Depuis longtemps, le Rassemblement national souhaite interdire le port du voile dans l’espace public. Hier soir, la direction du RN a confirmé vouloir en faire un axe majeur de sa campagne présidentielle. Sur BFMTV, le porte-parole du parti, Jean-Philippe Tanguy, très proche de Marine Le Pen, a déclaré vouloir verbaliser les femmes qui le portent dans l’espace public.
Sous couvert de « libération des femmes », l’extrême droite franchit une nouvelle étape dans son projet islamophobe et sexiste par le contrôle des corps féminins. Dans leurs obsessions, des lignes s’affrontent au sein du parti, là aussi. Ce matin, sur BFMTV, un autre porte-parole du RN a déclaré qu’il « n’y aura pas d’amendes forfaitaires sur des femmes voilées », contredisant directement Jean-Philippe Tanguy et Sébastien Chenu.
Jean-Luc Mélenchon a réagi sur Twitter, soulignant que « le RN fait une fois de plus la démonstration qu’il n’a pas changé et déverse ses obsessions sexistes et islamophobes avec un unique objectif : diviser notre peuple et fracturer la République pour mieux dominer ». Notre article.
Une amende pour un vêtement : contrôle du corps des femmes et islamophobie
« Nous allons évidemment combattre l’idéologie islamiste et nous sanctionnerons le port du voile. »
Les mots de Jean-Philippe Tanguy, député du Rassemblement national, sont sans ambiguïté. Invité de BFMTV ce dimanche 30 août, il a confirmé que l’interdiction du voile dans l’espace public était désormais « tranchée » au sein du parti. Et surtout, il a précisé la nature de la sanction envisagée : une amende pour les femmes qui continueraient à porter le voile malgré l’interdiction.
Pour justifier cette mesure, le député invoque la lutte contre l’islamisme et la solidarité avec « toutes les femmes à travers le monde » contraintes de porter le voile.
Mais il faut regarder la réalité en face : quelle que soit la justification politique avancée, ce sont bien les femmes qui porteraient la sanction.
Une femme sortirait dans la rue avec un foulard sur les cheveux. L’État déciderait qu’elle n’en a pas le droit. Un agent pourrait la contrôler. Et elle pourrait repartir avec une amende. Voilà le projet que le RN présente comme une politique d’émancipation. Ni plus ni moins qu’une police du vêtement islamophobe.
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Depuis quand l’émancipation passe-t-elle par une contravention ?
Il y a quelque chose de profondément contradictoire à prétendre défendre la liberté des femmes en leur expliquant comment elles doivent s’habiller. Le féminisme est né de combats contre le contrôle exercé sur les corps des femmes : contre les injonctions, contre les violences, contre la domination, contre les normes imposées par les hommes et les institutions.
Une femme contrainte de porter un vêtement doit pouvoir être protégée et accompagnée. Une femme contrainte de retirer un vêtement doit l’être tout autant. C’est précisément là que se situe la différence entre une politique d’émancipation et une politique de contrôle. L’émancipation consiste à donner aux femmes les moyens de choisir. Le contrôle consiste à choisir pour elles.
Et lorsque ce choix est imposé par la loi, assorti d’une amende et appliqué dans l’espace public, il ne devient pas féministe par magie.
Combattre les violences faites aux femmes, pas les femmes
Il faut être très clair : lutter contre les violences sexistes et sexuelles, les mariages forcés, les pressions familiales, les violences conjugales ou toute forme de contrainte religieuse est indispensable.
Mais encore faut-il s’attaquer aux violences elles-mêmes.
Une politique féministe digne de ce nom doit permettre à une femme de quitter un conjoint violent, de disposer de son propre revenu, d’accéder à un logement, de bénéficier d’un accompagnement juridique et social, de porter plainte et d’être protégée, de financer les associations féministes et les structures d’accueil, doit lutter contre les violences sexuelles, garantir l’accès à l’avortement et à la contraception, combattre les inégalités salariales et la précarité et permettre aux femmes d’être réellement autonomes.
Autant de sujets ignorés par le RN dont la priorité de son projet soi-disant féministe est de mettre une amende à des femmes pour leur tenue vestimentaire. Ce n’est pas une politique d’émancipation, c’est une politique de police des corps, et islamophobe.
Le vieux mécanisme de l’extrême droite : parler des femmes pour mieux désigner un ennemi
Le procédé n’est pas nouveau. L’extrême droite instrumentalise depuis longtemps la cause des femmes pour construire son discours contre l’immigration et pétri d’islamophobie.
Le raisonnement est toujours similaire : les femmes seraient menacées par une population désignée comme étrangère ou incompatible avec la République, et l’extrême droite se présenterait alors comme leur protectrice.
Mais cette prétendue protection a une limite très claire : elle s’arrête dès lors que les femmes refusent de se conformer à ce que l’extrême droite considère comme la « bonne » manière de vivre.
La femme devient alors un objet politique. Son corps devient un symbole. Son vêtement, un étendard, et sa liberté, secondaire.
C’est particulièrement révélateur dans les propos de Jean-Philippe Tanguy : le voile serait, selon lui, « plus seulement une liberté vestimentaire », mais le symbole d’une idéologie.
Mais même si l’on considère qu’un vêtement peut être investi d’une dimension politique ou religieuse, une question demeure : est-ce à l’État de déterminer ce qu’une femme a le droit de porter dans la rue ?
Une comparaison avec la ceinture de sécurité qui en dit long
Jean-Philippe Tanguy assume même de comparer l’interdiction du voile à l’obligation de porter une ceinture de sécurité. La comparaison est loin d’être anodine. La ceinture de sécurité vise à protéger une personne contre un risque physique objectif lié à la circulation routière. L’État réglemente une pratique parce qu’elle comporte un risque pour la sécurité des personnes.
Le voile n’est pas une ceinture de sécurité. Une femme qui porte un foulard ne met pas en danger les autres usagers de la voie publique.La comparaison permet surtout de banaliser l’idée qu’une femme pourrait être contrôlée et sanctionnée dans la rue pour ce qu’elle porte.
C’est précisément cette banalisation qui doit nous alerter. Car une fois admis que l’État peut décider qu’un vêtement féminin est suffisamment problématique pour justifier une contravention, la question suivante devient inévitable : jusqu’où voulons-nous aller dans le contrôle des apparences ?
La laïcité n’est pas la police des vêtements
Le RN cherche également à habiller son projet du vocabulaire de la laïcité. Mais la laïcité n’a jamais eu pour fonction de déterminer quels vêtements les citoyens peuvent porter dans la rue en fonction de leur religion.
La République garantit la liberté de conscience. Elle organise la séparation des Églises et de l’État. Elle impose la neutralité aux institutions et aux agents publics dans l’exercice de leurs fonctions.
Elle ne transforme pas chaque citoyenne et chaque citoyen en agent de l’État chargé de neutraliser les signes religieux des autres. Derrière le mot « laïcité », il ne faut donc pas laisser passer n’importe quelle politique. La laïcité protège la liberté de conscience. Elle ne doit pas devenir un prétexte pour surveiller les femmes.
Et demain, qui contrôlera les femmes ?
La question mérite d’être posée concrètement. Si le RN arrivait au pouvoir et faisait adopter une interdiction générale du voile dans l’espace public, il faudrait nécessairement la faire appliquer.
Cela signifie des contrôles, des femmes interpellées, des vêtements examinés, des amendes dressées, des contestations. Et potentiellement des contrôles répétés visant les mêmes personnes. La mesure ne serait donc pas seulement symbolique. Elle donnerait à l’État un pouvoir supplémentaire sur l’apparence des femmes dans l’espace public.
« Ignore : Marine Le Pen veut envoyer la police pour faire payer des amendes aux femmes qui portent le voile » – Jean-Luc Mélenchon et les insoumis ont réagi pour dénoncer publiquement cette nouvelle annonce du RN
Par Charlène Delacour