mercredi 9 septembre

18:40

La maison Le Pen tangue dès le début de campagne : le RN se déchire 

C’est un début de campagne en fanfare au RN. Les faux pas de Marine Le Pen et ses fidèles se multiplient, et, pire encore, les divisions internes au parti s’étalent au grand jour. La candidature de Le Pen a fait beaucoup de déçus, à commencer par le jeune premier, frustré dans ses ambitions, Jordan Bardella. […]

Marine Le Pen Bardella RN

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C’est un début de campagne en fanfare au RN. Les faux pas de Marine Le Pen et ses fidèles se multiplient, et, pire encore, les divisions internes au parti s’étalent au grand jour. La candidature de Le Pen a fait beaucoup de déçus, à commencer par le jeune premier, frustré dans ses ambitions, Jordan Bardella.

Alors que les élus RN s’embourbent dans des affaires judiciaires, deux clans à l’intérieur du parti affûtent leurs couteaux, Bardella et ses fidèles semblent bien décidés à torpiller la candidature de Le Pen. En plein débat au MEDEF, cette dernière s’est trouvée bien isolée, d’autant que son conseiller économique, proche du patronat, a été mis à la porte par la patronne, et a choisi le débat face au patronat pour l’annoncer publiquement.

Derrière l’éviction de Durvye, c’est celle de tout le cercle de proches de Bardella qui se cache. Ce dernier est de plus en plus mis sur la touche au profit de… Marion Maréchal, nièce de Marine Le Pen. C’est une tradition au RN, qui demeure encore et toujours une boutique familiale. Notre article.

Pour aller plus loin : Le Pen – Bardella : le fossé se creuse 

Illusions perdues pour Bardella et ses fidèles

François Durvye était devenu un rouage important au RN en quelques mois : en ouvrant à Bardella et Le Pen les portes du patronat français, l’ancien bras droit de Stérin tissait sa toile et montait des passerelles entre capitalistes et extrême droite. Quitte à se mettre à dos la garde rapprochée de Le Pen (comme le député Jean-Philippe Tanguy) et à pousser pour une candidature de Jordan Bardella à la présidentielle, au cas où Le Pen aurait été jugée inéligible par la Cour d’Appel le 7 Juillet. 

Pour aller plus loin : Le RN et Le Pen : parti de voleurs d’argent public 

Première déception pour Bardella et son clan : Marine Le Pen se déclare candidate quelques heures après le verdict favorable de la Cour d’Appel. Durvye, avec le propre directeur de cabinet de la candidate, se montre clairement déçu par la situation, au point de suggérer à Bardella de doubler la patronne et de se déclarer candidat avant elle. Assistant à la scène, Nolwenn Olivier s’empresse de cafter auprès de sa tante… Marine Le Pen. La nièce sera bien récompensée en étant propulsée comme responsable de la communication de la candidate. 

Cet épisode grille complètement Durvye au RN : les fidèles de Le Pen verrouillent le parti et le conseiller économique, qui se voyait déjà ministre de l’Economie de Jordan Bardella, est mis à l’écart pendant l’été. Il se paie tout de même un ultime croche-patte contre son ex-patronne en rendant public son départ (« souhaité » par Marine Le Pen) pendant que celle-ci patauge face au MEDEF. Plus gênant encore, Bardella avait été mis au courant de cette annonce et n’en avait pas informé sa candidate, avec laquelle, claironnent les responsables RN, il aurait d’excellentes relations.

Pour aller plus loin : Marine Le Pen : Milei s’invite au débat du MEDEF

Le discours de façade de Bardella dans la presse cache mal la marginalisation du président du RN dans son propre parti. Et le patient travail mené avec Durvye auprès du patronat, pour passer pour les meilleurs gestionnaires du système après l’échec macroniste, est détricoté par la minable performance de Le Pen devant les patrons, malgré sa volonté de couper 125 milliards d’argent public, et par la mise à l’écart bruyante de Durvye. Il ne reste à Bardela que ses yeux pour pleurer et un parti en difficulté, incapable de trouver une banque pour lui prêter les fonds nécessaires pour la campagne présidentielle. 

Pour faire oublier ces tensions internes et le passage raté devant le MEDEF, les bras droits de Le Pen sortent de leur chapeau, comme depuis des années, une proposition raciste : sanctionner par des amendes les femmes portant un voile. Outre l’islamophobie et la bêtise de la proposition (comment différencier un voile islamique d’un voile qui ne l’est pas ?), les cadres du RN se sont aussi déchirés à ce sujet. 

Pour aller plus loin : Le RN promet des amendes aux femmes voilées, une nouvelle mesure islamophobe et sexiste

Les députés Tanguy et Chenu se sont de suite prononcés pour une application immédiate et sévère de leur mesure…avant de voir leurs propos tempérés par Andréa Kotarac, autre élu RN proche de Le Pen. Bardella s’enfonce dans la brèche et remet la décision à plus tard, entre les mains d’un hypothétique référendum : une combinaison de rancœurs internes et d’incompétence ! 

Cet épisode en est un parmi d’autres de passes d’armes, de piques ou de silences qui en disent long, qui se diffusent publiquement depuis plusieurs mois. Dans sa vidéo sur la rentrée de septembre, Bardella préfère parler de ses thèmes racistes (interdire le regroupement familial…) plutôt que des thèmes racistes de Le Pen (voile…). 

Le verrouillage de la boutique familiale du RN par Le Pen

Une fois de plus, le fonctionnement du RN en petits clans qui se détestent éclate au grand jour : les divergences idéologiques sont superficielles. Le Pen veut passer pour plus « sociale » que Bardella et le reste de la droite, mais brosse le patronat dans le sens du poil et prône la même casse sociale. Ces contradictions programmatiques et/ou stratégiques sont surtout un prétexte à favoriser son clan plutôt que celui d’en face.

Dans ce domaine Bardella en connaît un rayon : à ses débuts au FN/RN, il était « souverainiste populaire » aux côtés de Philippot en 2015. Sentant le vent changer de sens, le jeune premier s’est vite reconverti en ultralibéral, proche de Ciotti et arpentant la Jet-set.  

Et pendant qu’il passait son été en soirée et restaurants de luxe, de plus en plus isolé selon ses proches, Marine Le Pen verrouillait tout son appareil de campagne. Elle y recycle sa famille et en faisant même le job de Bardella, comme en animant le séminaire des délégués départementaux du parti, un rôle qui est normalement celui du président du parti. De la même manière, Bardella n’a même pas participé à la préparation du débat de Le Pen au MEDEF, cette dernière restant seule avec sa garde rapprochée. 

Autre moyen de reprendre la main en interne : chaperonner et mettre à l’écart ceux soupçonnés de déloyauté. Ambroise de Rancourt, chef de cabinet de Le Pen et un peu trop proche de Durvye et Bardella, reste en place et continue d’élaborer le programme présidentiel de la patronne. Mais il est cette fois « accompagné » de hauts-fonctionnaires, les Horaces, dans cette tâche. Un autre proche de Bardella, Victor Chabert, qui gère les relations presse du parti, est mis de côté au profit de Renaud Labbaye, « mariniste » convaincu.   

Et Marine Le Pen elle-même ne répugne pas à planter quelques couteaux dans le dos de son ex-protégé, comme en faisant fuiter le titre de son futur livre dans la presse. Et, pour permettre au RN d’occuper un créneau ultralibéral tout en écartant Bardella, Le Pen remet au goût du jour une recette maison : sa nièce Marion Maréchal, un temps passé chez Zemmour. Sentant l’odeur âcre de son inutilité (Maréchal est au moins autant raciste et proche du patronat que lui) et de sa mise au placard programmée, Bardella s’emporte : « ce sera elle oui moi ! » a-t-il fulminé en quittant une réunion. 

Au-delà des querelles de personnes, certes des fois savoureuses à suivre, ces tensions au RN sont une cristallisation des contradictions qui traversent le FN/RN depuis des années : poursuivre la ligne « nationale, sociale et populaire » de Le Pen, ou assumer une droitisation du RN, s’inspirer de Trump, Meloni, et, plus récemment, Keir Starmer au Royaume-Uni. En fin de compte, le plus satisfaisant est de regarder à quel point les déchirements sur ces deux positions peuvent conduire le RN dans le mur. Et pendant ce temps, ce sont bien les Insoumis qui incarnent, par leur programme clair et leurs actions, l’alternative au néolibéralisme et au capitalisme. 

Par Alexis Poyard

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