Abandon de poste pour Agnès Buzyn, fossoyeuse de l’hôpital public

C’est acté depuis le 16 février, Agnès Buzyn, démissionne de sa fonction de ministre des Solidarités et de la Santé pour s’engager dans la bataille pour la ville de Paris. Elle vient remplacer en catastrophe Benjamin Griveaux, le candidat En Marche, qui s’est retiré de la course aux municipales. Choix personnel ou injonction de l’Elysée, il n’en reste pas moins que l’abandon de poste d’Agnès Buzyn pose question. Car après avoir amorcé le démantèlement de notre système public de santé, elle part en pleine tempête : passage en force du projet de loi sur les retraites dont elle avait la tutelle, mobilisation sans précédent des personnels de l’hôpital public ou encore gestion du Coronavirus.

Un crise hospitalière historique

Fidèle à la ligne austéritaire mise en oeuvre par Emmanuel Macron, l’ex-ministre des Solidarités et de la Santé s’est attaqué dès sa nomination en 2017 à la destruction de notre système public de santé. La diminution des budgets et les objectifs de « rentabilité » appliqués aux hôpitaux se sont fait, comme toujours, au détriment du bien-être des patients mais aussi des soignants. Car si le nombre des personnels stagne, ils doivent désormais gérer deux fois plus de malade qu’il y a 20 ans, bien souvent avec des moyens matériels insuffisants. Des conditions de travail indignes qui ont pour conséquence l’épuisement des soignants et un sentiment d’abandon qui abouti parfois sur des drames, comme les cas de suicide recensés peuvent en témoigner.

La fermeture de milliers de lits d’hospitalisation mais aussi de nombreux services et de maternités de proximité vient compléter le bilan catastrophique d’Agnès Buzyn au ministère. Désormais, 4 millions de personnes vivent à plus de 30 minutes d’un service d’urgence hospitalière et 167 000 françaises à plus de 45 minutes de voiture de la maternité la plus proche. On assiste à une véritable marchandisation de la santé, le gouvernement demande toujours plus au personnel soignant en leur donnant toujours moins.

Pourtant, les signaux ne manquent pas pour alerter sur cette situation intenable. Depuis plus de 11 mois déjà les personnels de l’hôpital public sont en grève pour demander plus de moyens afin d’accomplir leurs missions dans des conditions soutenables. Dans le même temps, la démission récente de plus de 1 000 médecins hospitaliers est venu s’ajouter aux multiples appels à l’aide des soignants.

Face à cela et comme seules réponses, Agnès Buzyn aura alternée entre surdité et mépris pour finalement partir sans remords tenter sa chance lors du scrutin parisien.

Départ en pleine tempête

Son départ intervient en pleine crise avec les hospitaliers mais aussi durant la gestion de deux autres dossiers majeurs : l’épidémie mondiale du Coronavirus et le passage houleux à l’Assemblée du projet de loi retraites, dont son ministère a la tutelle. Des sujets sensibles qui expliquaient pourquoi elle affirmait il y a quelques jours encore : « Je ne pourrai pas être candidate aux municipales. […] J’avais déjà un agenda très chargé, j’ai beaucoup de réformes aujourd’hui dans le ministère, et s’est rajouté un surcroît de travail inattendu, […] avec cette crise du Coronavirus qui aujourd’hui m’occupe énormément ». Pourtant, revirement soudain 2 jours après, avec l’annonce de sa candidature pour la mairie de Paris afin de remplacer la tête de liste Benjamin Griveaux. Dans le même temps, elle dépose sa démission du gouvernement expliquant qu’il est impossible de cumuler ces deux fonctions. Un choix qui interroge quand, dans le même temps, le Premier ministre Édouard Philippe reste en poste tout en briguant la mairie du Havre. « Un havrais vaut-il moins qu’un parisien ? » c’est la question posée par Manuel Bompard, eurodéputé de La France insoumise, à la suite de cette affaire.

Reste que les dossiers Coronavirus et retraites sont donc abandonnée en cours de route par Agnès Buzyn, tout comme les personnels soignants qui poursuivent leur mobilisation sans être entendus. Le signe fort de la nomination d’Olivier Véran au poste de ministre de la Santé, alors qu’il souhaitait sortir la sécurité sociale de la Constitution en 2018, laisse penser que le gouvernement entend bien poursuivre le processus de destruction de l’hôpital public entamé par Agnès Buzyn dès 2017.

Par Maxime Charpotier

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