Ghetto de Varsovie : Ivan Rioufol, le révisionnisme en direct sur CNews

Des propos révisionnistes en direct sur CNEWS. Dans l’Heure des Pros 2 de mardi, émission de Pascal Praud sur CNews, Ivan Rioufol a parlé du ghetto de Varsovie comme d’une « ségrégation hygiéniste ». Derrière une séquence confuse, tentons l’éclaircissement historique sur une des pages les plus sombres de l’antisémitisme européen. Notre article.

Ivan Rioufol : du révisionnisme sur fond de politique sanitaire

Ivan Rioufol, éditorialiste réactionnaire et ultra-conservateur bien connu des médias Bolloré intervenait avec l’équipe de Pascal Praud sur les propos de Didier Raoult à propos de la politique sanitaire et du passe vaccinal. Nous étions déjà revenus dans nos colonnes sur comment Vincent Bolloré représentait la terreur médiatique au profit de l’extrême-droite.

Et alors qu’il est question de « ségrégation hygiéniste » à propos des non-vaccinés, Ivan Rioufol répond à la comparaison déplacée avec le génocide et la politique antisémite en Allemagne nazie en ces termes : « [Didier Raoult] dit qu’il faut faire attention à la ségrégation hygiéniste, parce que la ségrégation hygiéniste, on a connu ça sous le nazisme notamment, où il cherchait l’homme parfait, l’homme sain, l’homme sans poux et sans sang contaminant. Rappelez-vous quand même que quand le ghetto de Varsovie a été créé en 1940, c’était un lieu de contaminés. C’était d’abord un lieu hygiéniste, qui a été fait pour préserver du typhus. La comparaison s’arrête là, on ne peut pas aller beaucoup plus loin que ça. Cette ségrégation qui s’est installée au nom d’un hygiénisme d’État est tout à fait totalitaire« . Ces propos n’ont pas manqué de faire réagir Thomas Portes, membre du Parlement de l’Union Populaire et Président de l’Observatoire National de l’Extrême-droite.

La confusion est totale et les propos douteux. SOS Racisme a d’ailleurs saisi le CSA suite aux propos du journaliste. Ivan Rioufol est-il en train d’expliquer que le ghetto juif de Varsovie a été créé pour des raisons hygiénistes, en cherchant à préserver la population « aryenne » des Juifs qui propageraient le typhus ? Ou manque-t-il seulement d’éclaircir le prétexte sanitaire employé par les nazis ? Quoi qu’il en soit, il nous paraît important de revenir en quelques mots sur l’histoire du ghetto de Varsovie et sa place dans la politique antisémite. D’autant que cela n’a pas manqué de faire réagir le grand historien français du nazisme Christian Ingrao. 

Le Ghetto de Varsovie, symbole de la haine des Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale

D’abord, revenons sur l’origine des ghettos de Juifs, quartiers où l’on parquait la population juive d’une ville à part du reste de la population, et dont on contrôlait l’entrée et la sortie. Les ghettos naissent au début du XVIe siècle en Italie, et plus particulièrement à Venise. Les Juifs arrivent sur l’île au Xe siècle, alors que face à une première épidémie de peste au Moyen-Orient, on les désigne comme coupables et pestiférés, les contraignant à fuir.

Puis s’ensuit une évolution des politiques répressives, au fil de l’évolution de l’antijudaïsme religieux à l’antisémitisme racialiste moderne : en 1389, la cité interdit aux Juifs toutes les professions excepté le prêt sur gage et l’usure, récemment aboli pour les Chrétiens, puis en 1516, on décide de les confiner dans un quartier spécifique, dont ils ne peuvent sortir qu’avec un bout de tissu jaune accroché à la veste et un béret rouge. Le ghetto est créé. Ce modèle ségrégationniste se propage en Italie. Rome, Bologne, Padoue et d’autres villes seront concernées par cette exclusion de masse. 

Qu’en est-il des siècles plus tard ? Le parti nazi est au pouvoir en Allemagne depuis 1933, mettant en place une politique antisémite d’exclusion raciste envers les Juifs désignés comme ennemis de la « race aryenne ». À l’automne 1940, il décide de procéder à l’enfermement des Juifs dans des ghettos, à commencer par celui de Varsovie. Et les prétextes du pouvoir nazi pour ce faire sont nombreux.

Alors que la situation se dégrade violemment dans des lieux confinés touchés par une extrême précarité, des famines régulières, une densité effrayante de familles forcées à cohabiter dans des espaces minuscules, les épidémies se succèdent, notamment celle du typhus. Le régime nazi ne manque pas l’occasion : si les Juifs sont malades, c’est parce qu’ils seraient faibles, dangereux, et qu’il faut accentuer la répression et l’exclusion. Cette politique antisémite d’exclusion raciale s’intensifiera, jusqu’au tournant de la Solution Finale d’une extermination de masse à partir de 1942.

Ainsi, l’histoire du ghetto n’est pas celle d’une ségrégation sanitaire ou « hygiéniste ». C’est celle d’une exclusion raciste, celle de la haine des Juifs, celle qui a marqué au fer rouge l’Europe par un génocide dont on doit sans cesse rappeler l’histoire. C’est notre humanité qui en dépend. La pente d’une histoire toujours réinterprétée par les forces réactionnaires comme celle d’une opposition civilisationnelle, religieuse ou raciale peut mener au retour de mensonges nazis pour cacher ses horreurs. Tenons bon pour défendre une mémoire juste de ces crimes !

Par François Jarlier