Jeunesse. L’Insoumission et Nos Révolutions s’associent pour proposer à leurs lecteurs des analyses, des contenus sur les idées communistes, et sur les luttes en cours aux quatre coins du pays. À retrouver sur tous les réseaux de L’Insoumission et de Nos Révolutions.
Le samedi 17 octobre 2026, la France a connu sa plus grande journée de mobilisation sociale depuis la réforme des retraites en 2023. Le ministère de l’Intérieur a comptabilisé 550 000 participant·es, dont 110 000 à Paris. Les organisateurs en ont revendiqué 800 000.
Cette journée, annoncée depuis l’été, a été précédée d’un mois de mobilisation lycéenne, rejointe rapidement par des étudiant·es et des Gilets jaunes, puis par la CGT et l’intersyndicale. Les lycéen·nes demandent de meilleures conditions d’étude, la fin de Parcoursup et un autre avenir que celui promis par les capitalistes et leur gouvernement. Leurs revendications trouvent un large écho dans le mouvement social, déjà acquis à ces aspirations : des investissements dans l’éducation et les services publics, une taxation des plus riches, la fin de la Vᵉ République. Édito.
« Il n’y a bien évidemment aucun complot : seulement une jeunesse qui, partout en Europe, fait face aux mêmes problèmes et refuse le capitalisme comme fin de l’histoire. »
Une mobilisation importante était attendue en France. Ce qui l’était moins, c’est de voir au même moment des scènes comparables ailleurs en Europe : des lycées et des universités occupés à Liège, Turin, Rome et Athènes, des affrontements avec la police devant le ministère de l’Éducation à Tirana.
En Belgique, le point de départ est budgétaire. Depuis début octobre, les étudiant·es protestent contre une réforme des frais d’inscription, des classes surchargées et des coupes budgétaires. Certaines catégories d’étudiant·es devront payer jusqu’à 1 194 euros pour l’année 2026-27. Le mouvement, parti de Liège, s’est étendu à Bruxelles et à d’autres villes. Le 7 octobre, le bourgmestre de Liège a interdit les rassemblements de plus de trois personnes dans toute la ville.
En Italie aussi, le lien avec la France est revendiqué. Les occupations de lycées ont commencé le 5 octobre à Turin et à Rome avec le mot d’ordre « Faisons comme en France ». À partir du 16 octobre, le mouvement s’est étendu à Milan, Naples, Gênes et Bologne. Les élèves dénoncent l’état des bâtiments et les mesures qui limitent le nombre d’élèves étrangers par classe. Ils et elles demandent que l’État dépense plus pour l’éducation et moins pour l’armement, alors que le réarmement européen se finance en partie par des économies sur les services publics.
En Grèce, c’est la question du logement qui domine. Depuis le 13 octobre, des étudiant·es occupent la place Syntagma à Athènes contre la hausse du coût de la vie, et en particulier du logement étudiant. En Irlande, plus de 1 500 étudiant·es ont manifesté à Dublin le 1er octobre contre le coût de la vie et les frais universitaires. Au Portugal et en Espagne, des mobilisations pour le logement ont eu lieu à Lisbonne, Porto et Barcelone, ville particulièrement touchée par le sur-tourisme et la crise immobilière. (source)
Pour aller plus loin : « La seule voie de sortie de crise est la réponse immédiate aux revendications sociales » – Les appels syndicaux à manifester le 24 octobre se multiplient
À Tirana, capitale de l’Albanie, le mouvement est parti d’un conflit autour d’un projet immobilier. Les manifestations ont commencé en mai, au lendemain de l’agression d’un manifestant par des vigiles privés à Zvërnec, où des habitant·es s’opposaient à un projet touristique de luxe dans une zone protégée, lié à Jared Kushner, le gendre de Donald Trump. Les étudiant·es ont rejoint le mouvement à la mi-octobre, avec leurs propres revendications sur les frais d’inscription et les conditions d’études. Le Premier ministre Edi Rama a affirmé qu’il ne s’agissait « pas d’un phénomène étudiant » et a mis en cause des « mains étrangères ».
Les réseaux sociaux font circuler les slogans très vite, en France comme ailleurs. La formule de la « fin de l’époque contemporaine », dont l’origine est inconnue, s’est diffusée parce qu’elle met des mots sur un sentiment partagé : celui de vouloir mettre fin à un système barbare qui produit assez de richesses pour tout le monde, mais où ces richesses restent concentrées entre quelques mains.
D’autres expressions ont circulé au-delà des frontières, comme « Bismillah c’est les ténèbres », reprise jusqu’à Bologne, Milan et Berlin pour se moquer des tentatives maladroites de la police pour infiltrer les blocus et soutirer des informations aux lycéen·nes mobilisé·es. Ces reprises spontanées témoignent d’une envie de s’exprimer d’une même voix, et d’une conscience partagée que les classes populaires, leurs luttes et leurs aspirations n’ont pas de frontières.
Ce qui se passe ailleurs en Europe montre à quel point les cris d’orfraie de la droite sont absurdes. Depuis des semaines, elle affirme que le mouvement est orchestré en sous-main par La France insoumise, cheffe d’orchestre de « l’ultragauche ». Pourtant, les mêmes revendications sur l’éducation, le coût de la vie et le logement apparaissent au même moment à Liège, Turin, Athènes ou Tirana, où Jean-Luc Mélenchon n’envoie manifestement pas d’hologrammes pour commander les troupes. Il n’y a bien évidemment aucun complot : seulement une jeunesse qui, partout en Europe, fait face aux mêmes problèmes et refuse le capitalisme comme fin de l’histoire.
Cette séquence nous montre aussi que le courage et la détermination des un·es peuvent donner de la force aux autres, bien au-delà de leur propre pays. Cela suppose de veiller à ce que le mouvement soit non seulement radical dans ses mots d’ordre mais également constamment soucieux de s’élargir au maximum dans les masses, en choisissant des modes d’actions majoritaires et en continuant de diffuser espoir et optimisme.
Par Anaïs Fley