mardi 15 septembre

19:33

« On est prêts ! On va gagner ! » – À la Fête de l’Humanité, nouvelle démonstration de force de Jean-Luc Mélenchon

Mélenchon. « Il faut voir la marée humaine. La France insoumise était superstar de la Fête de l’Humanité » observe Yaël Goosz, journaliste chez France Info et France Inter. En effet, difficile pour les éditocrates de contester l’évidence : des maillots floqués « Mélenchon 27 » au succès des tables rondes et des karaokés du […]

Mélenchon fête de l'humanité

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Mélenchon. « Il faut voir la marée humaine. La France insoumise était superstar de la Fête de l’Humanité » observe Yaël Goosz, journaliste chez France Info et France Inter. En effet, difficile pour les éditocrates de contester l’évidence : des maillots floqués « Mélenchon 27 » au succès des tables rondes et des karaokés du stand insoumis, en passant par les deux prises de parole de Jean-Luc Mélenchon, les Insoumis ont bénéficié de l’enthousiasme et de la ferveur des participants du festival.

Les images parlent d’elles-mêmes. Vendredi, le candidat insoumis à l’élection présidentielle était reçu par la rédaction de l’Humanité à l’Agora, qui a enregistré un record historique d’affluence. Alors qu’une masse de gens s’était avancée tout autour du site, le public au premier rang a spontanément tonné de toute sa clameur : « On est prêts, on va gagner ! ». Une même clameur ressentie lors de son meeting, tenu sur le stand de la France insoumise le samedi. La photo prise vue du ciel, qui a déjà fait le tour des réseaux sociaux, en est l’illustration.

Au-delà du constat évident de la foule immense présente, l’analyse des slogans qui ont rythmé les interventions de Jean-Luc Mélenchon révèle un haut niveau de politisation, et de préparation à la victoire et ses suites. Notre article.

« Qui occupe tous nos plateaux télé ? » : Mélenchon au centre du jeu politique

De part et d’autre des allées de la Fête de l’Huma, personne n’entendait rien. On pouvait même observer des gens essayer de suivre en live Youtube. Mais ils étaient présents. Non pas pour dire « j’ai vu Mélenchon », mais pour participer, signaler leur présence, leur soutien, leur espoir. La star de cette première journée de fête était donc bien cette foule. Observez même le candidat et sa surprise, sa fierté en voyant un tel élan d’espoir et de détermination.

À Isabelle Saporta de se surprendre à admirer les Insoumis déjà quelques jours plus tôt: « Pardonnez-moi, mais c’est quand même remarquable ce que fait Mélenchon. La rentrée politique se fait sur lui et uniquement sur lui. Il dicte le tempo : qui est au centre du jeu politique ? Qui occupe tous nos plateaux télé ? Qui est l’homme qui monte ? C’est Jean-Luc Mélenchon et personne d’autre ! ».

Face à l’inflation, la lutte des classes et le partage des richesses

Il était par conséquent évident que le meeting du lendemain allait être suivi et scruté par tous les sympathisants, observateurs et adversaires. Dans un événement quasi-centenaire à la longue tradition communiste, le leader insoumis a rappelé l’objectif de transformation de la société, de fond en comble, en livrant une analyse de classe, tout en rappelant qu’un gouvernement insoumis décrètera l’urgence sociale en 2027 avec une série de mesures accompagnées de moyens.

Les marges des pétroliers ont été multipliées par quatre en six mois. Elles sont « une décision de classe » a rappelé Jean-Luc Mélenchon. La fortune des milliardaires a été multiplié par deux depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir. C’est une bataille de répartition entre le travail et le capital. Où se joue-t-elle ? Pour Jean-Luc Mélenchon, dans l’inflation qu’il dénonce comme un rapt.

3 % d’inflation ? C’est un indice qui ne correspond à aucune expérience concrète, tant il agglomère des objets différents. Le gaz a par exemple augmenté de 150 %, en partie à cause des néolibéraux jurant qu’il fallait privatiser, accepter le libre-échange. Pendant son meeting, le candidat analyse comment la contribution du peuple est double : une première fois quand la richesse est créée, et enfin quand les services publics sont supprimés, le seul patrimoine de ceux qui n’en ont pas.

La hausse des prix n’est qu’une décision de classe et un rapport de force social, qui n’est donc pas le fil naturel du marché. « La seule chose que vous pouvez maîtriser dans le chaos qui s’avance, c’est vous-mêmes, votre décision politique ! », a tonné le leader insoumis. 

Bloquer les prix, les marges et les loyers : l’état d’urgence social

La réponse politique première doit être celle de l’« état d’urgence social » : blocage des prix des produits de première nécessité, blocage des marges de profit, blocage des loyers, augmentation du SMIC, augmentation des salaires en ouvrant une nouvelle négociation annuelle obligatoire, rétablissement de l’échelle mobile des salaires, instauration de la cantine scolaire biologique et gratuite pour tous les enfants.

« C’est un discours très à gauche, très Parti communiste d’autrefois ! », observent les éditorialistes. « Il est en train de réactiver ce clivage entre les riches et les pauvres ». Des commentaires journalistiques qu’on reconnaît bien, car le discours de classe de Jean-Luc Mélenchon est constant depuis 2017.

Retraites, épargne, dette : reprendre le pouvoir face à la finance

Avec la dette, la finance internationale et ses fonds de pension disposent d’un pouvoir d’arbitrage pour décider à quel taux le peuple va être tondu. Les économistes observent que la masse des actions se porte vers l’intelligence artificielle sans garantie qu’elles ne soient effectivement rémunérées. Il y a donc un risque d’explosion de la bulle spéculative.

Voilà la folie de ceux qui défendent la retraite par capitalisation. Dans d’autres pays comme aux États-Unis, les gens ont tout perdu, ils vivent dans des campings, dans des forêts ou des déserts.

Dans ce système malhonnête et à l’agonie, des marges de manœuvre doivent être dégagées. Jean-Luc Mélenchon en présente trois. D’abord, se débarrasser de la charge des aides aux entreprises sans contrepartie, soit 210 milliards d’euros. Imposer des contreparties à ceux qui obtiendront les aides, donc Utiliser ensuite la masse de l’épargne en France, correspondant à 800 milliards au sein de la Caisse des dépôts et des consignations et 2000 milliards en assurance-vie afin de proposer de meilleurs placements.

Enfin, geler les titres de la dette détenue par la Banque centrale européenne dans l’objectif de ne plus les rémunérer. 

Le candidat dénonce le comportement de Christine Lagarde. Ces élites voient la France comme un « beau fruit mûr », pleine d’argent dont la dette correspond à peine à 17 % du capital stocké par la France, et étalée sur 8 ans seulement 12 % de sa production.

Mélenchon rétorque à ces belles personnes qui veulent presser le peuple comme un citron : « Vous prenez un risque avec nous, je ne dirai pas lequel mais vous en prenez un. Nous sommes très instruits, nous savons quoi faire. Le pays qui a inventé la dissuasion nucléaire est capable d’inventer la dissuasion financière ! ».

De l’Allemagne à la France : quand les politiques néolibérales nourrissent l’extrême droite

Le tribun insoumis est également revenu sur la victoire de l’AfD, parti d’extrême droite allemand. Il l’analyse comme le résultat de la catastrophe des élites allemandes, dont le bilan est 4 000 ponts à réparer, 2 000 écoles dysfonctionnantes et des milliers de kilomètres de routes désinvesties.

Quand les gens votaient pour le SPD, parti social-démocrate en Allemagne, ses dirigeants votaient avec la droite et inversement. Pendant plus d’une décennie, le peuple allemand a demandé à ouvrir une autre perspective et on lui a opposé la grande coalition, celle que le PS français cherchait en refusant de censurer le gouvernement ; celle à laquelle François Hollande aspire clairement dans son dernier livre-programme.

Voici, par analogie, le lien entre la politique d’Emmanuel Macron et la montée du Rassemblement national. « 2027 est une opportunité extraordinaire pour faire un grand ménage : qu’ils s’en aillent tous, à tous les étages ! ».

Pour aller plus loin : Saxe-Anhalt : la victoire des néonazis de l’AfD récolte ce que le néolibéralisme a semé, des liens avec le RN confirmés

De « tout est perdu » à « on va gagner ! » : le basculement d’une dynamique qui ne peut plus s’essouffler

Jean-Luc Mélenchon est revenu sur le chemin qui s’ouvre sous les pieds des Insoumis : « Nous sommes formés, éduqués, instruits, organisés, disciplinés. Nous savons ce que nous voulons faire, comment le faire, quand le faire, où le faire. Et à la surprise générale : nous le ferons ! ». Les milliers de sympathisants rassemblés se sont exclamés : « on va gagner ! ».

Comment l’ambiance générale est passée du pessimisme total « On va perdre ! C’est foutu, l’extrême droite va passer ! » à une dynamique sans précédent ? Mélenchon constatait face aux journalistes de l’Humanité que « la campagne est dominée par nos thèmes ! ».

Il admet que la société est polarisée entre les collectivistes solidaires et les suprémacistes qui défendent les dominations. Toutefois, leurs thèmes ne s’imprègnent pas autant qu’on le dit car la masse du peuple français « n’est pas raciste ne veut pas se bagarrer contre des foulards ».

Les Insoumis parlent de santé, d’éducation, de pouvoir d’achat, d’écologie et gagnent la confiance des gens par un programme complet, un discours clair, par des propositions. « Il y a eu une bascule et tous ceux qui militent ici le savent. Jusqu’à la veille de Saint-Denis, l’ambiance à gauche était ‘tout est perdu!’ »

Jean-Luc Mélenchon de conclure : « Et puis, il aura suffi qu’on lève le fanal de combat, et qu’on s’y porte dessous avec vigueur, force et détermination, sans baisser les yeux, pour que l’appel soit entendu. C’est le rassemblement de 26 000 personnes qui a opéré une bascule dans l’opinion. Ce n’est pas moi. J’y ai pris ma part. C’est bien sûr le mouvement insoumis, Annie Ernaux, Éric Vuillard.

Mais l’essentiel ce jour-là, c’était les gens qui étaient venus, qui avaient rempli les métros et les RER et qui d’un coup de se sont mis à crier : ‘ON VA GAGNER !!’. Et en un instant, le sentiment politique s’est retourné dans les esprits. Les syndicalistes nous ont appris une règle de base : la force va à la force. Maintenant, je fais le pari que cette dynamique-là ne peut plus être éteinte. »

« Oui ! Nous sommes prêts, nous allons gagner, nous sommes prêts à gouverner ! ».

Par Lilian Davy

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