Macron, une drôle de conception de la sobriété énergétique

Macron. Tous les scénarios énergétiques proposés que ce soit par RTE, l’ADEME ou l’association Negawatt, insistent sur l’efficacité énergétique et la sobriété. Emmauel Macron a pu s’exprimer sur ce sujet lors de son discours sur la relance du nucléaire à Belfort. S’il a reconnu la nécessité de gagner en sobriété énergétique, elle ne doit entraîner aucune réduction qui pourrait être assimilée à une privation. Une drôle de conception de la sobriété énergétique. Le billet vert de Martine Billard.

Emmanuel Macron n’a cure des chiffres officiels sur l’énergie

La Stratégie nationale bas carbone (SNBC) de la France prévoit une réduction de moitié de la consommation d’énergie globale à l’horizon 2050. Or, à l’occasion de son discours sur la relance du nucléaire à Belfort, Emmanuel Macron, s’il a reconnu la nécessité de gagner en sobriété énergétique, n’a pas repris le chiffre de 50 % : « nous devons en trente années être capable de baisser de 40 % nos consommations d’énergie ».

Outre une moindre sobriété, il a annoncé que les besoins en électricité à l’horizon 2050 allaient augmenter de 60 % ! Or, même le scénario le plus « énergivore » de RTE ne prévoit pas autant de hausse de consommation électrique. De plus, pour lui la sobriété ne doit entraîner aucune réduction qui pourrait être assimilée à une privation, seule l’innovation compte.

La vision productiviste de Macron sur la sobriété énergétique

Or, de nombreux travaux d’économistes ont montré que si l’efficience des procédés de production pouvaient provoquer une moindre hausse des émissions que celle du PIB, il était néanmoins impossible d’avoir une croissance sans hausse des émissions. C’est une vision totalement productiviste où il faut produire et consommer toujours plus sans s’interroger sur l’utilité de certains produits.

En quoi supprimer des panneaux lumineux de publicité, supprimer des emballages, arrêter avec l’obsolescence programmée des objets, représenteraient une privation ? Isoler les bâtiments et changer les chauffages pour des moins polluants bien plus rapidement que les financements actuels le prévoient, c’est une amélioration de la qualité de vie, une moindre consommation énergétique et moins d’émissions de gaz à effet de serre.

Macron, champion de l’inaction de climatique

Par ailleurs, qui peut croire les promesses de Macron pour les énergies renouvelables. Son quinquennat est une honte pour la France puisque nous sommes le seul pays de l’Union européenne à ne pas avoir atteint l’objectif de renouvelables qui était fixé : 4 points de retard, 19 % atteint au lieu de 23 % fixé. Lui et son gouvernement ont en plus été condamnés par la justice pour inaction climatique.

De plus, il revoit à la baisse les objectifs d’éolien terrestre au nom de la défense des paysages. Certes, il ne faut pas faire n’importe quoi, mais on assiste actuellement à une offensive réactionnaire contre les éoliennes qui donc défigureraient beaucoup plus le paysage que des tours de centrales nucléaires. Pour justifier la défense de la relance du nucléaire, il ne faut surtout pas faire d’ombre avec d’autres énergies. Nous étions revenus dans nos colonnes sur la façon dont Emmanuel Macron soutenait cette énergie, jusqu’à mettre en danger la France.

Enfin, en dehors du débat pour ou contre la relance du nucléaire, l’échéance pour diminuer drastiquement les émissions de gaz à effet de serre est d’ici 2030 donc bien avant le démarrage de toute nouvelle production d’électricité d’origine nucléaire. Mais les milliards qui vont être dépensés pour construire ces nouveaux EPR, et ce alors qu’EDF est déjà lourdement endettée de 41 milliards d’euros, ne le seront pas pour d’autres politiques énergétiques.

On risque donc d’avoir le risque nucléaire, les déchets, la dépendance aux importations d’uranium, le gouffre financier et un manque d’énergie. Pour ce qui est de reprendre le contrôle de notre destin énergétique cela semble mal parti.

Par Martine Billard