Dette publique : la vérité sur le déficit et le contre-budget 2027

Le 14 octobre, Jean-Luc Mélenchon et Éric Coquerel ont présenté le contre-budget de La France insoumise pour 2027. Au programme : 106,4 milliards d’euros de recettes supplémentaires, 81,7 milliards de dépenses nouvelles et une réduction annoncée du déficit de près de 25 milliards d’euros. Derrière ces chiffres, les Insoumis défendent une autre lecture des finances […]

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Le 14 octobre, Jean-Luc Mélenchon et Éric Coquerel ont présenté le contre-budget de La France insoumise pour 2027. Au programme : 106,4 milliards d’euros de recettes supplémentaires, 81,7 milliards de dépenses nouvelles et une réduction annoncée du déficit de près de 25 milliards d’euros. Derrière ces chiffres, les Insoumis défendent une autre lecture des finances publiques : les cadeaux fiscaux aux plus riches ont fragilisé les recettes de l’État, tandis que l’austérité menace d’aggraver le ralentissement économique. Décryptage.

Dette publique : l’héritage de dix ans de politique de l’offre

Mercredi 14 octobre, Jean-Luc Mélenchon et Éric Coquerel ont présenté leur stratégie budgétaire pour 2027. À quelques mois de l’élection présidentielle, les Insoumis entendent démontrer qu’il est possible de redresser les comptes publics sans imposer de nouveaux sacrifices aux classes populaires, aux retraités et aux usagers des services publics.

Les chiffres donnent la mesure de la dégradation. La dette publique française est passée de 2 281 milliards d’euros en 2017 à 3 417 milliards en 2025. En neuf ans, elle aurait ainsi augmenté de plus de 1 300 milliards d’euros. Cette envolée intervient après une succession de baisses d’impôts, notamment sur les revenus du capital et les entreprises, présentées par Emmanuel Macron comme un moyen de stimuler l’investissement et la croissance.

Or, les résultats économiques sont loin de correspondre à cette promesse. L’investissement net des entreprises a été divisé par trois depuis les années 1970. Sur la même période, l’investissement public net est passé de 3 % à seulement 0,5 % du PIB. 

Dans le même temps, les recettes publiques ont diminué de 2,1 points de PIB depuis 2017, soit plus de 60 milliards d’euros. Si elles étaient restées à leur niveau de 2017, le déficit public se situerait autour de 2,9 % du PIB, contre 5,1 % dans les chiffres retenus pour 2025. La dette publique serait également inférieure d’au moins 400 milliards d’euros.

Le problème ne se résume donc pas à la quantité d’argent dépensée par l’État. Il faut aussi regarder les recettes auxquelles il a renoncé, les bénéficiaires des baisses d’impôts et les investissements qui n’ont pas été réalisés. Suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), instauration de la flat tax sur les revenus du capital et allègements fiscaux successifs ont favorisé les détenteurs de patrimoine et les grandes entreprises, sans provoquer le sursaut d’investissement promis.

L’austérité : une stratégie qui risque d’aggraver la crise

Face au déficit, le gouvernement défend une réduction des dépenses publiques. Pourtant, les effets économiques de cette stratégie peuvent rapidement contredire ses objectifs. En diminuant les prestations sociales, les rémunérations publiques ou les investissements, l’État réduit aussi les revenus et les commandes qui soutiennent l’activité. Les entreprises vendent moins, investissent moins et peuvent réduire leurs embauches. Les recettes fiscales et sociales ralentissent alors à leur tour.

C’était précisément le risque mis en avant par LFI pour le budget 2026. Les économies budgétaires, estimées à plus de 30 milliards d’euros, ont amputé la croissance de 0,5 point et fait passer le déficit de 5,1 % à 5,4 % du PIB. Autrement dit, la réduction des dépenses ne garantit pas une baisse de la dette publique ni une amélioration des comptes si elle provoque un ralentissement important de l’économie.

Les exemples européens sont éclairants. En Espagne, les politiques de coupes engagées après la crise financière de 2008 ont été suivies d’une forte contraction de l’activité ; il a fallu cinq ans au PIB pour retrouver son niveau initial. Au Portugal, les politiques de rigueur imposées pendant la crise de la zone euro ont contribué à une récession particulièrement profonde.

La consommation des ménages représente environ la moitié du PIB français. Lorsque le pouvoir d’achat recule, les conséquences dépassent donc les seules difficultés des familles : elles touchent également les commerces, les services et l’ensemble des entreprises dépendantes de la demande intérieure. C’est pourquoi le contre budget de LFI propose de relancer l’économie par les revenus populaires, l’investissement productif et les services publics, plutôt que de faire des coupes budgétaires.

106 milliards d’euros de recettes : faire contribuer les plus fortunés

Pour financer cette politique, LFI prévoit 106,4 milliards d’euros de recettes supplémentaires en 2027. Pour stabiliser la dette publique, le principe est de faire davantage contribuer les grandes fortunes, les revenus du capital et les grandes entreprises, plutôt que de réduire les dépenses collectives.

Parmi les mesures annoncées figurent la suppression de la flat tax, pour un rendement estimé à 9 milliards d’euros, le rétablissement d’un impôt sur la fortune renforcé, évalué à 10 milliards, et une taxe sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros, inspirée de la proposition dite « taxe Zucman », dont le rendement est estimé à 15 milliards.

Le contre-budget prévoit également une réforme des droits de succession, pour 20 milliards d’euros de recettes supplémentaires la première année, ainsi que la réduction ou la suppression de niches fiscales et sociales jugées injustes, pour un rendement estimé à 22 milliards. S’y ajoutent le rétablissement de la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises les plus importantes, une taxation accrue des multinationales, des transactions financières, des rachats d’actions et des superprofits.

LFI entend aussi s’attaquer aux exonérations de cotisations sociales, dont le montant atteignait 75,6 milliards d’euros en 2025 selon les chiffres retenus dans sa proposition. Le mouvement propose notamment de mettre fin aux exonérations au-delà de deux fois le SMIC, considérant que leur efficacité sur l’emploi devient plus contestable à mesure que les salaires concernés augmentent.

Cette orientation s’inscrit dans un contexte de forte concentration des richesses. Le patrimoine des 500 plus grandes fortunes françaises a doublé depuis 2017. Dans le même temps, les dividendes distribués atteindraient un niveau record en 2026. Pour les Insoumis, cette évolution illustre le déséquilibre d’une politique qui a allégé la fiscalité du capital sans garantir, en contrepartie, une hausse suffisante de l’investissement productif.

Le choix politique est clair : plutôt que de demander des efforts supplémentaires à ceux qui dépendent de leur salaire ou des prestations sociales, LFI veut récupérer une partie des richesses accumulées au sommet.

Pour aller plus loin : TVA sociale : le Medef veut faire payer les ménages à la place des entreprises

81,7 milliards d’euros pour les salaires, les services publics et l’écologie

Les 106,4 milliards d’euros de recettes supplémentaires doivent financer 81,7 milliards de dépenses nouvelles. Le solde, soit 24,7 milliards d’euros, serait consacré à la réduction du déficit public. LFI défend ainsi une trajectoire dans laquelle la hausse des recettes permettrait à la fois de répondre aux urgences sociales, de renforcer les services publics et d’améliorer les comptes de l’État.

Parmi les mesures phares figure une augmentation de 10 % du point d’indice des fonctionnaires, pour un coût estimé à 17 milliards d’euros. Les pensions, les allocations familiales et les aides personnalisées au logement seraient également revalorisées de 10 %, pour 8 milliards d’euros. Le mouvement propose par ailleurs de porter le SMIC à 1 700 euros net et d’indexer les salaires sur l’inflation.

Une garantie d’autonomie de 1 337 euros par mois serait instaurée pour les jeunes, pour un coût annoncé de 9,5 milliards d’euros. LFI prévoit aussi la gratuité de la cantine scolaire, la création de 10 000 postes dans l’Éducation nationale et une hausse de 3 milliards d’euros du budget des hôpitaux, accompagnée du recrutement de 10 000 soignants.

Le contre-budget comprend également l’abrogation de la réforme des retraites, avec un rétablissement immédiat de l’âge légal à 62 ans, avant un retour à 60 ans au cours du mandat. Le coût de la première étape est évalué à 9 milliards d’euros. Pour le logement, 3 milliards seraient consacrés à l’urgence, notamment à la création de logements et à la mobilisation des logements vacants.

La planification écologique constitue l’autre volet majeur de cette stratégie. LFI prévoit 10 milliards d’euros dès 2027 pour engager les transformations nécessaires, de la rénovation des logements à la transition énergétique. L’enjeu est d’autant plus urgent que les dégâts liés aux canicules, aux incendies et aux sécheresses auraient coûté 16 milliards d’euros à la France en 2026. L’inaction climatique a, elle aussi, un coût budgétaire : les catastrophes détruisent des infrastructures, fragilisent les activités économiques et nécessitent des dépenses de réparation.

L’objectif est donc double : soutenir immédiatement les revenus et préparer les investissements de long terme. La relance de la consommation peut favoriser l’activité, mais son ampleur dépendra notamment de la part de la demande supplémentaire qui se traduira par de la production et de l’emploi en France, ainsi que des capacités de l’économie à répondre à cette demande.

Investir dans l’économie des besoins, plutôt que dans la rente

L’augmentation des recettes fiscales ne suffira pas à financer seule la transformation du pays. Le mouvement propose donc de créer un pôle public bancaire à partir d’institutions existantes, dont la Caisse des dépôts et consignations, la Banque publique d’investissement et La Banque postale. Il pourrait mobiliser jusqu’à 100 milliards d’euros supplémentaires par an pour l’investissement dans le logement, les transports, l’énergie, la réindustrialisation et le numérique.

L’un des leviers serait de mieux orienter l’épargne des ménages. Les Français détiennent environ 6 600 milliards d’euros d’épargne financière. Sur cette somme, près de 400 milliards sont centralisés à la Caisse des dépôts pour être investis via le fonds d’épargne, soit environ 6% de l’ensemble. LFI propose d’augmenter progressivement la part de l’épargne réglementée centralisée afin de renforcer les moyens du pôle public bancaire. Le mouvement envisage aussi la création d’un livret B destiné au financement de projets de moyen et long terme.

Ces 100 milliards d’euros ne constitueraient pas des recettes budgétaires supplémentaires : il s’agirait de capacités de financement mobilisées par des prêts, des garanties ou des prises de participation. Le rapport Pisani-Ferry–Mahfouz avait déjà évalué à 37 milliards d’euros supplémentaires l’investissement public nécessaire d’ici 2030 pour respecter les engagements climatiques de la France. 

Pour aller plus loin : Logement, emploi, rénovation : Mélenchon veut relancer le bâtiment par la planification

Annuler la dette détenue par la BCE : desserrer l’étau des marchés financiers

LFI propose enfin de négocier le gel ou l’annulation de la dette publique française détenue par la Banque centrale européenne et la Banque de France dans le cadre des programmes de rachats d’actifs. Ces achats ont contribué à maintenir des conditions de financement favorables aux États, mais la réduction progressive des portefeuilles de la banque centrale pose désormais la question du refinancement des titres arrivant à échéance.

L’enjeu est considérable : comment continuer à financer les besoins collectifs sans laisser la politique budgétaire être dictée par la pression des marchés financiers ? Lorsque les titres détenus par les banques centrales ne sont plus réinvestis, les États doivent davantage compter sur les investisseurs privés pour refinancer leur dette. Dans un contexte de remontée des taux, cette évolution peut alourdir progressivement la charge d’intérêts et réduire les marges de manœuvre disponibles pour les services publics, le logement ou la transition écologique. Pour les Insoumis, négocier le gel ou l’annulation de ces créances permettrait donc de desserrer cette contrainte et de réorienter le débat vers les besoins économiques et sociaux du pays.

L’obstacle juridique peut être réel, mais il ne devrait pas dispenser d’ouvrir ce débat. L’article 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne interdit le financement monétaire direct des États. La question du traitement de titres déjà acquis sur les marchés secondaires est toutefois distincte. 

La dette publique ne peut pas être considérée comme une contrainte purement comptable, indépendante des choix politiques et du fonctionnement de la monnaie. Si le remboursement de titres détenus par la banque centrale conduit à financer davantage la dette auprès d’investisseurs privés, il est légitime de discuter d’autres solutions, plutôt que de présenter l’austérité comme une fatalité.

C’est tout l’intérêt de la proposition défendue par Jean-Luc Mélenchon : faire de la dette un sujet de débat démocratique européen et non un argument permanent pour restreindre les dépenses utiles à la population. Dans le cadre d’une négociation avec les partenaires européens, le gel ou l’annulation de ces créances pourrait devenir un levier pour redonner des marges de manœuvre budgétaires aux États et financer les investissements indispensables.

Un autre choix budgétaire face à la dette publique pour 2027

Le contre-budget présenté par Jean-Luc Mélenchon et Éric Coquerel veut déplacer le débat sur les finances publiques. La dette ne devrait pas servir de justification automatique à la réduction des services publics et des protections sociales. Il faut aussi examiner les choix fiscaux qui ont diminué les recettes, le recul de l’investissement et la concentration des richesses.

Le chiffrage porte sur une première année budgétaire en cas de victoire à la présidentielle de 2027, et non sur l’ensemble du programme présidentiel pluriannuel. Mais la proposition dessine une orientation nette : faire contribuer davantage le capital, soutenir les revenus populaires et investir dans les besoins sociaux et écologiques.

Derrière les 106,4 milliards d’euros de recettes nouvelles et les 81,7 milliards de dépenses supplémentaires se joue donc un choix politique. Faut-il réduire les dépenses pour tenter de rassurer les créanciers, ou réorienter la fiscalité et l’investissement afin de soutenir l’activité et de reconstruire les services publics ? Porté par Jean-Luc Mélenchon dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027, ce contre-budget s’inscrit dans un projet plus large : reprendre la main sur les choix budgétaires, desserrer la contrainte des marchés financiers et donner à l’État les moyens de répondre aux urgences sociales et écologiques.

Par Elias Peschier

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