vendredi 11 septembre

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Baisse du remboursement des soins dentaires : les dentistes en alerte, les patients sacrifiés

À partir du 1ᵉʳ janvier 2027, l’Assurance maladie remboursera moins les soins dentaires. Derrière cette nouvelle baisse de prise en charge, c’est une nouvelle partie de la facture qui risque d’être transférée aux patients et aux complémentaires santé. Pourtant, la santé bucco-dentaire n’a rien d’accessoire : elle fait pleinement partie de la santé. Avoir mal aux […]

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À partir du 1ᵉʳ janvier 2027, l’Assurance maladie remboursera moins les soins dentaires. Derrière cette nouvelle baisse de prise en charge, c’est une nouvelle partie de la facture qui risque d’être transférée aux patients et aux complémentaires santé. Pourtant, la santé bucco-dentaire n’a rien d’accessoire : elle fait pleinement partie de la santé.

Avoir mal aux dents et attendre avant de consulter parce qu’il est difficile de savoir combien cela va coûter. Repousser un rendez-vous. Faire l’impasse sur un soin jugé « pas urgent ». Pour beaucoup, ce sont des situations bien réelles qui font déjà partie du quotidien. La santé dentaire est déjà marquée par de fortes inégalités. Et la décision du gouvernement macroniste risque de les accentuer.

Un décret publié le 21 août prévoit une nouvelle baisse de la prise en charge des soins dentaires par l’Assurance maladie à compter du 1er janvier 2027. Aujourd’hui, les soins concernés sont remboursés à hauteur de 60 % par la Sécurité sociale. Demain, cette prise en charge pourra être ramenée à 50 % voire 40 %, selon les actes concernés et le taux qui sera finalement fixé. Notre article.

La santé dentaire est déjà marquée par de fortes inégalités, les décisions du gouvernement vont les accentuer

Moins remboursés par l’Assurance maladie, ces soins ne coûteront pas moins cher pour autant. La différence devra être prise en charge autrement, c’est-à-dire soit par les complémentaires santé, soit par les patients eux-mêmes. Le gouvernement peut présenter cette décision comme un moyen de réduire les dépenses de l’Assurance maladie. Mais une baisse du remboursement ne fait pas disparaître le prix du soin.

Derrière cette baisse du remboursement, il faut rappeler une réalité toute simple : les soins ne disparaissent pas et une carie doit toujours être soignée, une couronne coûte toujours le même prix et le dentiste continue de pratiquer son acte. Ce qui change, c’est l’entité qui prend en charge la facture.

Pour aller plus loin : Franchises médicales : le gouvernement s’attaque aux malades

Pour les personnes qui disposent d’une complémentaire santé, une partie du coût pourra être transférée vers la mutuelle. Mais les mutuelles ne disposent pas d’une caisse magique. Lorsqu’elles doivent rembourser davantage, elles doivent financer ces dépenses avec les cotisations de leurs adhérents. Le risque à souligner est que cette mesure pourrait aussi entraîner une hausse des cotisations des complémentaires santé, alors même qu’elles représentent déjà une charge importante pour le budget de nombreux ménages.

Pour celles et ceux qui n’ont pas de complémentaire, ou qui disposent d’une couverture limitée, le problème est encore plus direct car la facture peut tout simplement revenir dans leur poche.

Il est alors question d’économies, mais pour le patient, il ne s’agit pas d’une économie : c’est une dépense qui lui est transférée. Les dents, ce n’est pas du confort. Et il faut aussi sortir d’une idée encore trop répandue, selon laquelle les soins dentaires seraient une sorte de supplément à la santé, quelque chose à remettre à plus tard.

Une mauvaise santé bucco-dentaire peut avoir des conséquences bien au-delà de la bouche. Elle peut compliquer la prise en charge de certaines maladies, affecter l’alimentation et la mastication, et chez les personnes âgées, contribuer au risque de dénutrition. La santé bucco-dentaire concerne également les enfants, les femmes enceintes, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées et plus largement toute la population.

Pourquoi continuer à considérer les soins dentaires comme une dépense que chacun devrait pouvoir assumer individuellement ?

Se soigner les dents n’est pas un luxe. Et pourtant c’est bien le risque auquel cette succession de désengagements expose : faire de l’accès aux soins dentaires quelque chose qui dépend de plus en plus du niveau de revenu et de la qualité de la complémentaire que l’on peut se permettre de payer.

Quand une personne renonce à un soin, la maladie, elle, ne renonce pas. C’est peut-être là le problème le plus important. Une personne qui renonce aujourd’hui à soigner une petite carie ne fait pas disparaître sa carie. Elle repousse simplement le problème.

Une douleur supportée quelques semaines peut devenir une infection. Un soin simple peut se transformer en intervention plus lourde. Et ce qui aurait pu être traité rapidement devient finalement plus compliqué et souvent plus coûteux. La prévention devrait justement permettre d’éviter cette situation.

Or, dans les faits, des efforts supplémentaires continuent d’être demandés aux patients pour accéder aux soins, alors qu’il est avéré que les difficultés financières sont l’une des causes du renoncement aux soins. C’est une contradiction profonde. Il est régulièrement question de prévention, de parcours de santé et de lutte contre les inégalités. Mais une politique de santé cohérente ne peut pas, dans le même temps, rendre l’accès à certains soins plus difficile financièrement.

Il n’est pas possible de demander à la population de prendre soin de sa santé tout en rendant les soins plus chers à financer. La baisse du remboursement pose donc une question qui dépasse largement les cabinets dentaires. Que se passe-t-il lorsque la part prise en charge par la Sécurité sociale est progressivement réduite ?

Pour les uns, il faudra payer une complémentaire plus chère. Pour les autres, réduire leur niveau de garanties. Et pour certains, renoncer complètement à une complémentaire ou à certains soins.

Ce système produit mécaniquement des différences entre celles et ceux qui peuvent se protéger et celles et ceux qui n’en ont pas les moyens.

C’est particulièrement problématique pour les retraités, dont les cotisations de complémentaire peuvent représenter une part importante du budget, mais aussi pour les personnes aux revenus modestes et les personnes éloignées de l’emploi.

À force de transférer des dépenses vers les complémentaires, le risque est ainsi de transformer progressivement le modèle de protection sociale.

La question n’est plus seulement de savoir combien la Sécurité sociale rembourse, mais surtout qui peut encore se permettre de se soigner correctement.

Faire le choix du 100 % Sécu

Face à cela, il faut poser une autre question : pourquoi accepter que l’accès à des soins aussi essentiels dépende de plus en plus de la capacité à payer ?

C’est précisément cette logique que remettent en cause Jean-Luc Mélenchon et les insoumises avec la proposition du 100 % Sécu. L’objectif est que les soins prescrits soient pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie, en intégrant les complémentaires santé au sein de la Sécurité sociale. Il s’agit ainsi de sortir d’un système où chacun doit compléter, selon ses moyens, les remboursements de l’Assurance maladie, et de garantir à toutes et tous le même accès aux soins.

Le choix est finalement assez clair : soit la part de la solidarité nationale dans le remboursement des soins continue d’être réduite en demandant aux mutuelles et aux patients de prendre le relais, soit la santé doit rester un droit et non devenir un marché réservé à celles et ceux qui peuvent payer.

Les soins dentaires sont un bon exemple de cette bataille. Parce qu’une dent mal soignée peut finir par coûter beaucoup plus cher qu’un soin préventif correctement remboursé. Et surtout parce que la santé de la bouche participe à la santé générale et aucun revenu ne devrait déterminer s’il est possible de se faire soigner ou non.

Se soigner les dents ne doit pas être un luxe. Se soigner tout court non plus.

Par Mobina Shameli

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