Écologie : plus grave sécheresse depuis le début du siècle, les médias regardent ailleurs

Sécheresse. Il y a toujours eu des épisodes de sécheresse, au point d’être considérés comme une des causes possibles du déclenchement de la Révolution de 1789. Mais la particularité actuelle est de les voir survenir en hiver. Avec le réchauffement climatique, les périodes de sécheresse ont tendance à se multiplier, à se produire plus tôt dans l’année et à voir leur durée s’allonger. Dues à un déficit de précipitations, leurs conséquences sont aggravées dans certaines régions par une surconsommation d’eau liée à l’irrigation. Notre article.

Une sécheresse inquiétante partout dans le monde

En ce moment, l’Espagne et le Portugal sont frappés de sécheresse, le mois de janvier étant considéré comme le deuxième mois le plus sec depuis l’an 2000. Il manque les 3/4 des précipitations habituelles. Au Portugal, le gouvernement a dû suspendre la production hydraulique de 5 barrages. Les incendies meurtriers de 2007 qui avaient fait plus d’une centaine de morts sont dans toutes les têtes.

En Californie, il a été relevé une température de 32°C en plein hiver ! Du jamais-vu. Cette chaleur est accompagnée d’une sécheresse qui fait craindre un nouvel été de méga-feux alors que plusieurs incendies se sont déjà déclarés. Plus de 10 000 km2 ont brûlé l’an dernier provoquant la perte de 10 000 séquoias géants, arbre pourtant censé mieux résister aux feux.

Au Chili, les mois d’hiver de juillet et août ont été marqués par une sécheresse inédite accompagnée de gigantesques incendies. En France, la période où les précipitations sont considérées comme efficaces pour la recharge des nappes phréatiques va du 1er décembre au 1er mars. Cet hiver est marqué par un manque de précipitations et tout particulièrement la région PACA avec un déficit de 91,2 %.

Aggravation des sécheresses, conflits liés à l’eau : de la nécessité de protéger ce bien commun de l’humanité

Dans tous les pays, l’aggravation des sécheresses, conséquence du réchauffement climatique, provoque des conflits sur la répartition de l’eau entre les différents usages, notamment entre l’eau nécessaire à l’alimentation et celle utilisée par l’irrigation massive, souvent de cultures d’exportation comme au Chili avec la culture d’avocats très gourmande en eau, ou l’exploitation minière. Ces conflits d’usage sont à l’origine de nombreuses luttes des populations locales.

En France, en conclusion du Varenne de l’eau, le Premier ministre a annoncé une accélération des projets de retenues d’eau aux fins d’irrigation pour une agriculture intensive avec extension des pouvoirs des préfets pour contrer les résistances locales. Or, le stockage de l’eau en vue des mois sans pluies a pour résultat de réduire la quantité d’eau qui rejoindra les nappes phréatiques sans parler des cas où les bassines sont alimentées par pompage dans la nappe faute de précipitations suffisantes.

Cette relance des projets de bassines comme les 41 prévues dans la Vienne, bafoue la loi sur l’eau et les directives européennes de protection de la nature et remet en cause l’ordre de priorité des usages de l’eau (eau potable – milieux naturel – usages économiques). L’eau, indispensable à la vie, devient de plus en plus un objet de spéculation. Laisser le marché décider de la répartition de l’eau est une négation des droits humains et un danger pour l’environnement et la santé.

Dans leur programme déjà plébiscité par les Français, les insoumis ont des propositions de rupture sur l’eau. Ils souhaitent notamment inscrire la garantie de son accès dans la Constitution et instaurer la « règle bleue », sur le même principe que la » règle verte ». Règle selon laquelle on ne prélève pas davantage à la nature que ce qu’elle est en état de reconstituer. L’eau est définitivement un bien commun qui doit être protégé et arraché aux griffes de la rapacité du capital.

Par Martine Billard