Castaner l’éborgneur de retour à l’Assemblée

Castaner de retour à l’Assemblée. Non vous ne rêvez pas. L’ancien ministre de l’Intérieur s’était fait particulièrement discret dans son costume de simple député depuis son éviction du gouvernement. Il endosse aujourd’hui celui de chef des marcheurs. Poste laissé vacant par Gilles Le Gendre. La République en Marche choisit donc comme Président de groupe l’homme responsable de la répression féroce du mouvement des gilets jaunes. L’homme des yeux crevés et des mains arrachées. Une vitrine ensanglantée pour les macronistes à l’Assemblée. Et un premier discours chahuté.

25 yeux crevés, 5 mains arrachées, 2 500 blessés : le sanglant bilan de Castaner

Des militantes féministes tirées par les cheveux jusque dans des bouches de métro. Le 7 mars dernier, veille de la journée internationale des droits des femmes, des militantes se retrouvent place de la République à Paris pour manifester. Une fois n’est pas coutume, la répression est féroce. Les CRS chargent sans vergogne les militantes rue du Faubourg-du-Temple. Les ordres viennent du préfet Lallement, et d’au-dessus de lui, du ministre de l’Intérieur de l’époque, Christophe Castaner. Un habitué de la répression sanglante du mouvement social.

Son bilan est sûrement le plus violent d’un ministre de l’Intérieur depuis la guerre d’Algérie : 25 yeux crevés, 5 mains arrachées, 21 blessés par tir de GLI-F4, 221 blessés par tir de LBD, 236 blessés à la tête, plus de 2 500 blessés au total. La violence inouïe de la répression policière du mouvement des gilets jaunes par Christophe Castaner a été condamnée par l’Europe entière. Les députés européens ont dénoncé « le recours à des interventions violentes et disproportionnées de la part des autorités publiques lors de protestations et de manifestations pacifiques« , à une écrasante majorité de 478 voix pour (37 voix contre). Une répression condamnée également par l’ONU. Des milliers de vies brisées.

« La vie d’une pierre est plus importante pour eux que celle d’un humain »

Cet été, nous recevions le témoignage de Manu. Le 16 novembre 2019, Manu est en train de discuter tranquillement avec des amis place d’Italie à Paris. Le Valenciennois était venu manifester pacifiquement avec sa compagne. Les policiers organisent une nasse, bloquant toutes les sorties de la place. « On était nassé, on n’a eu aucune chance de sortie, c’était un guet-apens. On a essayé de sortir sur toutes les artères qu’il y avait, on s’est fait gazer. » Puis tout d’un coup, sa vie bascule. Un tir de grenade lacrymogène en pleine tête (attention à la violence des images à la fin de la vidéo ci-dessous).

« Moi ça m’a coûté cher de manifester (…). On est sur toutes les luttes, avec les soignants, avec les syndicats. Nous on est partout, mais personne n’est avec nous. Ils ont eu plus de compassion pour une statue. La vie d’une pierre est plus importante, pour eux, que celle d’un humain. » conclut Manu. Sa vie ne sera plus jamais la même. Mais Christophe Castaner n’a pas même pas pris la peine de décrocher son téléphone. C’est donc ce même Castaner qui a été choisi pour représenter la République en Marche à l’Assemblée nationale. Un mépris incroyable pour toutes ces vies brisées.

Par Pierre Joigneaux.