisation » cache la véritable image de Marine Le Pen. Elle est toujours d’extrême-droite d’une part, son programme économique représente un danger pour les classes populaires d’autre part.

Nous étions revenus dans nos colonnes sur l’affaire Federico Martin Aramburù, ce rugbyman argentin tué en plein Paris. Le principal suspect est un multirécidiviste néofasciste, Loïk Le Priol. Ancien leader du Groupe Union Défense (GUD), il gravite dans des réseaux proches de Marine Le Pen, de même que les anciens du GUD Frédéric Chatillon ou Axel Loustau. Ce lâche assassinat qui n’est qu’un nouveau signal des dangers de l’extrême-droite qui sévit dans notre pays, et qui entoure toujours soigneusement Marine Le Pen, malgré son visage d’ange.

Enfin, si Marine Le Pen fait tout pour entrer dans le coeur des Français, notamment ceux des classes populaires, elle leur ment sur son véritable projet. Son programme économique serait une saignée pour les classes populaires. Remboursement de la dette, recul sur l’âge de départ à la retraite, refus du dégel du point d’indice des fonctionnaires, refus d’augmenter le SMIC, refus de bloquer les prix… Cela commence à faire beaucoup pour celle qui se prétend être la candidate du pouvoir d’achat. Les électeurs ne doivent pas être dupe vis-à-vis de cette candidate. Le seul candidat qui propose l’inverse de son programme, c’est Jean-Luc Mélenchon, candidat du pouvoir d’achat pour pratiquement la moitié des Français.